L’interview pas craignos de Jean-Pascal Zadi

Jean-Pascal Zadi a monté sa boîte de production Douze doigts productions  en 2008 avec Camille Moulonguet. L’idée était de pouvoir faire des longs métrages indépendants avec très peu de moyens. Tous ces films de fiction sont sortis en DVD et sont vendus à la FNAC dans le rayon Hip-Hop. Pour les 10 ans de la boîte de production, Jean-Pascal Zadi est le réalisateur et scénariste d’une web-série : Craignos. Elle a déjà fait plus d’un million de vues sur la chaîne YouTube du Mouv’. Il prépare également un film pour le cinéma. Rencontre avec un passionné touche-à-tout qui est né avec 12 doigts. Un signe du destin !

 

Affiche de la web-série Craignos de Jean-Pascal Zadi
Affiche de la web-série Craignos © Mouv’

Jean-Pascal Zadi, vous êtes le réalisateur de Craignos, une nouvelle web-série qui cartonne. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à son sujet ?

Ma série s’appelle Craignos, c’est une série comique, une fiction sur un anti-héros, Ernesto, à qui il n’arrive que des galères. Ernesto, c’est la somme de tous les personnages que j’ai pu rencontrer dans ma vie car je viens d’un milieu populaire. Ernesto (que j’interprète) ce n’est pas moi, mais c’est les gens que j’ai côtoyés, mes potes et leurs problèmes : des petits dealers, des fraudeurs, des mecs au chômage qui ont des soucis d’argent. Toutes ces histoires que j’ai entendues sont dans le personnage de façon un peu extrapolée. Craignos, c’est 7 épisodes de 13 minutes en ligne sur la chaîne YouTube de la radio Le Mouv’.  Ça s’est fait avec Le Mouv’ car je bosse également pour eux. Je co-anime une émission tous les jours de 19h30 à 20h, Le Debattle. On a tourné la saison 1 de Craignos en 17 jours, et nous avons plus d’un million de vues sur tous les épisodes cumulés. Tous les gens qui sont dans la série sont des gens que j’aime bien !

 

Justement, pouvez-vous nous présenter les personnages de la série, qui sont les potes d’Ernesto et pour certains vos vrais potes ?

Il y a plusieurs personnages dans la série Craignos. Mac Tyer, un rappeur très connu, qui joue le rôle de « Jo », le gars que je dois rembourser. Le Chinois marrant du Jamel Comedy qui joue le rôle d’un épicier qui se fait appeler Hassan car il trouve que ça fait mieux d’être rebeu alors qu’en vrai il s’appelle Han San et il est vietnamien !  Il y a Tito qui est de mes vrais potes dans la vie (Thomas). C’est un gars qui vit chez sa mère et qui est attiré par les femmes d’âge mûr. Et enfin Sam, Samir (un autre pote à moi) qui est sur-diplômé et qui ne trouve pas de boulot car il est rebeu. A la fin de la saison, il s’inscrit au concours de police car il en a marre d’être au chômage mais il est face à un vrai dilemme : rester au chômage ou devenir keuf ? Grâce à ce personnage-là, je traite du rapport qu’ont les jeunes de banlieue avec la police.

 

Photo du tournage de la série Craignos de Jean-Pascal Zadi
Photo du tournage © Douze Doigts Productions. 

Oui, effectivement, avec Craignos vous abordez avec humour beaucoup de sujets : la police, le chômage, l’homosexualité, le voile, le racisme…

J’essaie de faire rire avec des sujets tabous ! C’est important de traiter ces thèmes sociétaux. Comme dirait Ernesto « y en a marre des films de bobos sur la banlieue ! C’est l’horreur, c’est plein de clichés ! « . Je ne pense pas qu’il y ait des clichés dans Craignos car tous ces sujets me parlent, ça sent le vécu. C’est pour cela qu’il faut prendre la parole et parler de nous et de nos vies en banlieue. En 2014, j’avais une pastille sur Canal+ « C koi les bayes? » et je donnais la parole à la jeunesse. C’est vraiment super important car si ce sont les autres qui nous racontent, il y aura forcément un décalage… et des clichés !

 

Quelles sont vos actus 2019 ?

Je joue un petit rôle de flic dans le film de Philippe Lacheau, Nicky Larson, qui sort au cinéma le 6 février. En avril-mai, je vais tourner mon premier long métrage pour le cinéma produit par Gaumont avec Fary et Fabrice Eboué. Ce sera une comédie, un film sur la communauté noire en France. Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant.

 

En tant qu’acteur, quel rôle pouvez-vous refuser ?

J’accepte tout car j’aime m’amuser, à condition que ça ne dénigre pas l’image de l’homme noir et des banlieues !

Jean-Pascal Zadi dans le rôle d'Ernesto pour la série Craignos
Jean-Pascal Zadi dans le rôle d’Ernesto. ©Mouv’

La saison 2 de Craignos est déjà en route ?

Evidemment il y aura une saison deux. Les épisodes sont déjà écrits. Je commence le tournage après ce projet de film pour le cinéma.

 

Vous êtes autodidacte, vous aimez dire que c’est le rap qui vous a tout appris…

Oui, je suis complètement autodidacte. Un jour j’ai voulu prendre un cours de théâtre, je voulais jouer Louis XIV et le prof m’a dit que je ne serais pas crédible alors je n’y suis jamais retourné. Ma formation, c’est le rap. Je suis rap+3 ! Il m’a tout appris, je suis un rappeur raté, mon groupe s’appelait la Cellule, on a fait deux albums, j’avais 17 ans. J’en suis venu à la réalisation car j’ai commencé par filmer des clips de rap. L’énergie du rap, c’est celle de ceux qui se débrouillent. Moi je n’ai jamais fait de conneries dans ma vie grâce au rap et au foot.

 

Vous qui avez commencé par le rap, vous écoutez quoi comme musique ?

J’aime bien Damso, Mac Tyer, 13 block, Kaaris… J’écoute du rap, mais pas que, j’écoute aussi du Boris Vian et du Gainsbourg ! J’écoute des musiques africaines, des trucs que mes parents écoutaient comme Ernesto Djédjé, Amédé Pierre. J’écoute aussi Maître Gims et Jul avec mes enfants car ils disent pas trop de gros mots.

 

Vous avez écrit un roman aussi… L’écriture est importante pour vous dans votre vie d’artiste ?

Le premier roman s’appelle Bastos à crédits édité aux éditions Izarts. On retrouve le personnage d’Ernesto. Je suis en train d’écrire le deuxième volume : Vol au-dessus d’un nid de cocus. Ce sont des polars, des romans de gare… RER ! (rires)

 

Un conseil à tous les jeunes pour qui vous êtes un modèle ?

Les gars, il faut se lancer : prenez la parole ! N’ayez pas peur du ridicule, au début c’est toujours nul. J’ai commencé en faisant mes petits nanars dans mon coin, et aujourd’hui j’écris enfin pour le cinéma !

 

En conclusion, quelle est votre devise dans la vie ?

L’éclate totale 24 heures sur 24.