D’Julz : « Bass Culture, c’est vraiment une soirée de DJ’s »

Quand on aime la musique électronique, il est impossible de ne pas avoir déjà croisé la route de Julien Veniel aka D’Julz. Depuis plus de 25 ans, le Français arpente les clubs du monde entier et, depuis deux décennies, fait vibrer le Rex Club à intervalles réguliers à travers sa résidence Bass Culture. Également à la tête de deux labels, l’un logiquement nommé Bass Culture Records et l’autre, plus récent, nommé JV Recordings, ce DJ-producteur est même un exemple de longévité et de constance pour tous les remueurs de dancefloors en herbe.

À l’approche de sa prochaine soirée au Rex du samedi 23 novembre et à l’occasion de la sortie de la très recommandable compilation 10 Years of Bass Culture, ce spécialiste de la club music répond aux questions d’A Nous Paris et se confie sur ce qui fait, selon lui, un vrai DJ. Un entretien long, passionné et sincère, comme la carrière du bonhomme.

D'Julz © Marilyn Clark
D’Julz © Marilyn Clark

Tu as commencé à mixer dans les raves au début des années 1990 et, aujourd’hui, tu es à la tête de la plus ancienne résidence du Rex Club. Quel est ton regard sur ton parcours ?

Déjà, mon parcours n’a jamais été prédestiné, dans le sens où il m’a fallu pas mal d’années avant de me dire et d’accepter que DJ-producteur soit mon métier. Tout s’est fait de manière assez progressive, mais c’était finalement propre à cette époque où peu de gens décidaient d’être DJ pour devenir une star. Ce n’est pas comme maintenant, avec des gamins qui ont une vision du DJ complètement différente. Au début des années 1990, on n’en était qu’aux prémices : les gens faisaient d’abord cela par passion de la musique et ils n’avaient pas réellement d’exemple de carrières glorieuses. Pour moi, comme pour beaucoup de DJ’s de l’époque, c’était avant tout un hobby, une passion. Mais c’est vrai que j’ai grandi en même temps que la scène.

Puis, au bout d’un moment, les demandes se faisant de plus en plus importantes, notamment pour aller jouer à l’étranger, j’ai dû faire le point et me demander si c’était ce que je voulais vraiment faire professionnellement ou non. La réflexion a duré près de six ans, entre 1992 et 1998, avec notamment un passage d’un an à New York qui m’a marqué et fait découvrir une autre facette du métier de DJ. Là-bas, j’ai compris que ce n’était pas seulement jouer 1 h 30 dans une rave aux côtés de dix autres DJ’s : j’y ai découvert la notion de DJ résident ainsi que d’autres styles de musique plus deep. Au même moment, j’avais terminé mes études et commençais à bosser à côté des soirées via un job dans la pub qui me plaisait bien, mais très rapidement, j’ai dû faire un choix. J’étais dans une situation qui me faisait refuser des voyages et des opportunités dans ma carrière de DJ, tout en stagnant dans la pub. Après avoir mûri ma réflexion, j’ai pris cette décision sans que cela soit, à mes yeux, une grande prise de risque non plus. Et puis, à partir de là, vers la fin des années 1990, j’ai aussi eu le temps de me mettre à la production, pour ne pas être juste DJ.

Ensuite, les choses ont vraiment décollé au niveau international à partir de 2001-2002, avec des sorties sur des labels reconnus comme Ovum ou 20:20 Vision ainsi que des compilations distribuées en Angleterre. Ce choix était donc le bon ! Et finalement, une fois lancée à 100 % dans ma carrière de DJ-producteur, les choses ont été assez constantes pour moi. Bien sûr, comme dans toutes les carrières, il y a eu des hauts et des bas, mais jamais de réelle remise en question – je ne me suis jamais dit « Ça y est, ça ne marche plus, j’arrête et passe à autre chose. » – ni d’explosion, à me retrouver hisser au rang de superstar. J’ai une carrière constante et la chance d’avoir traversé les modes et les époques sans trop de casse, en étant respecté et en ayant l’opportunité de jouer dans les meilleurs clubs du monde depuis plusieurs années.

