On y était : la montée des marches de Cannes

Dans l’imaginaire commun, Cannes ressemble à un immense escalier rouge bordé de photographes. Un endroit quasiment inaccessible lorsque le fameux festival de cinéma bat son plein. Et dans la réalité, c’est presque pareil. Cordon de sécurité, starlettes chancelantes et photographes grognons. On vous raconte nos 24h au 71e Festival de Cannes.

 

Invitée par Nespresso, partenaire officiel du festival, pour monter les marches et assister à la projection du film Burning réalisé par Lee Chang-Dong, je suis montée dans un avion direction Nice, puis dans une voiture vers Cannes. Je n’avais jamais vraiment vu Cannes de l’intérieur. Pour moi toutes les soirées alcoolisées finissaient avec ses escarpins à la main ou au bar d’un palace. En réalité, passée la dernière projection tout le monde (ou presque) se rue sur les pintes fraîches du Petit Majestic et se saoule jusqu’à trop tard. Un peu comme à Paris, mais avec des robes trop habillées pour l’endroit et des ampoules à tous les orteils.

 

 

« J’aurais pu me faire prêter ma tenue, mais je me voyais mal appeler Christian Dior pour une robe en 42 »

 

J’étais rapidement préoccupée par un élément essentiel : ma tenue de gala. Evènement hautement protocolaire, le Festival de Cannes n’accepte pas sur son tapis rouge les personnes mal fagotées et les Converse aux pieds. Tout le monde n’est pas Spike Lee et une semelle en caoutchouc peut donner de sacrées sueurs aux chargés de communication qui fourmillent autour du Palais du Festival. Si les journalistes ont l’habitude de circuler de projo en projo en Stan Smith, les invités à la montée des marches se doivent de venir en « tenue de cocktail ».  Le carton d’invitation est clair sur le sujet. « J’aurais pu me faire prêter ma tenue, mais je me voyais mal appeler Christian Dior pour une robe en 42 » lance mon +1. Si comme moi vous n’avez ni un PEL, ni les mensurations de Cate Blanchett, internet est votre ami.

Certaines créatures attirées par la crépitement des flashs misent tout sur leur tenue et rêvent ainsi d’accéder aux portfolio des magazines people. On en a croisé une dans le lobby de l’hôtel et on se demande secrètement comment la dame réussit à s’asseoir…

Robe au festival de Cannes
Vue de dos d’une « robe » – Cannes 2018 © EP

 

Une feuille de route entre les mains, on pénètre dans l’un des nombreux 5 étoiles de la Croisette. Pour nous, ce sera le Majestic Barrière et ses 349 chambres. C’est dans cet immense hôtel que Nespresso ou encore HP logent leurs invités. Les acteurs de cinema, quant à eux, sont accueillis dans d’autres palaces tels que le Martinez ou le Carlton. L’ordre social a son importance ici.

Après une inspection en règle de l’intérieur de nos sacs, nous pénétrons dans la cour de l’hôtel. Dans le lobby, on parle sept langues, on se prend et on se fait prendre en photo. On croise des journalistes de Gala, un des frères Bogdanov et le duo venu nous coiffer/maquiller avant la montée des marches. « Votre robe est de quelle couleur ?» « Euh… bleu. ». Dans la chambre de l’hôtel, je me laisse maquiller en priant pour ne pas me retrouver avec de l’ombre à paupières azur mais avec un max d’anecdotes à raconter sur Orelsan (ce soir-là en concert à la Villa Schweppes).

 

Photographes et badauds devant les marches au Festival de Cannes 2018
Festival Cannes 2018

 

Avec quelques minutes de retard, j’enfile ma robe et descend au lobby où les chauffeurs et leurs berlines brillantes attendent. Chaque voiture a son ordre de départ et même si le Palais des festivals est à trois minutes à pied, nous sommes tenus de faire le chemin en voiture. Cent mètres à peine parcourus en plus de 15 minutes. Une frontière invisible nous sépare de ce coin de la Croisette. Une policière observe l’intérieur puis le coffre de la voiture, plan vigipirate oblige. On avance lentement, surveillés par des hordes de spectateurs hissés sur des escabeaux, appareil photo en bandoulière et smartphone à la main. Alors que l’on s’apprête à sortir de la voiture, il commence à pleuvoir. La porte et un parapluie s’ouvrent. Incrédule devant la masse de spectateurs retenus par les barrières de sécurité, nous nous installons au départ du tapis rouge.

 

Invités sur le tapis rouge à Cannes
Festival de Cannes © FB

 

Devant nous, Aïssa Maïga, Sara Martins, Marie Philomène Nga, Sabine Pakora se hissent sur les marches, dansent et brandissent l’ouvrage « Noire n’est pas mon métier » devant les objectifs. On entend les photographes crier puis l’une des coordinatrices nous explique les prochaines minutes : « Je vous dirais quand il faut avancer. Mais surtout ne sortez pas votre téléphone sur le tapis rouge. Les selfies sont interdits cette année. » Laurent Weill en smoking parle dans son micro. Il est vachement grand en fait…

 

Cannes : Burning de Lee Chang-Dong
Burning de Lee Chang-Dong

 

TONY ! TONY ! PAR ICI ! TONY !

Une mannequin drapée dans une immense robe s’avance juste devant nous sur le tapis rouge. Les photographes installés de part et d’autre du tapis houspillent les inconnus qui cachent leur proie. « DÉGAGE », « BOUGE »… Les mecs ne managent pas les nobodies qui traversent. Je prie pour ne pas me tordre la cheville et manquer une marche. Compte tenu de l’architecture de ma robe, je ne risque pas de faire une Sophie Marceau, je suis plutôt tranquille de ce côté-là. Tout va très vite. Des agents de sécurité pressent le pas des personnes trop lentes sur le tapis. En quelques minutes à peine, nous sommes dans le Palais du festival devant le film de Lee Chang-Dong. L’énergie de la montée retombe. Plutôt que de regarder le film, une femme assise devant moi s’amuse sur Candy Crush. Qui joue encore à Candy Crush ?!

Après la projection, nous filons sur la plage Nespresso où l’équipe de La Semaine de la critique fête la clôture de son festival. Un peu comme une soirée entre potes, ils se déchaînent sur le dancefloor improvisé. Chloë Sevigny, ses chaussures à la main, traverse la foule sans se mêler aux fêtards. Vers deux heures du matin, la soirée s’épuise sur du Britney Spears. Le maquillage a coulé, il est temps pour nous de remonter sur la Croisette.

N’imaginez pas que parce que vous êtes à Cannes, les soirées sont plus chics. Même en robe de soirée, on danse le Mia et on titube en traversant la rue à la fin de la soirée. La seule chose qui change c’est qu’à Cannes, il y a toujours un photographe pour vous immortaliser les quatre fers en l’air !