Jean-Louis La Nuit, un lieu audiophile et conceptuel

Au cœur de nombreux nouveaux lieux aguicheurs à Paris, la tendance de l’audiophilie se conjugue aussi chez Jean-Louis La Nuit, un fringant spot nocturne du 1er arrondissement auquel il serait bien ardu d’accoler une seule étiquette.

Mettre en avant les créateurs…

© Jean-louis La Nuit
© Jean-louis La Nuit

Derrière ce nom saugrenu se cache l’une des dernières ramifications d’un concept à 360° qui a d’abord vu le jour sous la forme d’une bande dessinée mettant en scène le fameux moustachu Jean-Louis (façonné par l’illustrateur Sutter l’Immortel) et, surtout, des créations de la vie réelle. Chaque aventure du personnage est, en effet, un prétexte pour découvrir des lieux, des pièces de collection et des artistes à travers une application permettant au lecteur de scanner chaque page pour finir sur le site e-shop de Jean-Louis.

Imaginée par Xavier Clergerie, fondateur des salons de prêt-à-porter professionnels Who’s Next et Première Classe, et sa fille Lucile, cette communication originale a depuis mué sous différentes formes, avec la création d’une bière, brassée dans la Drôme, d’un bar Jean-Louis le Saloon au même endroit, et donc de ce Jean-Louis La Nuit situé à deux pas des Halles. Un spot hybride, ouvert officiellement en septembre 2019 après un pré-lancement au mois de mars de la même année, qui se veut être un vivier de talents au sens large. « De la scénographie à l’architecture du lieu en passant par les éléments de décoration, tout a été réfléchi et pensé ici pour mettre en avant des artistes, des créateurs, des studios, des archi…, détaille Lucile Clergerie, aujourd’hui directrice générale de cet espace sous-terrain entre le showroom, la salle de concert, le bar, le dancing et le concept-store. Toutes les pièces présentes ici, des tabourets aux vêtements exposés, ont été créées et financées pour lieu afin de soutenir la création au sens large. L’idée est de faire la promotion des personnes qui travaillent sur le projet. »

… et les inventeurs

© Jean-louis La Nuit
© Jean-louis La Nuit

Pour le système son, c’est la même histoire. Nommé Harmony 5001 et composé de deux impressionnantes enceintes aussi graphiques que performantes, il est l’œuvre d’une entreprise française, AESD, et fait l’objet d’un véritable partenariat avec Jean-Louis La Nuit. « Il faut savoir que Serge Durcy, le créateur d’AESD, est un vieil ami de mon père, raconte Lucile. Dans les années 1980, cette société marchait plutôt bien et équipait surtout les studios d’enregistrement de musiciens, mais elle n’avait jamais voulu réellement pousser la distribution de son système son. L’idée avec Jean-Louis La Nuit, c’était donc de relancer la marque, de la distribuer et d’en faire la communication à travers ce système son audiophile associé à une programmation musicale spécialement pensée pour. »

Une programmation à laquelle s’attelle sans relâche Gabriel de Varine, jusqu’ici plus connu sous le sobriquet de Gab et l’activité de son label D.KO Records. Selon lui, proposer des lives et des sessions d’écoutes sur ce soundsystem est un plaisir de fin gourmet : « Tu te rends vraiment compte des bons et mauvais disques quand tu joues dessus, s’ils sont bien pressés ou non, bien masterisés ou pas. Tu redécouvres vraiment les morceaux ! Et c’est du sur-mesure, oui. L’idée de proposer un tel système son est venue après un événement pour le nouvel album de Guts, Philantropiques, organisé en mars dernier avec Franck Descollonges (du label Heavenly Sweetness) et le Sonorium, un collectif de filles qui font des écoutes audiophiles dans différents lieux. Serge Durcy, le créateur d’AESD, nous a alors dit que si l’on voulait des enceintes de ce type, il pouvait nous les procurer. Les enfants de Serge ont travaillé également sur la conception de ces enceintes et sont nos régisseurs. »

Une autre approche de la musique pour noctambules

La semaine, le très branché JLLN pousse « au maximum les écoutes d’albums en avant-première avec les artistes présents ou de disques déjà sortis mais que l’on a envie de réécouter avec l’artiste, pourquoi pas suivi d’une petite interview ensuite », développe Gabriel. Le lieu tend aussi à proposer de plus en plus de concerts. « On a déjà des événements avec la radio TSF Jazz une fois par mois et on a lancé des concerts avec tout la scène jazz anglaise, comme Alfa Mist en mars. » Des jam sessions ont aussi débuté, avec une première réunissant la chanteuse de Moodoid et Wolf Trap début février.

Le week-end, en plus du lancement de soirées cabaret le samedi, le DJ-producteur revient à ses premiers amours, en programmant des DJ sets majoritairement house. Une démarche qui peut surprendre le clubbeur lambda et engendrer parfois des quiproquos. « Quand on passe en mode club, après 23 h, on s’est déjà retrouvé avec des gens qui n’ont pas cette culture ni cette oreille musicale, confie Lucile. Ils souhaitaient que l’on monte le son… alors que le son était déjà assez bon pour danser ! Certaines personnes ont juste envie que l’on pousse les basses, or, ce n’est pas adapté à notre système son. On ne pourra de toute façon jamais pousser le volume sonore comme un Rex Club : on n’a pas le lieu pour et, de toute façon, en créant Jean-Louis La Nuit, on ne voulait pas devenir un énième club à Paris.»

Preuve en est que la tendance à l’audiophilie dans nos vertes contrées (ou plutôt nos centres urbains) doit aussi s’accompagner d’une certaine forme de pédagogie et participer à rééduquer les gens au plaisir d’une écoute plus saine. Peut-être le début d’une nouvelle ère et d’un retour aux sources, loin des paires d’enceintes Bluetooth à la qualité médiocre et des giga-octets de MP3 rippés de YouTube que certains s’envoient à longueur de journée dans les tympans.

Jean-Louis La Nuit
66 Rue Jean-Jacques Rousseau, Paris 1er
Ouvert du mercredi au jeudi selon la programmation, puis du vendredi au samedi, de 23 h à 5 h.

Retrouvez Jean-Louis La Nuit sur son site Internet, Facebook et Instagram

 

© Jean-louis La Nuit
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