Bon, c’est vrai que parfois, j’aimerai gagner plus de sous ou être un peu plus en haut de l’affiche, mais en même temps, quitte à choisir, je préfère ce que je vis et le fait de pouvoir durer. La longévité dans ce métier, c’est quelque chose de très dur et encore plus maintenant. J’ai croisé plein d’artistes avec des ascensions fulgurantes et des carrières au final très courtes. Je suis donc plutôt content de mes 25 ans de carrière jusqu’à présent et j’ai envie que cela dure encore quelques années. Sans frustration, je réalise simplement la chance que j’ai d’être là depuis tant d’années et surtout d’être toujours passionné.

« J’ai toujours fait mon truc de mon côté »

Tu as parlé de star : même si tu es très respecté en France et à l’étranger, tu n’as jamais été une « star médiatique ». Je crois même ne t’avoir jamais vu en couverture d’un magazine. Comment expliques-tu ce décalage ?

C’est difficile à analyser. Peut-être que quelqu’un d’autre connaissant bien ma carrière pourrait avoir une réponse plus juste que moi car on manque souvent de recul sur sa propre personne… Bon, on dit souvent que je suis discret ! (rires) C’est d’ailleurs assez paradoxal avec le métier d’artiste. Normalement, un artiste cherche la lumière. Est-ce que c’est pour cela ? Je ne sais pas. Je suis aussi quelqu’un d’assez solitaire : je n’ai jamais trop fait partie d’un crew ou d’une mode comme, par exemple, la French Touch qui a rassemblé plusieurs artistes. En fait, j’ai toujours fait mon truc de mon côté. Évidemment, artistiquement, je suis toujours influencé par ce qu’il se passe autour de moi, mais j’ai toujours plutôt tendance à mélanger ces influences avec d’autres plus personnelles.

Peut-être que mon son est aussi moins facile à placer dans telle ou telle catégorie. Je me nourris des tendances, mais mon identité est restée assez proche de ce qu’elle était en 1992 : je ne suis jamais passé radicalement d’un style à un autre. En faisant ça, je me suis peut-être empêché de rentrer dans des courants très forts qui, à un moment donné, pouvaient entraîner cette médiatisation. Je n’ai jamais eu les deux pieds dans un courant. On a pu m’étiqueter tech house à une période, parce que je jouais beaucoup avec des gens comme Terry Francis ou des mecs de la Côte Ouest au début de Fabric (le célèbre club londonien, ouvert en 1999), mais cela ne m’empêchait pourtant pas de jouer aussi d’autres choses plus américaines. Je pense simplement que les médias ne savaient pas trop où me placer.

Tu n’es pas assez clivant ?

Voilà ! Alors que, si tu veux attirer la lumière des médias sur toi, tu as plutôt intérêt à être facilement identifiable, en référence à une mode ou un style de musique. Cette exposition médiatique aurait pu me faire passer un cap en termes de popularité, mais elle m’aurait peut-être desservi sur la longueur. J’aurais été à la mode un ou deux ans, associé à un certain style ne me correspondant pas forcément – parfois on te colle une étiquette trop restrictive par rapport à ce que tu aimes. Même si je n’aurais pas été contre, c’est toujours difficile de jouer avec la médiatisation. Pas sûr que cela m’aurait servi. Inconsciemment, peut-être que je redoute d’être trop dans la lumière et préfère cette part d’ombre pour éviter cette pression du haut de l’affiche. Faut que je m’allonge sur le divan pour en savoir plus ! (rires)

D'Julz © Vito Fernicola
On voit bien que D’Julz aime parfois rester dans l’ombre © Vito Fernicola

Tu es un gros voyageur et tu as bourlingué dans pas mal de pays. D’ailleurs, rien qu’en 2019, tu as déjà joué en Angleterre, en Espagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Portugal et même en Chine et à Singapour. Mais avec quels autres pays que la France ressens-tu une connexion particulière ?

Cela varie vachement. Par exemple, selon les époques, j’avais tendance à répondre Tokyo, New York, Londres ou Berlin. Encore aujourd’hui, ce sont des scènes particulières avec des lieux incroyables, où l’on ressent un vrai mélange des cultures. En fait, ta question est plus complexe qu’il n’y paraît. Par exemple, il y a eu toute une période où, pendant dix ans, j’allais quasiment jouer dans les meilleurs clubs de Tokyo deux fois par an. Je m’étais fait un nom là-bas… mais cela s’est un peu calmé depuis. Pareil pour New York : je n’y jouais plus pendant des années et là, dernièrement, j’y retourne beaucoup. Je sens qu’il y a une connexion avec la scène actuelle et ma musique. Ce n’était pas le cas il y a dix ans et cela ne sera peut-être plus le cas dans trois ans, tu vois ?

