Rencontre : trois physios emblématiques de Paris

A la porte du Rex, de la Concrète ou encore du club éphémère le 824. Portrait de trois physios de la capitale.

Thierry, l’épicurien du Rex Club

 

physio : Thierry du Rex Club

 

Si vous déambulez boulevard Poissonnière après minuit, il vous est impossible de manquer la silhouette de Thierry, trônant en dessous de la bannière éclairée du Rex. Le visage impassible, il choisit minutieusement à la porte du club ceux qui auront le droit de fouler l’un des temples parisiens de l’électronique. Son but est de former ce qu’il appelle « un mélange des genres ». Si vous êtes en mocassins ou en baskets, le physionomiste du Rex depuis dix ans n’y prêtera pas attention. Selon lui, l’essentiel est « d’avoir l’esprit cool et d’être poli avant tout ». Parce que Thierry ne se contente pas de regarder ceux qui se trouvent face à lui :« je n’observe pas à la porte mais 50 mètres derrière afin de voir comment les gens se comportent. J’aime les comparer à des Gremlins. Au début ils sont mignons comme des petits Gizmo et  une fois à l’intérieur ce n’est plus pareil ».

Il fait également part de son incompréhension face à certains comportements et langages des nouvelles générations : « tu vois parfois une petite blonde de 19 ans qui vient de Bourges et qui s’appelle Amandine mais qui t’accoste avec un  » Wesh gros ma gueule ». C’est bizarre ». Cependant, pour lui tout le monde est logé à la même enseigne : « il n’y a pas de VIP ici, on fait la queue, on est poli et on rentre. Mais si quelqu’un se présente en faisant la gueule ou avec un téléphone vissé à l’oreille, je refuserai toujours ».

Dans le milieu techno depuis 24 ans, il s’est aussi bien occupé de la coordination sécurité de 90% des raves en Île-de-France dans les années 90 que de l’ouverture du Social Club, où il tiendra les manettes de l’entrée aux côtés du physio pendant 4 ans.  Malgré un CV bien rempli, il raconte son premier jour au Rex avec un enthousiasme contagieux : « c’est comme un Chef étoilé qui travaille dans le plus grand restaurant de la capitale. Lorsque je suis arrivé  le premier jour devant cette grande bâtisse, je stressais à moitié. Mais d’un autre côté, je me souviendrai toujours de cette adrénaline ».

Une vie professionnelle aux antipodes de sa vie privée qu’il occupe avec un de ses passe-temps favoris : l’histoire. Mais épicurien avant tout, il voue un vrai culte au bon vin ou encore à la gastronomie française : «  j’aime inviter mes amis à manger des côtes de bœuf que je grille à même la cheminée. On l’accompagne souvent d’une des bouteilles de ma cave ». A 43 ans et malgré un naturel paisible, il dit ne pas pouvoir se défaire de son métier : « tu n’en as jamais marre du boulot que tu aimes, c’est comme un couple. Parfois ta femme te soûle, mais l’amour est bien présent », conclut-il.

Rex Club
5, bd Poissonnière, 2e

 

 


 

Valery, physio pour la vie

 

physio : Valéry de Conrète

 

Après avoir passé 32 ans à déambuler de lieu en lieu, Valery est ce qu’on pourrait appeler l’un des emblèmes des soirées parisiennes. Aujourd’hui, c’est à la porte de Concrète que vous pourrez le croiser. Chaque mois, il quitte son Nîmes natal pour retrouver ce de quoi il n’a jamais pu se passer : l’effervescence des soirées électro.

