Marchons, fiers !

La marche des fiertés LGBT (autrefois appelée GayPride) qui se déroulera le samedi 27 juin à Paris, dans la liesse, a bien changé. Des militants et participants pointent ses évolutions, qui témoignent de la grande diversité du mouvement.

La marche des fiertés est une fête. Mais pas seulement. Depuis dix ans, elle est organisée par une association, l’Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi, trans), qui représente elle-même 60 associations. En France, la marche a commencé discrètement. En 1977, la toute première GayPride hexagonale a réuni 400 personnes. « À l’origine, retrace Amandine Miguel, porte-parole de l’Inter-LGBT, il y a Stonewall. » C’est-à-dire une révolte, en 1969 à New York, après l’assaut d’un bar gay par la police, suivi de l’organisation d’un mouvement qui a établi le dernier samedi du mois de juin comme rendez-vous annuel pour défiler en mémoire des émeutes et en faveur de la reconnaissance des personnes LGBT. Avec le temps, la marche française s’étoffe peu à peu jusqu’à réunir 10 000 personnes en 1981, puis moins pendant les années qui suivent, « les années noires du sida », rappelle Amandine. En 1997, l’Europride réunit 300 000 personnes. Et depuis l’an 2000, la marche en regroupe environ 500 000, entre les associations (qui seront cette année 80, souvent sur des chars) et le public, mélange de militants, de sympathisants et de fêtards. La fête, c’est l’argument le plus visible de la marche. L’autre raison d’en être, c’est de « défendre les positions de la lutte contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’idée de genre, et se battre pour l’égalité des droits », résume Amandine qui est aussi déléguée en charge de la visibilité lesbienne, une mission importante pour elle qui pointe que « les lesbiennes sont souvent invisibles, et victimes de lesbophobie, qui conjugue sexisme et homophobie ». La marche, comme le reste du monde, a suivi des tendances. « Au début, se souvient Olivier, 35 ans, j’ai été marcheur avec des copains et des copines à Montpellier. Le premier motif à cette époque, c’était d’aller faire la fête, écouter la musique, danser, on pouvait bien s’amuser toute la journée, avec des activités culturelles, militantes, des soirées de convivialité. On était étudiants, c’était aussi la Fête de la musique, il faisait beau, c’était génial. Mais ensuite j’ai fait mes premières marches parisiennes, et j’ai vite été désabusé. Je voyais une sorte de marchandisation, avec les chars commerciaux, qui ne me semblait pas utile. »

« Toutes les strates de la société »

Et même sans dérive commerciale, le caractère ultra-festif de la marche n’est pas du goût de tous les LGBT. « À un moment, j’ai fait partie des gays qui pensaient que ça ne servait à rien à part se trémousser sur la musique, et de donner une mauvaise image des nous, parce que les medias, en général, ne couvrent que le folklore. Aux JT, on vous montre deux torses, un travelo, deux couples qui s’embrassent, et même pas un slogan. » Le mari d’Olivier, raconte celui-ci, agacé par l’aspect carnavalesque de la parade, estime carrément que la marche devrait changer de forme, en adoptant celle d’une manif classique, avec syndicats, etc. Olivier lui, est revenu dans la marche, depuis quelques années, animé par une flamme nouvelle : l’associatif. « Je suis très impliqué auprès de la Fédération sportive gaie et lesbienne, qui a voulu se joindre à la marche il y a quelques années et j’ai pris en main l’organisation de notre défilé. Le milieu LGBT, ce n’est pas que celui des grosses soirées. C’est toutes les strates de la société et c’est le milieu associatif, avec lequel on a su créer du lien social en incluant un maximum de personnes. » Pour lui, la marche des fiertés, depuis quelques années, se « recentre » un peu sur cet aspect des choses, « surtout après les dernières années, où il y a eu des affrontements violents entre les pro- et anti-mariage pour tous. » Mais, observe-t-il, « il ne faut pas se leurrer : la plupart des gens viennent pour passer un bon moment ». Et il s’est finalement réconcilié avec cette idée. « Je me suis aperçu que le côté festif est constitutif et nécessaire à la marche. C’est une marche de la liberté, ça fait partie de sa réussite. Ce jour-là, on peut se déguiser, assumer une transformation sexuelle, ou sortir en cuir, ce qu’on ne fait pas tous les jours. Chacun le vit à sa façon. » Et puis la marche, c’est aussi un signal, qui peut aider de jeunes gens. Olivier a assisté à sa première marche comme spectateur. Il avait environ 15 ans, et il était avec sa mère. « Je savais au fond de moi que j’étais homosexuel, mais je n’en n’avais pas parlé à ma famille. J’ai vu la réaction de ma mère devant le cortège, c’était positif, ça m’a permis de voir qu’elle était favorable à cette expression. Et j’ai ressenti une vive émotion et de la fierté, de voir des gens comme moi libres et heureux. Ça m’a renvoyé une image positive. »

Marche des fiertés LGBT, le 27 juin, départ 14 h place Edmond Rostand. Mo Luxembourg. Infos sur http://marchedesfiertes.fr/