La Machine a 10 ans : rencontre avec ses programmateurs

Alors que La Machine du Moulin Rouge s’apprête à fêter ses 10 ans d’existence en fanfare du 21 au 26 janvier, A Nous Paris a décidé de s’intéresser à deux importants protagonistes de l’aventure musicale du spot de Pigalle : Michaël Mateescu et Marc Resplandy. Le premier est le programmateur des concerts depuis janvier 2014 tandis que le second occupe le même poste mais côté club depuis septembre 2012. Ensemble, ils acceptent de revenir sur leur histoire commune avec ce spot déjà mythique du Boulevard de Clichy.

Machine du Moulin rouge

Quel est votre premier souvenir du lieu ?

Michaël : En 2008, j’avais 18 ans et, cette année-là, il me semble bien avoir d’abord passé une soirée à la Loco qui ne deviendra la Machine qu’à la toute fin de 2009. Bon, je n’ai pas gardé un grand souvenir de cette soirée plutôt quelconque, mais c’était bien ma première fois sur place. Ensuite, une fois la Machine créée, j’y suis retourné lors de plusieurs soirées. Je pense que la première doit être une soirée Sonotown.

Marc : Pour moi, c’est un peu différent car je suis arrivé à Paris en 2010. Je n’ai donc pas connu l’époque Loco. En fait, j’ai d’abord découvert la Machine dans un magazine, à travers un article qui parlait de la soirée inaugurale avec Autechre… et la première fois où je me suis rendu, ce n’était finalement pas en tant que public, mais en tant qu’organisateur, avec Sonotown et mon acolyte Julien (Boisseau) ! Cela doit remonter à 2011, pour une soirée en collaboration avec La Rafinerie (une soirée Wild Style organisée le 11 novembre, avec notamment un live de Samiyam et des DJ sets de Jackson et Manaré)… Bref, je ne suis jamais venu à la Machine en tant que public en fait.

Michaël : Moi, j’ai commencé à travailler en tant qu’orga à la Machine en 2013, avant de rejoindre l’équipe un an plus tard.

La fête amateur de plus en plus en vogue à Paris
Fête organisée par le collectif La Mamie’s à la Machine du Moulin Rouge
© Gaetan Clément

Comment décrire l’évolution de la Machine depuis sa création ?

Michaël : L’adjectif qui décrit le mieux la Machine dans sa globalité, c’est « foisonnant ». Parce que c’est vrai qu’on y fait des événements de jour comme de nuit, des concerts et du clubbing, du rock, du rap et de l’électro, de la musique pointue et mainstream, un public où l’on retrouve des jeunes comme des gens plus âgés, des habitués du quartier comme des personnes qui viennent de plus loin, y compris de l’étranger… On a aussi une salle avec différents espaces, avec le central et la chaufferie qui servent pour les concerts et le club, mais aussi le Bar à Bulles depuis 2015, pour une activité plus de jour, avec de la restauration, des cocktails, des brunchs et des tapas. Bref, ça a toujours foisonné ici et ça continue de le faire.

Marc : Je ne voulais pas dire « éclectisme », mais impossible de trouver un synonyme pour éviter de l’utiliser ! En effet, nous sommes nombreux à travailler pour façonner l’identité et la ligne édito-artistique de la Machine, tout en ayant des goûts très différents ! Moi, je suis arrivé avec un penchant très club – que Michaël a également, même s’il a aussi un côté très live et pro, notamment du fait qu’il avait déjà pu organiser le Paris Psych Festival par le passé. Peggy (Szkudlarek) qui occupait le poste de programmatrice auparavant (de 2010 à 2014), cultivait aussi un attrait pour ces deux facettes tout en ayant aussi un pied dans le cinéma. Et le cinéma, c’est un sujet qui plaît énormément à Julien (Delpey), notre directeur. Nous ne sommes donc pas un lieu monomaniaque qui ne va faire que du club en variant soit house, soit techno pour grossir le trait et « taper » sur le même public. Le meilleur exemple, c’est la résidence Time Tunnel que nous avions avec Jeff Mills. C’était de la performance avec de grosses références ciné, mais c’est aussi de la techno et une soirée capable de proposer une large variété de musiques. Cela synthétise pour moi le mieux l’esprit Machine de ces dix premières années.

 

Quel événement vous a le plus marqué ?

