La fête amateur de plus en plus en vogue à Paris

La fête amateur a la cote à Paris. De plus en plus, des petits collectifs de jeunes djs culottés apportent leur musique et leurs potes pour faire la fête dans des bars, clubs, parcs ou hangars. Et le public, toujours en quête de nouveauté et de fraîcheur, en redemande.

La Mamie’s, Drøm, Soukmachines, Alter Paname, Fée Croquer, BNK, Possession, Pardonnez-Nous… Ces noms sont devenus familiers des noctambules parisiens ces dernières années, et ce n’est pas près de s’arrêter. Les petits collectifs sont devenus la principale force motrice du marché de l’événementiel, selon l’étude publiée en septembre par le service de billetterie en ligne Shotgun, représentant 70  % de l’offre globale de soirées (qui a elle-même quadruplé entre 2014 et 2017). Un succès inespéré pour des bandes de potes, pour la plupart amateurs, qui ont en commun l’envie de partager la musique qu’ils aiment et de monter des fêtes qui leur ressemblent.

Une effervescence de jeunes artistes

Et la tendance semble durable, à en croire Tommy Vaudecrane, président de Technopol et organisateur de la Paris Electronic Week, le Salon français de l’industrie du clubbing, qui, en proposant cette année des conférences intitulées “Comment attirer les marques pour financer son événement ?” ou encore “Focus sur les petits festivals”, a vu avec plaisir nombre de représentants de ces petits crews pointer leur nez : « Aussi bien au niveau des conférences que du public, on a eu beaucoup plus de jeunes acteurs des musiques électroniques qui, pour la plupart faisaient partie de ces collectifs. Cette tendance nous fait dire que l’avenir du développement de la scène va très certainement passer par eux. On voit bien que tous les clubs font le plein, la nuit ne s’est jamais aussi bien portée à Paris. C’est également dû à cette effervescence de jeunes artistes qui attirent le public. En club, dans des warehouses en banlieue, dans les friches, les squats ou les parcs, ils sont partout ».

 

Peu importe le lieu, pourvu qu’il y ait la fête

La fête amateur de plus en plus en vogue à Paris
Fête organisée par le collectif La Mamie’s à la Machine du Moulin Rouge © Gaetan Clément

 

Si beaucoup de ces collectifs se sont développés dans des lieux alternatifs (La Mamie’s à la Ferme du bonheur à Nanterre, SoukMachines à la Halle Papin à Pantin…), ils sont aussi hébergés dans les clubs, qui profitent de leur communauté. Pour Aurélien Delaeter, patron de Bonjour/Bonsoir et du club de Bastille le Badaboum, l’expertise musicale a en quelque sorte changé de mains, et ces amateurs éclairés ont pris la place des médias et des labels, qui organisaient régulièrement des soirées en club avec leur tribu. « On voyait de plus en plus de jeunes djs qui se mettaient en bande. Pour les promoteurs, c’était très intéressant. On avait une armée de djs et potentiellement une armada de potes encore plus grande qui pouvait remplir des salles. Et là, tout le monde s’y est mis. »

Le collectif Pardonnez-Nous, qui s’est fait un nom grâce à ses soirées dans le squat la Jarry, à Vincennes, fait partie de ceux qui ont migré vers les clubs, même s’ils ne refusent jamais un open air. Le public suit pour leur esprit et surtout pour la musique, peu importe le lieu. « On a joué dans autant de squats que de clubs, mais on ne travaille qu’avec des boîtes où l’on a une certaine liberté pour décorer et une marge de manœuvre sur les prix. La dernière, c’était La Rotonde, un grand espace qui ne ressemble pas à un club. On n’est pas dans un endroit complètement fermé où tout est cher. On ne veut pas bosser pour des limonadiers. Si on n’avait pas cette liberté, on ne le ferait pas, sinon, on perdrait tout le truc. »

 

Quand les amateurs mutualisent les fêtes

La fête amateur de plus en plus en vogue à Paris
Festival Entente Nocturne à Vitry-sur-Seine en octobre 2018 © Romain Guede

 

Évidemment, cet amateurisme ne se fait pas sans dommages. Plusieurs soirées et festivals mal fagotés ont agacé le public ces derniers mois, mais une partie d’entre eux commence à se professionnaliser et à mutualiser les ressources. Lancé début 2018, le Socle (Syndicat des organisateurs culturels libres et engagés) réunit déjà une quarantaine d’événements festifs et culturels en Île-de-France, avec pour objectif de « parler d’une seule voix aux pouvoirs publics ». En octobre avait lieu à Vitry-sur-Seine la première édition d’Entente nocturne, un festival qui a fait cohabiter avec succès 16 collectifs pour 6 500 participants, dans une programmation qui était loin d’un Who’s Who de la musique électronique. « Ça prouve que, de cette façon, on peut assurer une bonne fréquentation à un événement. Et sur place, les gens se rendent compte que le collectif joue un rôle clé, que ce n’est pas juste la star qui fait la soirée, assure Tommy Vaudecrane, également coproducteur d’Entente nocturne, qui organise des stages de formation à l’organisation d’événements avec Technopol. Aujourd’hui, de plus en plus de ces jeunes se projettent et on essaie de les accompagner pour qu’ils connaissent les bases, et pour que dans dix ans, ils puissent créer une activité. Beaucoup d’entre eux vont arrêter, mais d’autres voudront devenir directeurs artistiques, travailler dans une agence de booking ou monter un label. » Le label, c’est d’ailleurs la prochaine étape pour les membres de Pardonnez-Nous, qui n’ont pourtant pas prévu de faire carrière. « Quand on a commencé, on faisait des fêtes de 100 personnes. On ne pensait pas en arriver là. Le succès, c’était un peu un accident. On a tous un travail à côté, donc ce n’est pas un objectif en soi. Après, si ça nous tombe dessus comme pour ceux de La Mamie’s, qui tournent désormais en tant que djs, pourquoi pas. Mais ce côté amateur, ça permet de garder l’esprit libre et de ne pas faire les choses pour l’argent, mais d’abord parce qu’on aime. Ça nous laisse encore dix ans à rigoler, on ne s’en fait pas. »