Chaque pays, chaque ville, chaque club a une histoire, une évolution, avec un nouveau public, une nouvelle mode, une nouvelle tendance musicale. Parfois, quand les éléments sont alignés, tu peux coller à un lieu ou un pays pendant plusieurs années. Au début des années 2000, j’ai ainsi beaucoup joué en Espagne, notamment à Madrid et Barcelone où j’avais même ma résidence. Après, ce fut le tour de l’Italie, etc. Heureusement, il y a toujours un lieu où cela fonctionne ! (rires) C’est une question de cycles et d’énergie. Quand j’ai commencé ma carrière, j’ai aussi eu un gros cycle Belgique et Hollande, et j’y vais moins maintenant. L’Angleterre, c’est un peu particulier car plus constant, mais c’est surtout Londres, pas tellement le Nord du pays. Et Berlin, c’est aussi spécial : là-bas, il y a des lieux où je me sens vraiment chez moi, comme Heideglühen, un lieu qui existe depuis 5 ans et fait partie des meilleurs clubs au monde à mes yeux. J’y ressens une vraie osmose et j’y joue 3-4 fois par an depuis quatre ans.

Finalement, un peu comme au moment de définir ta musique, tu n’as pas de chapelle attitrée.

Oui et puis ça évolue naturellement. Les gens, après t’avoir vu trop souvent pendant 5-6 ans, ils ont peut-être envie d’autre chose. Le public de la nuit se renouvelle aussi très régulièrement maintenant et ceux qui arrivent ont potentiellement d’autres envies. Cela concerne également Paris : tous les 2-3 mois, tu vas retrouver les mêmes gros noms – peu importe le style de musique – et puis, au bout d’un moment, beaucoup moins car les gens auront commencé par se lasser. Voilà pourquoi il est important de bien choisir les lieux où tu joues. Il faut savoir aussi se faire rare… enfin, quand tu en as la possibilité. C’est uniquement lors que tu reçois un certain nombre de demandes que tu peux les filtrer de la meilleure façon possible.

Parlons de Paris justement et de ta résidence Bass Culture au Rex. Contrairement à beaucoup de soirées parisiennes axées sur des line-ups à rallonge, tu sembles davantage privilégier une formule plus drastique, avec un invité et toi…

Ouais et c’est hyper important. Bon, il y a parfois de rares exceptions : je décide de mettre deux noms quand je trouve qu’ils vont bien ensemble ou qu’ils me paraissent complémentaires et, bien sûr, si l’occasion se présente. Ou alors je le fais pour proposer un live d’un artiste en plus d’un guest DJ. Mais oui, j’essaye d’avoir le plus souvent possible un seul et unique invité parce que Bass Culture, c’est vraiment une soirée de DJ’s. Certaines personnes ont dû mal à comprendre les points communs qui lient les personnes que j’invite. Ils ne comprennent pas pourquoi j’invite un Raresh comme lors de la dernière soirée et, à une autre date, un type plus mainstream ou un Derrick May, un Lil’Louis. Ils ne comprennent pas parce qu’ils pensent avant tout en scène, en style de musique. Or, pour moi, ceux que j’invite sont avant tout de très bons DJ’s qui jouent différents styles dans leurs sets tout en ayant pour point commun le fait de réussir à marier la house et la techno. Il y a un groove chez eux qui me parle. C’est ça, l’identité de cette soirée.

Moi, je ne suis pas dans la minimale, la house ou la techno : je suis dans une optique artistique et je choisis des vrais DJ’s. L’image que je me fais d’un vrai DJ, c’est quelqu’un possédant cette habilité à voyager entre plusieurs styles tout en gardant sa propre identité. Mes invités ne vont jamais jouer la même musique pendant 2-3 heures – et c’est tant mieux car ce serait particulièrement chiant. D’ailleurs, quand tu aimes voyager, improviser, monter, descendre, jouer deep ou beaucoup moins, il te faut du temps derrière les platines et 3 h, cela me paraît être un minimum. Tu ne peux pas faire cela avec un DJ set de 1h30. Voilà pourquoi je propose ce format à mon invité, en lui donnant aussi la possibilité de finir la soirée s’il en a envie. Et s’il n’a pas envie de jouer plus de 3 h, je reprends les platines, même si, les trois quarts du temps, la soirée se termine en back 2 back. Finalement, j’essaye d’accueillir le guest DJ comme moi j’aimerais être accueilli en club. Je me mets à sa place.