Michaël : Honnêtement, en dix ans, il y a eu plus d’un événement fondateur et important pour la Machine, à commencer par le tout premier, celui d’Autechre. Certes, Marc et moi n’y travaillions pas à ce moment-là, mais ce premier live a marqué beaucoup de monde. Je pense aussi aux 20 ans du label Ninja Tune (le 1er octobre 2010, avec, pour l’anecdote, Four Tet qui remplaça finalement Amon Tobin, bloqué aux États-Unis à cause d’un problème de visa), une soirée fondatrice ! Il y a ensuite la résidence de Jeff Mills, encore, et la soirée avec Jim Jarmush, pour l’avant-première de son film « Only Lovers Left Alive » (le 11 février 2014), un grand moment : la salle avait entièrement été redécorée pour l’occasion et les concerts étaient super. Je suis aussi obligé de citer la venue de Thurston Moore de Sonic Youth (9 février 2014), un truc assez ouf, mais aussi le festival Les Femmes s’en Mêlent, les soirées Born Bad, le Paris Psych Fest ou encore les Wet For Me, que l’on fait toujours, qui sont des soirées queer emblématiques. Évidemment, il y a aussi les Sonotown que Marc organisait avec Julien à l’époque, des soirées importantes pour la salle car elles servaient d’incubateur pour toutes les musiques électroniques.

Marc : Vu que tu as tout dit, je vais parler de ma propre expérience ! Avec Sonotown, je me souviens d’avoir organisé une soirée We Are Reasonable People en mars 2012, soit quelques mois avant de rejoindre l’équipe, un événement monté avec la team Warp et Peggy. La soirée faisait office de release party pour le nouvel album de Clark. On y retrouvait aussi Mondkopf, Society of Silence et Andy Stott pour ce qui devait sans doute être sa toute première date française. C’était une soirée mine de rien assez pointue, mais qui avait pourtant attiré quelque-chose comme 1200 personnes ! Pas sûr qu’un tel line-up aujourd’hui rameuterait autant de monde, d’ailleurs ! Je garde encore une photo en noir et blanc de cette soirée et surtout le souvenir d’être sur la scène et de voir cette foule devant moi… Cela faisait environ un an et demi que j’étais à Paris et voir ce millier de personne danser, ça m’a vraiment marqué. Je me crois même me souvenir d’une phrase de Peggy à ce sujet : cette soirée lui aurait donné envie que l’on travaille avec elle au sein de la Machine.

Vous avez programmé un paquet d’artistes depuis votre arrivée ici. Est-ce qu’on aborde différemment la programmation quand il s’agit de penser des soirées célébrant les dix ans d’un lieu ?

Marc : Pour chaque anniversaire de la Machine, il n’y a pas vraiment un enjeu de remplissage de la salle. En tout cas, cela ne joue pas sur le line-up parce qu’une soirée d’anniversaire provoque toujours un certaine engouement. Par exemple, quand nous avons décidé de faire la soirée d’anniversaire des sept ans un peu sur un coup de tête, la soirée a été un énorme carton. Cela a été la même chose l’an dernier, avec notre soirée d’anniversaire « 10-1 » pour les neuf ans ! Cet engouement sur ces dates-là nous permet de ne pas nous mettre de pression et de faire un « booking plaisir », avec ce que l’on d’abord envie de voir actuellement. Pour la partie club par exemple, on a de moins en moins de gros headliners avec un cachet à cinq chiffres et que l’on met des mois à négocier : on préfère davantage de découvertes, de choses intéressantes qu’on aime vraiment en ce moment. C’est ce que j’ai voulu faire cette année pour fêter les 10 ans, avec de la musique très pointue, mais aussi très dansante.

Michaël : L’idée, c’est d’abord de se faire plaisir, puis d’en profiter pour également construire des line-ups reflétant cette première décennie, tout ce qu’on a pu déjà faire, ce foisonnement artistique.

La Machine du Moulin Rouge © Alban Gendrot
La Machine du Moulin Rouge © Alban Gendrot

Et si, pour une fois, vous vous placez en tant que visiteur et non pas programmateur, quel live ou DJ set ne manqueriez-vous pour rien au monde à l’occasion des soirées des 10 ans ?

Marc : A titre personnel, ce serait le live de Beak> qui aura lieu le dernier jour, le dimanche 26 janvier. Je les avais loupés à La Gaîté Lyrique lors de leur dernier passage et je tiens absolument à les voir ! Sinon, côté club, j’attends beaucoup de la soirée Quartiers Rouges du vendredi 24, avec Kode 9, la légende d’Hyperdub, et aussi Teki Latex en closing. Cela risque d’être très, très bien.

Michaël : Moi, étonnement, ça ne va pas être de la musique, mais le banquet du premier jour ! On a invité le chef et l’équipe d’un super resto, le SAGÍ à Perpignan, afin d’organiser un grand menu pour 100 personnes dans la salle, avec un menu bistronimique en quatre étapes, du vin nature, un apéro, des digestifs, etc. J’attends tout simplement le plus cet événement car c’est un truc que l’on n’a encore jamais fait ici. C’est un vrai défi pour nous de faire venir 100 personnes dans une salle de concert pour organiser un grand banquet.

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