Juliette de Coucou les Girls : « les grimaces sont l’antidote de la duckface »

Avec ses vidéos parodiques, Juliette Katz tourne en dérision les gimmicks des YouTubeuses beauté. Le nom de sa chaîne a déjà tout d’une blague : Coucou les Girls. Focus sur une âme drôlatique dont les traits d’humour masquent une humanité contagieuse.

 

Coucou les Girls, « La grimace, antidote aux duckfaces »

Draw my life, Saint-Valentin, unboxing, soldes, recos healthy : rien n’échappe à l’héroïne de Coucou les Girls, parfait double au millième degré des YouTubeuses beauté qui s’épuisent en astuces cosmétiques et en selfies narcissiques. Cela fait déjà deux ans que l’excentrique réjouit ses centaines de milliers de fans à grands coups de tuto biscotos, de vlogs sur la hype des claquettes-chaussettes et autres tests « néilarte » (nail art). Pour cette trentenaire au phrasé franc, ces vidéos sont une cour de récré. Une seconde vie, aussi. En 2011, on associait surtout Juliette Katz à un premier album remarqué. Frappé du prestigieux label AZ/Universal, ce coup d’essai pop lui a tout fait vivre, des enregistrements à New York  à la compagnie de Sia, qui lui prête sa voix le temps d’un beau duo. Seulement voilà, après un contrat de cinq ans, Juliette vit une période de creux. Durant ses moments de vague à l’âme, elle procrastine sur le web et finit par s’initier au monde des YouTubeuses beauté, « le soir pour s’endormir« . Pour s’amuser, elle décide un jour de poster sur la toile son propre tuto maquillage – forcément absurde. Les réactions positives qui s’ensuivent la poussent à créer une page Facebook pour y déposer ses blagues potaches, « filmées au téléphone, en vertical, sans montage ni rien« .

Trois semaines plus tard, plus de 15 000 personnes se bousculent pour consulter ses vidéos. Face à sa caméra, Juliette modèle sa voix exagérément gnan-gnan, assène des sourires forcés de poupée Barbie et se paie la fiole des influenceuses. Plus qu’une phrase d’accroche, Coucou les girls devient un personnage à part entière, le double clownesque de cette fausse fashionista dont les convictions n’ont rien d’un gag. Avec son ironie exacerbée qui transpire à la moindre mimique, elle souhaite rappeler à toutes celles qui constituent son audience que « les nanas ne se maquillent pas toutes avec du contouring et n’ont pas toutes des guirlandes lumineuses plein leur chambre« . Allergique aux autoportraits ultra-filtrés, aux morning routine des instagrammeuses et à leurs photos de petit déj trop parfait (« avec plein myrtilles, des bananes et de smoothies« ) Juliette répond à ce ras-le-bol généralisé par le cabotinage. A ses yeux, « les grimaces sont l’antidote aux duckfaces, ces photos qui n’engendrent que des complexes« . A l’inverse, son humour, lui, est totalement décomplexé.

 

Happiness Therapy

Mais tout comme elle fuit la prolifération des tips mascara, notre interlocutrice ne s’est pas laissée dévorer par la dictature du LOL. L’an dernier, celle qui un temps fut mannequin « grandes tailles » dévoilait sur ses réseaux une photo en noir et blanc : son portrait, de dos et nue. Sans retouche, authentique et heureuse, voici la vision de la beauté que la créatrice défend bec et ongles. Cette pose lui a fait du bien, elle qui depuis son enfance essuie des salves d’insultes grossophobes. Si Coucou les girls est le prétexte qu’elle s’est trouvée pour palier à sa pudeur naturelle, il a suffit d’un objectif bienveillant pour que l’humoriste se dévoile. A travers ce nu et les photos feel good qui s’ensuivront, la vidéaste libère un message d’espoir pour celles et ceux qui, aujourd’hui encore, n’acceptent pas leur corps. Pour Juliette, il s’agit juste de cela : non pas s’aimer à tout prix, mais s’accepter avant tout.

« C’était un challenge pour moi de faire ces photos, il m’a fallu sortir de ma zone de confort. La majorité des gens sont encore mal à l’aise avec le nu » explique-t-elle. Sortir de sa zone de confort, Juliette le fait volontiers même si elle confesse des habitudes casanières. Si cette parisienne pure souche aime déambuler dans les rues jamais endormies du Marais, son cocon à elle reste la maison où elle s’égosille à l’adresse de ses 132 000 abonnés. Du haut de cette influence, Juliette prône l’idée d’un YouTube à solutions. Touchée par la dernière vidéo des loufoques McFly & Carlito – où le duo embarque une foule de fans nettoyer les rues jonchées de déchets de la capitale – elle reste persuadée que l’on peut user de sa notoriété pour faire avancer les choses, « partager des valeurs hyper positives et se dépasser« . L’air de rien, la trentenaire perpétue à grands coups d’autodérision la thérapie par la parodie.

 

Des haters à Afida Turner 

Ces photographies ont suscité l’admiration, mais n’ont pas manqué d’attirer les foudres des haters who gonna hate. A ceux qui l’attaquent sur son physique, Juliette rétorque par sa malice naturelle, convaincue que « Ies ignorer c’est leur laisser la parole,« . Ce qui donne lieu à de savoureux dialogues de sourds. « Quand les gens me disent “c’est de la merde !” et que je demande “Pourquoi ?”,  hop, silence radio. Un mec m’a carrément proposé de « boire un verre pour en parler ». J’ai refusé évidemment » ! précise-t-elle d’un rire qui claque. Aux côtés de créatrices comme Natoo ou Solange te parle, l’instigatrice de Coucou les girls  souffre de la misogynie crasse qui parasite le web social. Qu’importe, celle qui fait de sa résistance à la haine son mantra n’est pas prête d’arrêter ses focus body positive et ses selfies second degré. »Quand je fais tout ça, j’ai l’impression d’être hors de moi, de mon corps » souffle-t-elle. Son astuce est de répondre au culte de la perfection par des farces déjà cultes.

On l’aura compris, Juliette se fiche des qu’en-dira-t-on. Au fil de ses stories Insta, il lui arrive par exemple de clamer son amour pour l’exubérante Afida Turner. C’est une philosophie bien à elle qu’elle chouhoute en célébrant les frasques vestimentaires de la star survoltée de téléréalité : « C’est typiquement le genre d’artistes qui s’en balek’ total. Quand j’ai posté des photos d’elle on m’a dit “elle ne se respecte pas cette femme”. Mais en quoi ? Qu’est-ce que ce genre de jugement signifie ? C’est quoi, se respecter ?« . Mais la « osef attitude » de Juliette n’a rien d’un je-m’en-foutisme. C’est au service d’un véritable combat qu’elle résonne : « la bienveillance avec soi ». Une lutte au quotidien que l’indépendante poursuit au gré de posts et de vidéos bien sentie, qui n’en finissent pas se secouer notre fil d’actualités.