Une immersion totale dans l’histoire du rock avec Heroes

La représentation unique du spectacle immersif Heroes le 11 avril, c’est l’enfant miraculeux du concert et du théâtre,  la réunion mythique des arts de la scène et de la musique, pour un résultat détonnant. C’est l’âme du rock’n roll perpétrée dans un élan souverain de nostalgie et de passion. Le concept est simple : le temps d’une soirée, vous déambulez dans les dédales du Bus Palladium au milieu des plus grandes figures de l’histoire du rock. De Freddy Mercury à Janis Joplin, vous découvrez les coulisses de leur vie à l’occasion d’une multitude de saynètes et de scénarios. Qui n’a jamais rêvé de passer une soirée avec ses héros ?

Heroes, au coeur du Rock

heroes au bus palladium
David Bowie © Mathieu Janvier

 

Difficile d’imaginer ce qui nous attend en pénétrant dans les lieux sans avoir une idée bien concrète de ce qu’est le théâtre immersif. Et pourtant… Accueilli par une multitude d’acteurs plus vrais que nature, le public s’avance perplexe sur la scène mythique du Bus Palladium. Et là… un spectacle assez déroutant les attend. Des acteurs en toge se déhanchent lascivement, entre extase et folie. « Je ne sais pas ce que t’as pris mais j’en veux » s’exclament un à un les visiteurs hagards face à ces nymphes d’un autre temps. Ces êtres étranges s’occupent de veiller à la non-ivresse du public – paradoxe quand tu nous tiens. Un genre de gang de videurs oldschool et bizarre en somme.
Les spectateurs se jettent sur le bar, résolus à matcher avec l’esprit du rock. L’un d’entre eux sirote timidement sa bière à 8 euros avant de se trouver amené à la partager avec Lori Maddox (la reine des groupies). Elle s’assoit sur ses genoux en déclamant un peu trop sensuellement qu’elle a très soif. Au vu de tels arguments –entendons par là son corset dangereusement menacé par une pression d’autant plus intense qu’il n’y a que peu de tissus pour la contenir– il ne peut que lui tendre son verre et céder à son regard de braise.

 

Heroes
© Chloé Pernet

 

Et enfin, l’expérience la plus insolite à laquelle on puisse assister depuis les spectacles de Théo Mercier débute. Après un court préambule délivré par un Elvis chauffeur de salle plus vrai que nature, l’un des acteurs rejoint la scène et entame un « Halleluja » à faire frissonner Jeff Buckley lui-même. Et tout le reste du public d’ailleurs. Puis les acteurs se dispersent et rejoignent leurs recoins respectifs. Apparemment en quête de toilettes après une troisième bière ( ça y est, l’esprit du rock commence à monter) l’un des spectateurs s’oriente vers l’étage. Et avant de comprendre ce qu’il lui arrive, le voilà enfermé dans une salle de bain avec le Brian Jones des Rolling Stones en pleine crise identitaire dans une baignoire. Après une conversation aussi fascinante que troublante, entre improvisation et script historique, notre ami dérouté s’échappe pour se retrouver dans une autre pièce exigüe. Et ce en compagnie de nul autre que de Laurie Maddox (encore) et d’Elton John. La magie atteint son paroxysme lorsque Laurie, son visage presque collé au sien lui décrit avec une sensualité dévorante comment le sexe est devenu une drogue pour elle, une addiction, une raison d’être. Que dire ? Que faire ? Que regarder ? Pendant ce temps Elton pianote une mélodie bien à lui, conférant à la situation une dimension unique, le genre de moment qu’on ne vit qu’une fois.
– «J’ai couché avec David Bowie »
– « Moi aussi. » Et lui de rester bouche bée, ne pouvant s’empêcher de penser qu’ils étaient sûrement loin d’être les seuls.
A peine reprit-il ses esprits qu’un coup de feu retentit dehors. Andy Warhol s’effondre, tout le monde panique.

 

Heroes
© Laurence genoune

 

Peu après avoir pactisé avec le diable sous l’impulsion du roi du blues Robert Johnson, un autre badaud stagne un peu sur un canapé sans trop savoir que regarder. Jusqu’à ce qu’un homme au charisme aussi incroyable que son costume est impeccable le rejoigne, tout en regardant son verre : «  Une bière c’est exactement ce qu’il me faut.
– Alors à la vôtre. »
C’est alors qu’il aperçoit son œil bleu et pénétrant tandis que l’autre est sombre, avant de réaliser de qui il s’agit :
« Mon dieu, David Bowie vient de boire dans mon verre ! »
– « Ma mère a beaucoup pleuré à votre mort !  » lui crie-il tandis que David s’éloigne vers d’autres fans désabusés.

 

Un peu plus tard, quelques curieux patientent devant la loge de Lou Reed. Cela s’annonce prometteur pour eux puisque le dernier à en être sorti n’a pu s’empêcher de lâcher un petit « il m’a fait boire un truc pas catholique, ça devrait être interdit » tout en titubant jusqu’au bar où les bras d’une danseuse exotique moins habillée encore que notre chère Maddox (si c’est possible) l’attendait avec grâce. Hélas, ils n’auront jamais la chance de vivre leur « perfect moment » ( à défaut d’un perfect day) puisqu’une manifestation de soixante-huitards en folie débarque en clamant Flower power et amène tout le monde en bas, héros et public, pour une énième surprise.

 

Et en bas, c’est l’explosion. Dorothée Pierson ( qui a co-écrit le spectacle avec Laure Garnier, Laurent Henode, Camille Jourde et Jules Guillemet ) interprète une version de Somebody to love de Jefferson Airplanes qui n’a rien à envier à l’original ! Un par un, ces héros d’un autre temps jouent leurs morceaux phares : Janis Joplin, Lou Reed, Freddy Mercury, John Lennon, Amy Winehouse et tant d’autres se succèdent sur la scène enflammée du Bus Palladium. Et tandis que Lou Reed jettent sa seringue dans le public (qu’une groupie excitée attrape aussi vite qu’elle la lâche), que Lennon lance des pétales au son mélancolique d’Hey June, Kurt Kobain se jette littéralement sur la foule en délire pour un crowd surf d’anthologie.

 

heroes au bus palladium
Le final explosif © Mathieu Janvier

 

Et quelle meilleure façon de finir cette soirée hors du temps – littéralement – qu’avec la mythique chanson Heroes, de David Bowie ? « Though nothing, nothing will keep us together, We can beat them, forever and ever, Oh, we can be heroes just for one day”
Parce qu’en déambulant au milieu de nos légendes, au gré de leurs histoires et de leurs aventures, de leurs grandeurs et leurs folies, on finit par comprendre que les seuls véritables héros : c’est nous.


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