Oxygen peut-il vraiment transformer La Défense ?

Ah, La Défense… ses quelque 3000 entreprises, ses buildings à perte de vue et son ratio de salariés au m² inégalable en Île-de-France. Un endroit clairement plus axé business que festif. Et pourtant, c’est bien sur ce spot destiné aux cadres en tailleurs et costards que le complexe Oxygen vient de voir le jour, associant un espace de coworking, des lieux de restauration… et un club : le NODD. Fondateur de Liquid Corp (déjà responsable des bars à cocktails Dirty Dick, Bluebird et Le Moonshiner, ainsi que de la pizzeria Louie Louie), une société plus que très impliquée dans le projet, Thomas Crand dévoile les grandes lignes de ce pari qui ne manque pas d’air, consistant à vouloir apporter un supplément d’âme à un quartier d’ordinaire plus désert que vivant quand vient le week-end.

 

Octopus et NODD à La Défense
Octopus et NODD à La Défense ©Oxygen

Jusqu’alors, les activités de Liquid Corp se résumaient principalement à la création de pizzerias et bars à cocktails dans des quartiers en général très animés de Paris. Comment en êtes-vous arrivé à vous lancer dans un projet sur l’esplanade de La Défense ?

Thomas Crand : En 2015, Paris-La Défense a lancé un appel d’offres pour rénover l’esplanade qui n’est autre que le premier que l’on voit quand on arrive en voiture ou du métro dans le quartier de La Défense. A cet endroit se trouvaient alors des vignes qui ne servaient pas à grand-chose. L’idée était de proposer un projet de lieu de vie mélangeant espaces de bar, de restauration et de coworking. Nous avons alors décidé de répondre à cet appel en nous associant à d’autres actionnaires.

Qui fait quoi dans ce projet ?

Thomas Crand : Il y a d’abord la société Avec Investissements, spécialisée dans le coworking, qui est donc à l’origine de l’espace Icone, où l’on retrouve également un café – via Café Coutume – et un barbier – via La Barbière de Paris. Il y a ensuite l’enseigne Bioburger, une chaîne de burgers bio déjà implantée à Paris.

Du côté de Liquid Corp, nous proposons plusieurs choses. Au premier niveau d’Oxygen où se trouvent également Bioburger et Icone, soit à la sortie de métro, nous avons créé la pizzeria Marco Marco, qui s’inscrit dans la lignée de Louie Louie mais avec une déco plus cantine que trattoria, et le bar à salades Prairie, qui mise sur des produits circuit-courts de petits producteurs et une démarche responsable via le recyclage à 100 % de tous les déchets alimentaires. Au second niveau, celui de l’esplanade, devant le Bassin Takis, nous avons construit deux bâtiments vitrés et végétalisés de 350 m² à la place des vignes. Le premier accueille le restaurant-bar à cocktails Octopus en collaboration avec La Maison Rostang et le second servira d’emplacement à NODD qui mêlera plusieurs activités : un espace événementiel, un bar afterwork avec parfois des DJ sets et un club dont la direction artistique est assurée par Charlotte Vannuchi du collectif RA+RE.

 

Justement, à quel genre de club doit-on s’attendre avec NODD ?

Sa programmation sera plutôt house/micro house, avec notamment des acteurs de la scène underground parisienne. D’ailleurs, la soirée d’ouverture du club (prévue le 6 avril) comptera les collectifs Distrikt Paris, Rakya Records et Playground Paris. D’une certaine façon, avec NODD, on souhaite se baser sur le principe des soirées qui s’organisent de plus en plus dans des warehouses. Ces soirées attirent une clientèle qui n’a plus peur d’aller en dehors de Paris, dans des entrepôts à Ivry ou ailleurs, et qui aime sortir des codes du club, pour ne pas avoir à payer 20 euros son Gin Tonic et faire face à un physio désagréable à l’entrée. Nous, on veut justement casser ces codes, avec un endroit plus cool et détente associé à une programmation pointue en invitant des artistes et collectifs français et européens. Le tout, et contrairement à certaines soirées warehouses, en étant accessible facilement et en possédant les autorisations nécessaires.

Vous êtes un « clubber » ?

Je sors beaucoup en club depuis plusieurs années, oui. Après, c’est vrai que nos bars à cocktails n’avaient pas l’espace ni le matériel et l’acoustique pour accueillir des soirées sur ce format. En créant ce lieu, on s’est dit que c’était l’occasion ou jamais de pouvoir enfin inviter les artistes que l’on connaît et que l’on aime. C’est aussi un petit kiff perso !

Hormis quelques événements bien spécifiques – le live de Jean-Michel Jarre en 1990 à La Grande Arche, la fameuse rave 1992 avec LFO, Erik Rug, Laurent Garnier et Jérôme Pacman, la soirée Nous Sommes 2014 avec le label Bromance ou encore des festivals – La Défense n’a jamais été un haut-lieu nocturne de Paris. Cela ne vous fait pas peur d’installer un club là-bas ?

J’ai moi-même participé à des festivals et soirées organisés sous l’Arche. En attirant plusieurs milliers de personnes, ces événements ont démontré que des gens étaient prêts à traverser le périphérique pour faire la fête. Je me souviens aussi d’un club, plus axé rap, qui avait tenté l’aventure à La Défense avant de fermer pour diverses raisons. Mais c’est clair qu’il n’y a rien sur place aujourd’hui. Pour autant, c’est justement ça qui nous donne envie : on est dans une zone urbaine, très sympa, en plein boum au niveau architectural, avec plein de nouvelles tours qui se montent, la végétalisation de l’esplanade, etc. C’est une dynamique qui nous plaît bien. Surtout, on prend bien le soin de présenter NODD comme un club tout sauf classique, qui proposera des soirées de façon éphémère. On pourra avoir un mois avec quatre événements et le suivant avec seulement deux. On montera en puissance en fonction aussi de l’envie des gens.

Plus d’informations sur Oxygen sur le site Internet du projet.

Retrouvez le NODD sur Facebook – après la soirée du 6 avril, la prochaine se déroulera le 30 du même mois, soit la veille du 1er mai, avec quatre autres collectifs.

 

Le club NODD à La Défense
NODD à La Défense ©Oxygen