Depuis l’âge de 14 ans, Valery côtoie le milieu de la nuit. Tour à tour ramasseur de verre au Palace, vestiaire au Boy (ancien Queen), ou encore physionomiste pendant les belles années des Folies Pigalles, les emplois et les vies se sont succédés pour Valery. Il raconte avec exaltation ses différents métiers souvent insolites : « j’étais à l’affût de tout. Une fois j’étais même animateur de site de cul, pour un lieu qui s’appelait le scorpion. On faisait la pub via le 3615, on expliquait aux gens que c’était là-bas que ça se passait ». De 1994 à 1996, Valery avait un employeur différent tous les soirs : l’Elysée Montmartre, le Gibus ou le Rex, chaque jour il se délectait des rencontres qu’il faisait à un rythme effréné.  Il s’en souvient comme l’une des plus belles époques de sa vie. Il sera par la suite physio du Rex de 1997 à 2001 : « j’ai quitté le Rex en 2001, est ce que j’ai fait le bon choix ? Oui, à l’époque.  Aujourd’hui c’est à discuter ».

Sa vie oscille par la suite entre plusieurs emplois (toujours dans le milieu de la musique) en province ponctués de quelques retours à Paris au sein de boites telles que le Red Light ou encore le Showcase. En 2008, il ouvre un bar à Nîmes avec son frère mais des problèmes de santé l’obligent à changer de cap. Après un retour très succinct au sein du Rex en tant qu’adjoint du directeur, il revient à ses premiers amours, être physio. Il veille depuis quatre mois sur la porte de Concrète, où il retrouve le monde qu’il n’a jamais pu quitter : «  il y a tout genre de personnes qui viennent à Concrète et j’aime ça. Je ne peux pas me résoudre à arrêter ». Il renchérit, enjoué, avec une dernière anecdote : « une fois une personne que j’ai refusée parce qu’elle n’était pas en état de rentrer a décidé de se  jeter dans la Seine pour faire le tour du  bateau et essayer de rentrer de l’autre côté ».

Plus soucieux de sa tranquillité qu’il y a quelques années, Valery retourne à chaque fois dans le sud où il pratique, entre autres, le Qi-gong (gymnastique chinoise traditionnelle). Il n’en oublie pas pour autant  ses rendez-vous annuels : la Love Techno de Montpellier et le Sonar de Barcelone.

La Concrète
Port de la Rapée, 13e

 

 


 

Fodé, le nouvel arrivant

 

A l’entrée du nouveau club éphémère de la capitale, Fodé veille depuis plus de deux mois sur les portes du 114 de la rue d’Oberkampf. Rescapé du Riviera, un bar plutôt classique comme on en trouve souvent sur la rue, il met aujourd’hui ses talents de physionomiste au profit du 824 heures.

Chef d’escale à l’aéroport durant ses premières heures, Fodé est d’abord ce que l’on appelle un esthète. Passionné de vêtements, il lance il y a quelques années sa marque «  Woodlife Paris » avec un ami. Celle-ci rencontrera un franc succès puisqu’elle sera par la suite distribuée chez Colette ou encore au Citadium. Cependant, n’ayant pas estimé les coûts qu’engageait un tel projet, Fodé a dû se frotter à quelques obstacles. Il ne baisse pas les bras pour autant et continue à persévérer dans cette voie.  « La vie est un jeu , il faut savoir perdre » affirme-t-il, en expliquant qu’il a atterri dans le milieu de la nuit totalement par hasard. «  Je faisais des vêtements  pour Luc Savanes des Niçois lorsqu’il m’a proposé de remplacer son physio  parce qu’il était en galère au Riviera. C’était il y a un an et depuis je n’ai pas quitté le 114 ».

Mais malgré sa petite expérience, Fodé est un physio averti qui connaît son travail. Il explique « la rue Oberkampf peut vite devenir un coupe gorge si tu  gères mal. C’est une rue très vivante, il y a énormément de gens qui passent, toute sorte de population, du plus chic au plus marginal. Il faut donc savoir trier ». Ce fan inconditionnel du PSG explique également que le 824  heures est unique par rapport aux autres endroit de Paris : « on y retrouve l’esprit fou du camion bazar, donc si quelqu’un arrive déguisé avec des paillettes, sur des talons de 25 cm, c’est lui que je vais privilégier ».

824 heures
114 Rue Oberkampf, 11e