Le hip-hop au Rex Club, un pari gagnant ?

Ce dimanche 15 septembre, le rappeur Niro se produira entre les murs du Rex Club. Un sacrilège ? Pas vraiment. En effet, depuis plusieurs mois, la musique électronique n’a épisodiquement plus le monopole du côté du Boulevard Poissonnière. Une volonté pour le Rex de renouer avec une partie de son histoire (les soirées U.R.S. des années 2000, voire le b2b entre Laurent Garnier et AKH en 2011), mais surtout de se faire plaisir. Aussi calé en rap qu’en house et techno, Martin Grandperret, responsable de la programmation du lieu, revient sur cette évolution.

En 2019, le Rex Club a accueilli des soirées trap, des artistes comme Nekfeu, Jimmy Whoo, Monomite… Est-ce que ces soirées ont trouvé leur public ?

Martin Grandperret : Je pense que c’est un travail toujours en cours. L’an dernier, c’était le début d’une phase de test. C’est plutôt en 2020 que l’on installera des soirées hip-hop, avec des séries d’événements davantage conceptualisés. Là, on expérimente, on est en train de tisser des liens, avec des médias spécialisés comme Booska-P ou OFIVE, et on a déjà voulu tâter le terrain en essayant d’avoir une palette assez large d’artistes programmés. Par exemple, Jimmy Whoo et Monomite, ce sont des gens très proches de la musique électronique, mais à côté de ça, nous avons aussi reçu des artistes comme Nekfeu, pas forcément affilié à cette musique pour le grand public. On a donc fait des showcases et soirées hip-hop et, sur la fin de l’année, on va encore continuer des tests avec des collectifs. Le but, c’est de trouver le public et cela passera aussi probablement à l’avenir par une récurrence en termes de direction artistique visuelle et de soirées proposées sur un même jour. Après, il ne faut pas oublier que le Rex possède une identité électronique très forte. Cela signifie qu’il faut également faire comprendre aux gens comme aux organisateurs que nous aimons aussi le hip-hop. On travaille sur cette évolution des mentalités et sur la fidélisation de ce public pour 2020. D’ailleurs, comme pour la musique électronique, il n’y a pas un seul public hip-hop : on réfléchit donc à différents formats pour trouver ce qui pourrait correspondre au mieux avec le Rex Club.

Du côté de la house ou de la techno, le Rex a depuis longtemps pris l’habitude de confier des résidences à des labels et artistes. Cela sera-t-il le cas pour le hip-hop ?

Dans un premier temps, plutôt avec des collectifs qu’un artiste en particulier, oui. Il y en a une qui est déjà en train de se mettre en place avec une émanation de L’Entourage, la même qui a fait la Saboteur Party chez nous en juin dernier, avec 2zer, Eff Gee, Nekfeu, Alpha Wann et Deen Burbigo. Là d’ailleurs, on est en train de préparer la release party du prochain album de Deen. On peut plutôt appeler ça une occurrence pour le moment, car cela sera uniquement la seconde soirée, mais c’est dans le même esprit qu’une résidence pour nous.

Est-ce que venir jouer au Rex parle à certains artistes de cette scène ? Est-ce qu’ils connaissent le background du club ou l’ont même fréquenté ?

Cela dépend. Certains artistes assez jeunes comme PLK, qui a 19 ans, fait du hip-hop depuis ses 13 ans et ne s’intéresse pas vraiment aux musiques électroniques, connaîtra peut-être le Rex de nom, mais c’est tout. Par contre, il est certain que les professionnels du milieu hip-hop connaissent le club et voient l’opportunité d’y organiser un événement. Cela me fait penser à une récente interview vidéo Konbini de MC Solaar où passait un extrait de « Lève-toi et Rap » (un morceau de son album  « Cinquieme As ») qui cite le club : « Y a eu le temps du Globo, du Bobino, du Rex Club ». Donc oui, pour pas mal de gens, le nom du Rex résonne fort, y compris dans le milieu hip-hop.

 

Est-ce que l’on organise une soirée hip-hop différemment d’une soirée house ou techno ?

