La parité, c’est pas le Pérou !

Demain, c’est la traditionnelle Journée de la femme. L’occasion de faire un point sur l’égalité hommes-femmes au boulot. Écart de salaires, place dans le top management, congé parental… En 2016, les femmes ont-elles enfin la place qu’elles méritent dans les entreprises ? Ou pas ?

Bonne nouvelle ou camouflet ? L’écart de salaire entre les hommes et les femmes tendrait à se réduire. Effectivement, selon Eurostat, cet écart a baissé de 1,7 points entre 2008 et 2013. Mais ne nous réjouissons pas si vite : les femmes gagnent encore en moyenne 24 % de moins que ces messieurs. Ce chiffre flirte avec les 10 % si on analyse les données par secteur d’activité, à catégorie socio-professionnelle et temps de travail identiques. Donc oui, le plafond de verre est en train de se fissurer, mais lentement.


Les raisons de se réjouir

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* Ça bouge au conseil d’administration : on n’y est pas encore, mais on s’en rapproche. Les conseils d’administration des entreprises de plus de 500 salariés comptent à ce jour 32 % de femmes contre 40 % exigés par la loi Copé Zimmermann d’ici 2017. Et même si les femmes n’adorent pas l’idée de répondre à des quotas, force est de constater que ce texte leur a fait gagner un nombre considérable de places dans ces instances de gouvernance. À noter qu’à la même échéance, les établissements publics devront avoir ouvert leurs postes de cadres dirigeants à 40 % de femmes.

* Plan d’action renforcé : sous la contrainte, ou plutôt sous le coup de la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, les entreprises de plus de 50 salariés ont été obligées – sous peine de pénalités financières et de privation d’accès aux marchés publics – de se bouger. Ainsi, à ce jour, 83 % des sociétés de plus de 1 000 personnes sont dotées d’un plan ou d’un accord relatif à l’égalité professionnelle. 2 045 entreprises ont par ailleurs été mises en demeure et 82 d’entre elles ont dû s’acquitter d’une amende. De quoi fissurer encore un peu plus le fameux plafond de verre qui freine la progression des femmes dans l’entreprise. Les raisons de s’inquiéter

* Métiers unisexes : aujourd’hui, seuls 17 % des métiers sont considérés comme mixtes, c’est-à-dire comportant entre 40 et 60 % des deux sexes. Pour enrayer le phénomène, l’Education nationale n’a de cesse de se mobiliser pour faire découvrir des métiers réputés « d’hommes » aux jeunes femmes et leur montrer que tout est possible.

* Inégalité de salaire : trois femmes sur quatre gagnent moins que leur équivalent masculin. Leurs employeurs considérant, à tort, qu’elles sont moins disponibles, moins flexibles que les hommes, surtout avec l’arrivée des enfants.

* Congé parental ultra-féminin : malgré une récente réforme du congé parental, ce sont encore 98 % des femmes qui mobilisent ce dispositif pour s’occuper de leur tribu. Et on le sait, après une telle interruption, raccrocher les wagons de l’entreprise est toujours très compliqué.


3 questions à…

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Mado Bourgoin directeur technique, VMware France, société informatique, Paris La Défense

Comment vous êtes-vous imposé dans ce monde réputé très masculin ?

Longtemps, je me suis comportée au bureau comme un homme, ou plutôt comme je pensais que devait se comporter un homme. Je me suis trompée : j’ai cru qu’il fallait imiter les codes masculins pour être reconnue dans le monde d’une entreprise dirigée majoritairement par des hommes. Je me suis habillée, affirmée, exprimée comme je pensais qu’un homme devait le faire. À l’aube de la quarantaine, plusieurs rencontres avec des managers, un coach mais aussi Aviva Cox m’ont permis de découvrir que ma différence pouvait être une chance et je l’ai laissée s’exprimer.

Alors, qu’avez-vous modifié ?

J’ai changé de look en lâchant mes cheveux, en tombant les lunettes et en portant des vêtements colorés. Depuis, je crois même avoir atteint mes meilleures performances en me comportant telle que je suis et non plus telle que je pensais devoir être. Ma situation n’est ni unique ni originale, bien au contraire. La conformité, le respect de codes non écrits, sont autant de freins qui empêchent l’expression des personnalités.

Que faudrait-il changer selon vous pour que la parité progresse réellement dans le monde professionnel ?

Il n’existe évidemment pas de recette magique. En parler et avoir des exemples marquants permet évidemment de faire évoluer le sujet. Mais c’est une question de culture qui doit être retravaillée dès le plus jeune âge. Dire à un enfant en train de jouer « tu repasses bien comme maman » et s’entendre répondre « non, je repasse bien comme papa » fera de toute évidence évoluer les mentalités.


C’est pour 2095 !

Selon le Forum économique mondial, il faudra attendre 2095 pour atteindre l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Cette différence s’explique malheureusement par les attitudes des recruteurs, mais aussi par les différences de comportements entre les deux sexes. Selon une étude de RegionsJob dévoilée en février dernier, fin 2015, un tiers des hommes a décroché une augmentation contre un quart des femmes. Et pourtant, elles sont plus nombreuses à en avoir demandé une. Moins prises en considération ou moins convaincantes ?