Nuit parisienne : la nouvelle donne des hippodromes

Au mois de mai, le Jockey Disque a ouvert ses portes à l’hippodrome d’Auteuil. Chez ceux de ParisLongchamp et Vincennes, des afterworks sont désormais organisés, respectivement le jeudi (les JeuXdi by ParisLongchamp) et le vendredi (les NOC’turnes/Vendredis Guinguette), attirant une clientèle n’ayant pas toujours eu d’atomes crochus avec les canassons. De quoi imaginer voir les hippodromes devenir les nouveaux lieux branchés de la nuit parisienne et damner le pion aux clubs et warehouses ? Pas vraiment, même si les professionnels à l’origine de ces initiatives ne cachent pas leurs ambitions d’utiliser la musique pour redonner un coup de jeune aux lieux hippiques.

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Le Jockey Disque © Jockey Disque

 

Fatboy Slim, Fakear, Carl Craig, Session Victim, S3A, Flabaire… Des étalons de ce genre, plus habitués aux vinyles qu’à la cravache, l’hippodrome d’Auteuil n’a pas eu l’habitude d’en voir passer souvent avant l’ouverture du Jockey Disque. Conçu par la jeune agence Doppler Paris, ce club éphémère d’une capacité de 3 000 personnes propose régulièrement des rendez-vous résolument électroniques jusqu’au 6 octobre. Et il connaît déjà son petit succès grâce à une programmation plus underground que mainstream.

S’éloigner pour mieux danser et respirer

Il faut dire que Doppler n’en est pas à son coup d’essai. Après la Friche Richard Lenoir en 2016, la Summer House au Mona Bismarck American Center en 2017 puis le Château de l’Amiral à Sceau, l’agence a cette fois choisi de camper au sein de l’Hippodrome d’Auteuil pour son annuelle exploitation éphémère d’un lieu à Paris et ses environs. Une décision qui collait aux ambitions de Pierre-Yves Bonniau, son président. « Nous avons eu l’opportunité de visiter l’hippodrome en 2017 et nous sommes tombés relativement amoureux de ce lieu qui accueille 35 courses hippiques par an et propose donc, à l’inverse, un grand nombre de jours avec des espaces disponibles, sur lesquels on pouvait envisager des choses », raconte le boss de Doppler.

« Nous avions aussi l’envie cette année de produire de la musique plus forte que celle permise dans Paris intramuros. Et même si Jockey Disque est accessible en métro, il se situe dans une zone géographique permettant aux artistes de jouer à 100 décibels et à nous de pouvoir accueillir une vraie programmation musicale… Ce qui est parfois compliqué quand on exploite un extérieur dans le centre de Paris, comme nous avions pu l’expérimenter à Richard Lenoir ou dans la cour du Mona Bismarck Center… Plusieurs têtes d’affiche ne viendraient pas si nous n’avions pas les capacités techniques pour les faire jouer à ce niveau de puissance sonore. » Une bonne façon de ne pas s’attirer les foudres de ces Parisiens qui préfèrent au tumulte de la vie nocturne la notion de « ville musée ».

En plus de collectifs et artistes indépendants (comme Newtrack ou la Horde), le principal intéressé ne cache pas son plaisir d’avoir pu aussi mettre la main sur « de grosses machines de l’industrie musicale, comme le festival Piknic Electronik, pour la première fois en France » (chaque dimanche du 21 juillet au 15 septembre) ou encore «le Paris Est TÊTU Festival les 21 et 22 septembre, un événement avec une prog forte et assez diversifiée, entre DJ sets et concerts », pour toucher des cibles différentes.

Installé dans Paris sans l’être complètement, le spot d’Auteuil a également séduit la structure parisienne pour ses caractéristiques propres, rendant le lieu plus facilement exploitable qu’un obscur hangar abandonné en périphérie de la capitale. « Le cadre de l’hippodrome d’Auteuil est magnifique, arboré, avec des très belles surfaces à aménager, à s’approprier », poursuit Pierre-Yves Bonniau. « L’autre avantage, d’un point de vue logistique, ce sont les facilités à monter toutes les infrastructures techniques, le lieu étant déjà équipé en terme électrique, de flux et de commodités, comme il est capable d’accueillir 15 000 personnes dans le cadre des courses hippiques. »

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Le Jockey Disque © Jockey Disque

