Les tiny houses, le fantasme de l’escargot

Tout ce qui est petit est mignon ? Adieu lofts gigantesques et villas démesurées. Un nouveau phénomène prend de l’ampleur, les tiny houses, minuscules maisons en français dans le texte, fusion entre la caravane et la maison de poupée.

Il y a eu les yourtes, puis la mode des roulottes slaves, certains aménagèrent même des studios dans des containers. Aujourd’hui la tendance est aux tiny houses, des minis maisons, le plus souvent montées sur roues, qui n’excèdent pas 20 m 2. Si certains voient dans le Cabanon pensé par Le Corbusier en 1951 l’une des toutes premières tiny houses, on prête leur paternité au designer américain Jay Shafer, qui en dessina les premiers plans en 1999. Mais bien qu’imaginées à la fin des années 90, il faut attendre 2008, lorsque la crise financière frappe les États Unis et que le marché immobilier connaît un vrai marasme, pour que les tiny houses commencent à se populariser. Elles apparaissent alors pour certains comme une solution économique en pleine crise du logement, un moyen alternatif d’accéder à la propriété. Car une tiny house, souvent élaborée en auto-construction, coûte entre 20 000 et 35 000 euros toute équipée. Un argument financier qui sous-entend, tout de même, quelques contraintes logistiques. Plus que la surface, le vrai défi est le poids. En France, pour être tractée par un véhicule, la maison ne doit pas dépasser 3,5 tonnes. Le choix des matériaux et l’aménagement sont donc entièrement pensés dans un souci de légèreté. Malgré ce cahier des charges particulier, les tiny houses séduisent et une véritable communauté est en train de voir le jour.

 

Une philosophie antimatérialiste

Modèle APH80 ambiance loft, Architecture et mise en oeuvre by ÁBATON, Design interieur © ÁBATON et BATAVIA. Photographer: © Juan Baraja 

Plus les tiny houses se répandent, plus l’argument financier, s’il reste indéniable, s’efface peu à peu au profit d’une démarche ecofriendly. Equipées pour beaucoup de panneaux photovoltaïques et de système de récupération des eaux pluviales, les tiny houses s’inscrivent dans une vision éthique de l’habitat. Vivre dans 20m2 c’est se couper du superflu, se rapprocher de  la nature et de l’essentiel. La tiny house apparait comme un mode de vie en rupture face à une société consumériste. Elle devient la cabane douillette qui protège du monde extérieur, le nid à façonner selon ses envies et ses besoins.

Une tendance cocooning et presque régressive qui n’empêche pas la recherche d’esthétique. Défi en matière de design, ces structures laissent parler la créativité et l’imagination. Un tour sur le blog américain Tiny House Swoon suffit à s’en convaincre. Créé en 2012 et suivi par près de 300 000 lecteurs, on y admire des centaines de tiny houses, toutes pensées avec un sens aigu du design. De l’univers sixties de la Liberation Tiny House à l’ambiance loft de l’APH80, chaque maisonnette possède une identité propre. Luxe rime-t-il forcément avec espace ? Pas sûr, on se prend à rêver devant 20m2.

 

Comme des champignons

Modèle Baluchon, Photo © Lise-Maie Gaugh 

Voilà sans doute l’une des clés de leur pouvoir d’attraction. En plus d’être nomades, économiques et écologiques, elles sont mignonnes. Simple curiosité ou envie de sauter le pas, le public est au rendez-vous. États Unis, Bulgarie, Finlande, Afrique du Sud… elles envahissent la planète. En France, ces maisons commencent à faire parler d’elles notamment grâce à des chantiers relayés sur le web et les réseaux sociaux comme le Projet Baluchon orchestré par Laëtitia Dupé, jeune designer, près de Nantes.

Ces minuscules maisons passionnent. Aux États Unis, les émissions de télé Tiny House Nation et Tiny House Hunters leur sont consacrées depuis 2014 et les tutos dédiés fleurissent sur YouTube. Une médiatisation grandissante qui témoigne de l’engouement suscité par ce nouveau mode de vie. Et certains vont plus loin. A Poncha Springs, au Colorado, un tiny café, le Tiny House Coffee, vient d’ouvrir ses portes. Alors qui sait, peut-être déjeunerons-nous bientôt dans de tiny restaurants, avant de faire du shopping dans de tiny boutiques, au cœur de tiny villes.