Les soirées Tech Noire, quand les drag-queens s’infiltrent chez les punks

Des drag-queens qui se déchaînent sur de la cold wave pointue dans un micro club parisien. Vous ne trouverez ça qu’à une soirée : la Tech Noire. Rencontre avec Lenny (Ghost pour son nom de scène), celui qui a mélangé deux mondes jusqu’ici étrangers.

 

Des néons violets et bleu nuit, des chaînes, des hommes avec du khôl autour des yeux, des t-shirts de groupes de punk, du cuir et des bas résilles. Voilà pour les fétiches qu’on croise tous les deux mois aux soirées Tech Noire. Cette esthétique sombre et futuriste s’inspire d’un genre cinématographique : le « Tech Noir », qui combine le film noir et la science-fiction façon Blade Runner (1982).

Si ces fêtes-là sortent du lot, c’est parce qu’elles racontent l’histoire vraie de Lenny, ancien traducteur et performeur drag-queen. « J’ai beaucoup fréquenté les soirées queer. Pendant 10 ans, j’allais aux Flash Cocotte et aux Trou aux biches, mais je n’aimais pas du tout la house et la pop qui passaient… J’ai découvert le milieu goth underground quand j’ai rencontré mon copain, Alex, un DJ plutôt du genre punk à crête. J’ai vécu ça comme une révélation, un coup de cœur pour la musique wave, cold wave, EBM (Electro Body Music) », confie le jeune homme aux sourcils rasés, longs vêtements noirs et piercing au septum.  « Il faut aussi savoir que dans ce milieu, l’ambiance est très queer-friendly. Ces mecs aussi cultivent leur androgynie, portent du maquillage, des talons ! Ils sont ultra ouverts à la différence. »

Soirée Tech Noire
Tech Noire © Alan Marty-Paquet

 

Au fur et à mesure qu’il écume les concerts new wave, Lenny comprend que drag-queens et goths ont plus en commun qu’on ne le croit. Il ne veut plus avoir à choisir chaque samedi soir entre ses deux amours. Alors à côté de son métier de traducteur, il se met en tête de les réunir. Il s’entoure ainsi de son compagnon, qui mixe de la wave et de techno industrielle sous le pseudo de Al Niklaus, puis du couple de DJ Law & Haktion et des DJ et productrices Bunker Bal.

En janvier 2017, la Tech noire est née. D’abord lancée au Tigre, mini boîte dans le quartier du Palais-Royal, la soirée passe par le Supersonic et la Station Gare des Mines pour s’installer finalement au Klub, à côté de Châtelet. Chaque événement est ponctué par des DJ sets, un concert et deux drag shows. Dès les premières éditions, goth, skins et punks endurcis se mélangent aux jeunes clubbeurs LGBT+. Comme l’avait prévu Lenny, l’alchimie prend vite. « Chacun oublie vite ses clichés. Ma grande satisfaction, c’est quand j’ai entendu l’une des drag-queens venues performer s’émerveiller, un cocktail à la main : Oh, c’est ÇA la new wave ? Mais j’adooore ! »

 

Drag Queen à une soirée Tech Noire
Tech Noire © Otto Zinsou

 

Goth lors d'une soirée à la Tech Noire à Paris
Ghost fait le show à la Tech Noire © Alan Marty-Paquet

 

Pensée d’abord comme un petit afterwork, la Tech Noire a peu à peu gagné en notoriété et rameute des centaines de fêtards à chaque édition. Un succès qui a permis de programmer des pointures comme le duo américain Boy Harsher ou plus récemment Psyche, groupe canadien qui fait danser les fans de dark wave depuis les années 80.

Alex et Lenny se sont depuis installés à Berlin où ils produisent une autre soirée, la « Night Shift ». En dehors des fêtes, le DJ est en plein master d’astrophysique et Lenny a plaqué son boulot de traducteur pour se consacrer entièrement à ses shows drag-queen – l’émission de téléréalité américaine Ru Paul’s Drag Race est passée par là et la discipline est de plus en plus à la mode.

Le couple peut se targuer d’avoir créé une soirée unique dans la jungle des événements électro queer de Paris et même d’être sur le point de lancer une mode. Des producteurs de Copenhague, Bruxelles et Leipzig (Allemagne) les ont en effet contactés pour lancer à leur tour des fêtes new wave et queer inspirées de la version parisienne.

Malgré le succès, l’équipe de la Tech Noire n’a pas l’ambition d’attirer des foules de noctambules ni d’en faire la nouvelle soirée en vue. Depuis le début, ils choisissent de mini clubs afin de préserver cette atmosphère intimiste et excentrique, celle d’un monde à part créé par Lenny, à son image.

Tech Noire
Prochaine soirée le 22 mars
Programme à suivre sur facebook