Des dancefloors au quinté

En plus de son nom, de son cadre et des casaques de ses barmen, le Jockey Disque ne cache évidemment pas sa proximité avec le monde du cheval, adossant une partie de sa programmation à des « after courses » incluant des DJ sets et concerts ainsi qu’une offre de restauration et de boisson. « On fait généralement découvrir l’hippodrome en dehors des jours de courses et c’est même la majeure partie de la programmation », précise toutefois Doppler. « Le Jockey Disque, c’est l’occasion de refaire découvrir ces grands espaces aux Parisiens et pourquoi pas faire en même temps une expérience course sur une date du planning de France Galop. »

En effet, si Vincennes, Auteuil et Longchamp ont décidé de s’acoquiner avec les musiciens et les platinistes, ce n’est pas non plus par simple amour de la musique. Derrière ces événements, l’objectif est clair : attirer un public plus jeune et le convaincre de s’essayer au pari hippique. Fabrice Favetto-Bon, directeur marketing de France Galop, société organisatrice des courses de galops et gestionnaire de six hippodromes (dont Auteuil et ParisLongchamp), ne dit pas l’inverse. « Nous nous sommes rendu compte que les spectateurs et passionnés de courses étaient plutôt une population vieillissante et que nous avions du mal à nous adresser à une cible plus jeune, pour leur donner envie d’assister aux courses et, in fine, de parier. Pour cela, il nous faut trouver d’autres relais de croissance, et c’est pour cette raison que nous avons développé une stratégie qui consiste petit à petit à ouvrir les hippodromes tout au long de l’année à d’autres activités et publics, et les animer également en dehors des courses. »

Selon le professionnel, cette stratégie est primordiale pour continuer à garantir la bonne santé d’un secteur qui, aujourd’hui, fait vivre « près de 100 000 personnes ». Des garçons d’écuries aux éleveurs en passant par les professionnels de la course, tous sont dépendants des courses et des paris associés. « Tout cela est financé par les prize money, des dotations financières donnés aux cinq premiers chevaux de chaque course, financées par les paris hippiques, France Galop ayant pris le soin de confier ces paris à PMU. C’est un cercle vertueux, où les paris financent les courses et l’ensemble de la filière, pour faire vivre tout un secteur économique. »

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Les Jeuxdi by ParisLongchamp © France Galop / ParisLongchamp

Des spots bientôt incontournables ?

Les hippodromes ayant toujours été centrés sur l’organisation de course et n’ouvrant ainsi leurs portes que 35 à 40 fois par an, il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre le manque à gagner. D’où cette transformation faisant, petit à petit, changer les mentalités. Avec l’arrivée de la musique, mais pas seulement. « On veut que ces lieux deviennent plus que des hippodromes », affirme le cadre de France Galop. « On veut qu’ils deviennent des destinations en tant que telles, pour le public parisien et francilien, avec une proposition de différents types d’activité : de la restauration permanente – comme la brasserie ParisLongchamp, ouverte du mercredi au dimanche, depuis le mois d’avril –,  de nombreux événements destinés plutôt aux entreprises – comme des conventions et séminaires par exemple (plus de 150 par an) et des réunions de course enrichies d’expériences nouvelles pour aussi toucher un public plus large. Ces sites ont trop souvent été fermés sur eux-mêmes. L’enjeu, c’est de les ouvrir à d’autres public, d’autres activités, les faire vivre toute l’année, les ouvrir sur la cité, qu’ils donnent lieu à des interactions. Et aujourd’hui, on se rend compte qu’une partie du public présent à Jockey Disque revient ensuite à une course le jeudi. Et peut-être que ces personnes deviendront des amatrices de courses. C’est le but. »

Pour autant, et même si Longchamp va recevoir en cette fin juin des shows de Solomun et The Avener et que le Jockey Disque compte bien rameuter à Auteuil une faune festive durant les beaux jours, Fabrice Favetto-Bon est formel : les hippodromes sont encore loin de troquer définitivement les cavaliers contre les DJs. « On n’a pas non plus vocation à devenir une boite de nuit en plein air. On organise ces événements de manière extrêmement ponctuelle, à la manière d’un festival finalement. » Sauf si, à l’inverse, le Rex Club, la Java ou encore la Machine du Moulin Rouge, décidaient d’organiser des courses entre leurs murs, évidemment.

Les JeuXdi by ParisLongchamp, chaque jeudi de 17 h à 1 h du matin à ParisLongchamp
Les NOC’turnes de l’hippodrome/Vendredis Guinguette, à Vincennes chaque vendredi de 18 h 30 à 22 h 30
Le Jockey Disque, ouvert jusqu’au 6 octobre, à l’hippodrome d’Auteuil

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Les Jeuxdi by ParisLongchamp © France Galop / ParisLongchamp

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