Portraits : dans les vestiaires des clubs à Paris

« J’ai perdu mon ticket mais mon manteau est noir, vous pouvez le retrouver ?  », «  j’ai 5 articles, est-ce que 2,50€ suffisent ? ». Voilà à quoi se résument souvent les discussions avec les personnes préposées aux vestiaires des bars ou boites de nuit. Rencontre avec Mélanie, Fred et Catherine derrière les comptoirs des vestiaires de la Bellevilloise, du Raidd Bar et du 824H

 

Mélanie, La globe-marcheuse. Vestiaire de la Bellevilloise.

Mélanie, vestiaires Bellevilloise
© DR

 

Depuis 2014, Mélanie officie dans les vestiaires de la Bellevilloise : «  A la base, je suis graphiste mais étant indépendante, je voulais trouver un boulot qui puisse me permettre de sortir de chez moi ». Travaillant également quelques heures par semaine à la Librairie du Quai Branly, elle cumule alors trois emplois dans la même journée. Après quelques mois de dur labeur, elle entreprend avec son copain un voyage de 9 mois au cours duquel ils décident de rejoindre la Turquie en marchant. Le couple parcourt alors plus de 5 000 km à pied jusqu’à Izmir où la grippe sonnera le glas de leur voyage qui devait initialement prendre fin à Téhéran. Une expérience particulière qui définit bien le tempérament de Mélanie. En effet,  depuis son plus jeune âge, la jeune femme de 35 ans multiplie les projets artistiques. Bassiste dans des groupes de rock psyché depuis ses 13 ans, elle voue également une réelle passion à la peinture. Une passion qui la conduira aux Beaux-Arts d’Orléans à ses 18 ans. Là-bas, Mélanie ne se cantonne pas à une vie estudiantine lambda mais décide de créer, avec 3 de ses camarades, une association humanitaire grâce à laquelle des écoles d’Afrique de l’ouest ont pu bénéficier d’ateliers artistiques ( théâtre, peinture..). « A Orléans, il était beaucoup plus facile de rencontrer des acteurs importants dans ce domaine. Nous avons eu accès à des superbes opportunités, ce que nous avons eu un peu plus de mal à trouver à Paris ». A la fin de son cursus, les propositions affluent et les missions se suivent . Mais fidèle à elle-même, Mélanie ne se contente pas des missions classiques et accepte une offre pour le moins originale : recréer le décor d’un des anciens spectacles de Chantal Goya : « Les décors de l’époque n’existaient plus et les refaire demandait un argent qu’elle n’avait pas. Nous avons alors décidé de les faire en version vidéo ». Mais aujourd’hui la jeune femme aspire à de nouveaux défis et se consacre désormais à la peinture. Un pari plutôt réussi puisqu’une galerie a déjà exposé son travail.

 

Fred, gardien de la fête. Vestiaire du Raidd Bar.

Fred vestiaires Raidd Bar
© DR

 

Après cinq années passées dans la police nationale, Fred trône aujourd’hui derrière le comptoir des vestiaires du Raidd Bar.  Des soirées aux antipodes de celles qu’il a connues par le passé lorsqu’il était adjoint de sécurité dans la police nationale : «  C’est un métier valorisant que je respecte beaucoup mais j’y ai connu également des expériences très difficiles. Ce n’était pas fait pour moi ». Pressé de travailler après avoir obtenu son bac, le jeune homme décide d’emblée d’embrasser la même carrière que sa sœur, alors gardien de la paix. Mais la réalité du métier prend le pas sur ses idéaux et après un incident dont il peine encore aujourd’hui à parler, le jeune homme décide de raccrocher sa casquette de policier. Depuis trois ans, il semble vouloir évoluer dans un tout autre registre. Tantôt organisateur de mariage ou employé dans un magasin de location de matériel audiovisuel, il varie au maximum ses activités. Mais le soir venu, il prend place dans les vestiaires du bar gay le plus connu de Paris : Le Raidd Bar. Pas besoin de se trémousser sous les douches encastrées de la devanture, le vestiaire suffit à Fred : « Il y a une ambiance de folie tous les soirs et une proximité avec le client qui n’existe nulle part ; tout le monde s’appelle chéri ou Loulou. Dans un endroit hétéro, si tu interpelles un client avec un ‘ça va chéri ?’,  il va croire que tu es fou ». Un  sens de l’humour à tout épreuve qu’il cultive quelle que soit la situation : « Dans mon métier, il faut savoir faire rire les gens, sinon pas de pourboires.»

 

Catherine, la force paisible. Vestiaire du 824h.

Vestiaires 824 H
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Au milieu des déguisements et des paillettes des vestiaires du 824H, Catherine est autant là pour garder vos manteaux que pour permettre aux clients de s’affubler d’un boa en plumes. Ne vous fiez pas non plus à son air timide, Catherine cache un caractère à tout épreuve. Un tempérament qu’elle cultive depuis ses 13 ans où elle décide seule de quitter le cocon familial pour l’internat. Elle explique : « Mes parents travaillaient beaucoup et j’avais besoin d’être encadrée ». Un choix qui se révèle judicieux puisqu’elle fera partie des meilleurs élèves de l’établissement. Là-bas, elle ne se laisse pas gagner par la frivolité d’esprit qui règne habituellement chez les enfants de cet âge. Catherine privilégie les romans de Barjavel ou d’Azimov aux bêtises de dortoirs avec ses camarades. Un pragmatisme qui la pousse même à travailler durant les week-ends afin de pouvoir continuer à payer son internat qu’elle quittera à 17 ans, bac en poche. C’est à ce moment-là qu’elle s’installe à Paris pour concrétiser un rêve de petite fille : faire une école de maquillage. Pendant son temps libre, elle découvre la musique électronique et prend goût aux raves, ce qui lui a permis d’organiser un festival en Colombie il y a deux ans, avec ses amis . Aujourd’hui masseuse et maquilleuse professionnelle le jour, de 22h à 5H du matin au 824h, « Cathé » pour les intimes, tient la boutique avec un seul mot d’ordre : « la bienveillance ».