la Culottée : décloisonner la fête

Il fait gris, il fait froid, et on a plus que jamais besoin d’étincelles et de chaleur humaine pour retrouver le moral. Mieux que les gélules de magnésium, les Parisiens ont rendez-vous vendredi 8 février à la Station – Gare des Mines pour une nouvelle édition de « la Culottée », l’une des soirées les plus réjouissantes de la capitale. Six ans après leurs débuts, les organisateurs ont toujours le même objectif : gommer les frontières entre le public et les musiques. Rencontre avec Yoann Adler, trentenaire à l’origine du projet.

 

la Culottée © Luc Bertrand
la Culottée © Luc Bertrand

 

La Culottée est née d’un rêve de clubbeur. En 2012, Yoann Adler est encore étudiant en management culturel. Il passe ses nuits à la Java et aspire à créer un espace « ni gay, ni hétéro, ni lesbien, mais tout ça à la fois, avec du beau monde et des bonnes vibes ». Sans aucun contact, sans aucune expérience, il réunit deux amis autour de lui et passe à l’action pour donner vie à sa fête idéale. Première victoire, ils convainquent la Rotonde Stalingrad d’accueillir les premières éditions de « la Culottée ». « Je me suis inspiré des soirées Mort aux Jeunes, auxquelles j’allais quand j’avais 20 ans et qui ont commencé au Pulp [mythique club lesbien fermé en 2007, NDLR]. Il y avait un vrai mélange entre les communautés, mais ça restait un espace super safe pour les LGBT. Et à l’époque, ça, c’était très rare ! », se rappelle dans un sourire ému le jeune homme aux yeux bleus.

Dès les premières éditions, la Culottée attire un public bigarré, haut en couleurs. Pas les fêtards tout en noir des soirées 100% techno industrielle, non, mais des jeunes venus pour se marrer et s’embrasser. Les « Culottées » se frayent leur chemin, au Divan du Monde, au Petit Bain… Avant d’élire résidence, courant 2017, dans la boîte la plus courtisée du moment : la Station – Gare des Mines, une ancienne gare à charbon située à la porte d’Aubervilliers. Yoann l’admet, le concept de soirées « mixtes », c’est-à-dire conçues pour les LGBT mais aussi ouvertes aux hétéros, est aujourd’hui très à la mode à Paris. Il y en a toutes les semaines, entre la Possession, la House of Moda, la Trou aux biches ou plus récemment la Myst, pour ne citer qu’elles.

 

la Culottée © Luc Bertrand
la Culottée © Luc Bertrand

 

Mais la bande de la Culottée se différencie avec une volonté de décloisonner les genres jusque dans le line up. « Dans nos soirées, on n’entendra jamais la même ligne de basses pendant trois heures d’affilée. On invite des instrumentistes à jouer avec les DJs, souvent pour la première fois de leurs carrières respectives. On a eu des joueurs balafon, de la batucada, des saxophonistes… Au début, c’était un peu expérimental et parfois chaotique, mais on a pris nos marques et on parvient aujourd’hui a créer une identité musicale propre à chaque soirée ». Dans cette droite lignée, la time table du 8 février promet des rencontres explosives. Patrick Vidal, DJ sexagénaire qui a fait ses armes au Palace dans les années 80, sera ainsi accompagné au chant par Mandel Turner, producteur de house né à Brooklyn. Le producteur d’origine jordanienne Shadi Khries, ancien collaborateur d’ Acid Arab, mixera en live en s’accompagnant de percussions acoustiques. Yoann dit voir la programmation comme « un projet artistique en soi ». Pour clore la nuit en beauté, il a aussi invité Bruits de la passion, un collectif de musiques hybrides qu’il qualifie d’« electro-chelou ».

Pour le trentenaire, cette ouverture à la diversité est aussi propre à sa génération, celle qui s’est ennuyée des « ghettos de gouines ou de pédés ».  Une pause, puis il ajoute : « Finalement, on fait des fêtes à l’image de notre groupe d’amis, mélangé lui aussi et bercé par des influences musicales hyper différentes ». Le genre de bande de potes dans laquelle on aimerait bien s’incruster. La prochaine occasion, ce sera le 8 février à la Station – Gare des Mines.

 

la Culottée
Prochaine soirée : le 8 février à la Station – Gare des Mines
De minuit à midi
10 € en prévente
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