« Mes invités ne vont jamais jouer la même musique pendant 2-3 heures »

En plus de 20 ans de résidence, tu as déjà pu inviter l’essentiel du gratin électronique. Mais comme la vie est aussi faite d’actes manqués, est-ce qu’il y a un artiste que tu regrettes encore de ne pas avoir pu booker ?

Il y en a un qui m’a bien planté et qui m’en doit une, c’est Ricardo Villalobos ! (rires) D’ailleurs, à chaque fois que je le croise, je ne manque pas de lui rappeler ! Bon, je sais que je ne suis malheureusement pas le seul qu’il ait planté – il a même planté des amis de longue date – et que, d’une certaine façon, cela fait partie de son charme, mais oui, ce serait bien de l’avoir. De me dire qu’il n’a pas fait de Bass Culture, ça me fait chier ! C’est peut-être le seul vrai regret, d’autant que Ricardo est clairement l’un des DJ’s de ces 10 dernières années que j’apprécie le plus. Il a clairement sa place et, en plus, il joue aussi beaucoup ma musique ainsi que les disques que je sors sur mon label. Nous avons déjà joué ensemble au Rex, pour les 25 ans du club. Une super soirée.

Pour la prochaine soirée Bass Culture du 23 novembre, tu fais venir Gene On Earth et le duo The Ghost. Comment les as-tu choisis ?

J’essaye de faire ce que j’ai toujours fait avec cette soirée, même si cela devient de plus en plus difficile puisque Paris est très compétitive – si tu n’as pas un nom très connu, la plupart des gens flippent et pensent que la soirée ne va pas marcher. Donc là, j’ai voulu faire venir des gens qui, s’ils ne sont pas des headliners habituels, sont des artistes avec qui j’ai vraiment aimé jouer plusieurs fois l’année dernière et que j’apprécie musicalement. Contrairement à d’habitude, il y aura donc trois invités : The Ghost, un binôme de DJ’s anglais venus de Leeds et qui habitent à Berlin et Gene On Earth, un DJ américain qui fait partie de leur crew.

Les membres de The Ghost sont plutôt à cataloguer parmi les diggers, c’est-à-dire qu’ils jouent essentiellement de la musique assez ancienne et passent une grosse partie de leur temps à chercher des disques aussi rares qu’intéressants. Cela me fait rire car ils jouent des tracks qui je jouais moi-même au début de ma carrière, des trucs très nineties, avec une patte très intéressante. Ils arrivent à actualiser ces morceaux et amènent beaucoup de fraîcheur.

Gene fait partie de leur bande, mais lui, il est aussi producteur : il a d’ailleurs sorti cette année un album (Local Fuzz) sur son label Limousine Dream, un disque que j’aime beaucoup. Il arrive à faire du neuf avec du vieux de façon super pertinente. Ces gars ont déjà joué à Paris, plutôt dans les nouvelles raves, ces fameuses warehouse parties, mais ils n’avaient encore jamais joué au Rex. Je voulais donc faire découvrir ces gros coups de cœur au public du Rex. D’ailleurs, en février, Bass Culture invitera Nicolas Lutz, qui fait aussi partie des diggers même si, lui, s’est déjà fait un nom – il participe régulièrement à de nombreux festivals. Ces DJ’s mixent parfois depuis plus de 10 ans, mais ils commencent réellement à exploser aujourd’hui.

Bass Culture, c’est aussi un label et tu viens justement de sortir une compilation spéciale pour ses dix ans d’existence. Dessus, on retrouve essentiellement des noms d’artistes qui ont déjà sorti des disques sur le label ou joué à ta résidence. Finalement, ta longévité peut-elle aussi s’expliquer par ta fidélité à tes racines musicales comme en amitié ?

