Ne me (re)touchez pas !

Révolte d’abord timide, le mouvement anti Photoshop commence à compter ses victoires. De plus en plus de marques comme American Eagle ou ModCloth abandonnent le célèbre logiciel de retouche, tout comme certaines célébrités, épuisées de ne plus se reconnaitre. Une prise de conscience tardive mais bienvenue.

Trop moche, trop gros, pas assez comme-ci ou comme ça, se regarder dans un miroir est pour beaucoup une épreuve. La faute à qui ? A notre cerveau d’abord. Selon une étude menée en 2013 par les chercheurs de l’University of California (UCLA), cette sensation de rejet voire de dégoût qu’éprouvent certains face à leur reflet serait liée à une mauvaise connexion cérébrale entre les cellules responsables de la vue et celles responsables des émotions.

On appelle ça la dysmorphophobie. On ne se voit pas tels que nous sommes vraiment. Une explication scientifique, tout ce qu’il y a de plus sérieuse, à laquelle il faut rajouter une vision déformée du corps humain. Peau parfaite, cheveux brillants, dents ultra-blanches, corps sculptural… les murs de nos villes sont couverts de créatures inhumaines car retouchées.

Le monde de la mode et de la cosmétique érige un physique parfait et formaté comme seule norme possible. Une dictature de la perfection contestée par de plus en plus de voix, notamment sur les réseaux sociaux où les Photoshop Fails, ces photos modifiées à outrance, sont dénoncés par les internautes. Une rébellion anti retouche soutenue par des marques toujours plus nombreuses, bien décidées à modifier cette image irréaliste du corps humain.

 

Plus vrai que nature

Ce sont toujours les mêmes arguments : encourager les client(e)s à se sentir bien dans leur peau, cesser d’imposer des canons de beauté inatteignables, montrer le corps tel qu’il est. Les antis Photoshop militent depuis longtemps pour mettre en garde le grand public contre les dangers de la retouche et ses effets sur l’estime et la perception de soi.

L’un des éléments déclencheurs de cette prise de conscience du pouvoir de Photoshop fut sans doute la vidéo Evolution de la marque de cosmétique Dove, sortie en 2006. On y découvre en accéléré une femme se faire maquiller, prendre en photo puis retoucher, jusqu’à ce que son visage soit totalement différent de sa véritable apparence. Devenu viral, ce clip qui s’inscrit dans la campagne Real Beauty sensibilise les esprits. Depuis, plusieurs enseignes comme les maillots de bains Swimsuit For All, la marque de prêt à porter ModCloth, le grand magasin anglais Debenhams ou la lingerie Aerie, renoncent à retoucher leurs modèles pour donner une vision plus réaliste, mais tout aussi sexy, de la femme. Une démarche qu’apprécient visiblement les consommateurs…

 

 

Un bon début

Au printemps 2015, un an après avoir abandonné Photoshop, Aerie, la ligne de sous-vêtements de la chaîne US American Eagle Outfitters, constatait une augmentation de 10% de ses ventes et était saluée pour cette initiative par la National Eating Disorder Association, un organisme américain qui vient en aide aux victimes de troubles alimentaires. Un exemple à suivre dans une industrie fashion où l’image et le physique génèrent des milliards de dollars. Malgré un plébiscite de la part des clients ou des lectrices de presse féminine, les grands acteurs de la mode et de la beauté restent frileux face au naturel.

 Sans doute le message passera-t-il grâce à certaines célébrités qui s’engagent, à l’instar d’Emma Roberts pour Aerie, de Keira Knightley qui refusait il y a quelques mois d’être retouchée sur ses photos topless pour le magazine Interview, ou de la chanteuse pop Demi Lovato qui apparaitra dans le dernier numéro de Vanity Fair sans vêtements, sans maquillage et surtout sans retouches.

Dans ce monde d’image rythmé par les selfies et autres comptes Instagram, l’imperfection a-t-elle sa place ? A l’image du papier des magazines, sommes-nous condamnés à être des beautés glacées ? Pas si sûr, le naturel n’a pas dit son dernier mot. Dites cheese !