Fondamentalement, non. Après, le business des organisateurs de soirées hip-hop est sensiblement différent de celui des musiques électroniques, dans le sens où beaucoup de ces soirées ne bookent pas de headliners internationaux comme cela aurait pu être le cas il y a 10 ans. À une certaine époque, on pouvait avoir une soirée hip-hop avec DJ Premier ou un autre grand nom en tête d’affiche. Depuis, la flambée des prix a été telle que cela devient plus rare, à part peut-être dans les « clubs à bouteilles ». D’ailleurs, on ne voit pas forcément d’organisateurs faire venir A$AP Rocky ou Travis Scott pour une soirée à Paris tellement c’est cher à mettre en place. Cela peut se faire, mais cela ne sera pas forcément rentable. Les organisateurs préfèrent donc travailler avec des DJs locaux ou du rap français, qui marche très bien et reste plus abordable. Dans la musique électronique, c’est différent : par exemple, le Rex fait jouer les plus grosses têtes d’affiche de la terre entière. Et même si l’on ne peut pas prédire les opportunités qui se présenteront à l’avenir, il est peu probable que le Rex accueille chaque mois des noms comme Jay-Z, Kanye West et Travis Scott.

Une autre différence notable, c’est le public. Dans le hip-hop, les gens achètent davantage leur billet à l’avance par exemple et vont moins consommer au bar aussi, pour plus se concentrer sur le showcase, contrairement aux soirées club classiques. On n’a pas non plus les mêmes problèmes liés aux drogues : quand on fait une soirée techno industrielle, on est hyper vigilants, notamment depuis les malheureux événements récents à Paris. A contrario, il y a beaucoup moins de chances de voir quelqu’un faire une overdose au GBL lors d’une soirée hip-hop. Par contre, ça fume des pétards et, comme c’est interdit, on essaye de limiter ça.

Une autre distinction pour nous, c’est le calendrier : le Rex reste le Rex. Cela signifie que le vendredi et le samedi sont « sanctuarisés » pour la house et la techno. On positionnera toujours le hip-hop plutôt sur d’autres jours, comme le mercredi, le jeudi ou le dimanche. Comme on réfléchit aussi à un format entre le live et le showcase, on pense aussi à imaginer de nouveaux créneaux en début de semaine ou fin de week-end.

Enfin, d’un point de vue professionnel, la dernière différence concerne les professionnels en eux-mêmes : ceux dans la musique électronique sont mieux structurés. Du fait de la course au booking, ils ont dû s’organiser de manière très précise. Aujourd’hui, pour être sûr d’avoir tel artiste techno à sa soirée, il faut s’y prendre plusieurs mois à l’avance tellement le marché est saturé de demandes. Moi, par exemple, mon année 2019 est quasiment entièrement bouclée. En hip-hop, les organisateurs peuvent par contre de dégainer une soirée en 2-3 semaines. On doit donc adapter nos process jusqu’alors calqués sur la musique électronique. Et c’est un échange gagnant-gagnant aussi pour certaines jeunes entités hip-hop qui, à notre contact, apprennent à se structurer davantage.

À titre personnel, c’est quoi ta dernière grosse claque hip-hop ?

Dur à dire car j’en écoute pas mal en ce moment… Plusieurs noms me viennent en tête. Côté francophone, j’ai beaucoup aimé Kobo, un rappeur belge et petit protégé de Damso. Côté UK, j’ai aussi bien aimé Slowthai. Et côté rap US, ce n’est pas très original, mais j’écoute pas mal J.Cole, Travis Scott et le dernier album de Tyler The Creator.

Et si tu avais carte blanche pour organiser ta soirée hip-hop de rêve au Rex, ce serait avec qui ?

À une époque, bien avant le Rex, quand je m’occupais du centre culturel américain à Paris, j’aurai bien fait un bon groupe de jazz de Chicago, du genre Marquis Hill ou un truc comme ça, avec toute l’équipe de Black Star, Mos Def et Talib Kweli. Cela n’a rien de particulièrement original, mais ce serait un petit plaisir perso. Ou alors, une association entre Flying Lotus et Kekra, ça me ferait marrer !

 

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