En tant que DJ et producteur, je me nourris des nouvelles tendances, mais ne repars jamais sur une page blanche. Avec le label et mes soirées, c’est pareil. Prends un artiste que je suis depuis 20 ans comme Mr G : à partir du moment où sa musique n’a pas changé, que le son est toujours identique à ce que j’aimais chez lui quand je l’ai découvert, il a forcément toujours sa place sur le label. À côté de ça, je ne m’empêche pas de découvrir de nouveaux artistes et d’autres sonorités qui me parlent également. Dans le genre, je peux te citer par exemple Leo Pol. Et quand tu regardes la liste des artistes ayant sorti des disques sur Bass Culture depuis 10 ans, tu as des gars qui ont depuis disparu, d’autres qui sont plus discrets ou ont complètement explosé, d’autres qui ont encore changé radicalement de style depuis pour partir dans une direction qui me touche moins, voire des artistes qui ont disparu un temps avant de revenir, à la manière de DJ Skull. Lui est revenu avec une musique qui m’avait marqué à l’époque et qui fait complètement sens aujourd’hui. C’est donc un cocktail de racines et de nouveautés.

« Je ne repars jamais sur une page blanche »

J’imagine tout de même que faire une compilation pour les 10 ans d’un label est plus difficile qu’un mix « ordinaire », non ?

J’ai déjà fait deux compilations pour le label où il me suffisait d’aller taper dans le back catalogue et d’ensuite réaliser un DJ mix. Là, c’est la première fois que je demande des morceaux inédits à une bonne partie des artistes du label. Dans ce genre de situation, tu es plutôt tributaire des autres. Par exemple, si on t’envoie alors deux-trois morceaux, tu ne peux pas te montrer trop difficile non plus, tout en sachant aussi que, la majeure partie du temps, les artistes n’ont pas forcément tendance à filer leurs meilleurs tracks pour des compiles.

En général, ton meilleur morceau, tu te le gardes pour une face A d’un EP futur. Donc j’ai démarré ce projet en espérant que cela soit à la hauteur de mes espérances : je ne voulais pas sortir simplement une compilation de dix morceaux inédits mais que j’aurais sorti un peu par défaut. Et finalement, j’ai été agréablement surpris par les morceaux reçus qui n’étaient pas du tout des fonds de tiroir ! Cette compilation est finalement représentative de la diversité et du son du label depuis ses débuts, avec vraiment des trucs que je n’arrête pas de joueur en club depuis que je les ai. De gros, gros tracks. Il y a au moins quatre à cinq bombes dancefloor et d’autres trucs plus deep. C’est ça, l’essence de Bass Culture : un label résolument dancefloor avec toutes les couleurs que j’aime mettre dans mes sets. On y trouve des morceaux de warm-up, d’autres d’afters un peu plus trippés ou encore des tracks pour un gros dancefloor à 3 h du matin. La compilation montre ces facettes et c’est ce qui fait que je la trouve réussie.

Je confirme ! Dernière question : comme tu es un « daron » de la club music, as-tu déjà pensé à occuper un nouveau rôle auprès de la jeune génération, en devenant par exemple mentor-producteur pour d’autres, y compris en dehors de la pure musique électronique ?

C’est quelque chose qui pourrait commencer à m’intéresser. Avant, j’étais centré sur ma propre carrière, mais maintenant, j’y pense, oui. Par contre, c’est avant tout une histoire de rencontres. Si demain je croise un jeune producteur français ou un DJ plein de talent à qui je pourrais apporter quelque chose pouvant lui servir, ça se fera naturellement. Après, je suis frappé par la maturité incroyable de beaucoup de jeunes artistes à l’heure actuelle : ils apprennent tout très vite et façonnent leur culture musicale aussi rapidement, grâce à YouTube, Discogs et compagnie. Donc même si je mettais ma collection de disques à leur disposition, je n’aurais probablement pas grand-chose à leur apprendre !

Après, la digestion de cette musique, c’est un autre débat car, pour moi, avoir accès à 30 ans de musique électronique aussi facilement n’est pas forcément une très bonne chose en soi. Reste que je ne me vois pas forcément aller voir un gamin qui fait des trucs très forts et lui dire « Attends, je vais t’expliquer et te donner des conseils ». Je pense que cela doit se faire naturellement. Si quelqu’un vient vers moi, m’explique être fan de ce que je fais, me montre ce qu’il produit et me demande des conseils ou de travailler ensemble, ça pourrait le faire. Cela viendra toujours de l’artiste et il faudra aussi un coup de cœur, évidemment. Il faut un flash, comme pour une rencontre amicale ou amoureuse.

Soirée Bass Culture avec Gene On Earth, The Ghost et D’Julz au Rex Club