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Modes pratiques : la revue d’histoire du vêtement et de la mode

C’est une belle revue annuelle de 480 pages, vendue en librairie dans toute la France à 15 euros. Fondée en 2015, et consacrée à l’histoire du vêtement et de la mode, elle est la seule revue de ce genre en France. Elle rassemble, à chaque numéro, une quarantaine d’auteurs-contributeurs : des sociologues, des anthropologues, des historiens, des illustrateurs et des passionnés de mode. Nous avons rencontré Manuel Charpy, un des trois secrétaires de rédaction de la revue Modes Pratiques avec Patrice Verdière et Corinne Legoy

 

Couverture de la Revue Modes Pratiques n°2
Couverture de la Revue Modes Pratiques n°2. Image : Festival Ballabio – Italie 1971  © Collection Modes pratiques

Enseignant, chercheur, puis fondateur de la revue Modes Pratiques, quel a été votre parcours jusqu’à sa création ?

Je suis chercheur au CNRS, je travaille sur l’histoire des objets et leurs usages sociaux. J’ai étudié la bourgeoisie parisienne et comment elle accumule des objets. En parallèle, je me suis beaucoup intéressé à l’histoire du vêtement, et notamment à la fripe. En 2014, on a été plusieurs à faire le constat qu’il n’existait pas en France de publications sur l’histoire de la mode, et qu’en tant que chercheurs sur ce sujet, on ne pouvait publier qu’en anglais dans des magazines tels que la revue new-yorkaise Fashion Theory. Ces derniers ont une approche souvent très esthétique, alors que nous avions envie d’une approche plus sociale, et aussi de toucher un public beaucoup plus large.

Donc, suite à ce constat, vous décidez de fonder en 2015 la revue Modes Pratiques : la première revue en France consacrée à l’histoire du vêtement et de la mode, avec un premier numéro intitulé Normes et Transgressions. Racontez-nous.

Le nom de la revue un brin vintage est un clin d’œil à une revue qui existait déjà dans les années 1900 : Mode pratique. Nous nous sommes amusés à emprunter ce nom, mais au pluriel. Modes pratiques car nous nous intéressons aux pratiques sociales du vêtement : que font les gens avec leurs vêtements ? L’idée est née aussi du dialogue avec l’Ecole Duperré qui co-finance la revue avec l’Université de Lille. Nous avions envie de faire un projet à cheval entre histoire, mode et édition. Dans le numéro 1 autour de la thématique Normes et Transgressions, nous abordions des sujets très divers, comme par exemple une enquête sur le Voguing en banlieue parisienne, les bals homosexuels dans les années 1930, les normes de tailles industrielles, les uniformes de l’armée, de la police…

S’il y a beaucoup d’écrits dans votre revue, l’image y a aussi une place importante et tous les numéros sont très bien documentés et illustrés. Comment trouvez-vous toutes ces images d’archives ?

Notre principale source d’iconographie, ce sont les puces et les sites de ventes en ligne. Ce sont des images anonymes, on aime piocher dans ces archives collectives car on trouve toujours des photographies formidables ! En fonction des sujets nous avons la thématique en tête et on cherche à les relier aux thèmes. Sur le numéro 3 sur les saisons, mon œil a été attiré forcément sur tous ces albums de famille de gens en maillot de bain ou au ski. Pour chaque numéro, nous collaborons aussi avec des illustratrices et illustrateurs contemporains, souvent des étudiants de l’Ecole Duperré.

 

I Would Prefer Not To, 2016, figure de mode, Modes Pratiques
I Would Prefer Not To, 2016 © Nicole Tran Ba Vang

Avez-vous déjà une idée sur la thématique du prochain numéro ?

Oui, le numéro 4 sera autour des expériences intimes du vêtement, des vêtements autobiographiques. Mais c’est encore en chantier…

Justement, on parle de vêtement autobiographique, y a t-il un vêtement qui a marqué votre enfance, votre adolescence ?

Adolescent, je vivais à la montagne. J’ai un souvenir assez pénible des anoraks et des couches de vêtements superposées pour lutter contre le froid. En réaction,  je me suis très peu couvert, quitte à tomber malade !

La revue s’intéresse aussi bien aux vêtements exceptionnels qu’aux vêtements quotidiens. Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Les vêtements exceptionnels sont les vêtements d’apparat. On pense immédiatement au costume et à la robe de mariage que l’on conserve toute sa vie. Ou le costume de l’entretien d’embauche. Les tenues du dimanche pour lesquelles il existe d’ailleurs le verbe « s’endimancher » sont également des tenues exceptionnelles. Les vêtements quotidiens sont les vêtements de travail : les uniformes, les bleus de travail des ouvriers… Chez les sapeurs, les vêtements quotidiens sont exceptionnels car ils s’habillent tous les jours avec une extrême élégance. L’exceptionnel se cache dans les détails  !

Qu’est-ce qui vous fascine dans la mode de cette nouvelle année 2019 ?

Souvent, pour les classes populaires, le vêtement est le seul moyen d’exister dans l’espace public. Il y a un champ d’inventions et d’expérimentations fascinant. Je suis fasciné par les adolescentes et les adolescents d’aujourd’hui qui rivalisent d’inventivité et de créativité et de façon beaucoup plus libre que ce que l’on pourrait penser…