On a rencontré Brice Coudert pour le grand retour du Weather Festival à Paris

C’est LA grosse annonce de cet hiver pour tous les amateurs de musique électronique : le Weather Festival fait son grand retour le 27 avril, deux ans après avoir tiré sa révérence. Désormais nommé Weather LSM (pour La Seine Musicale, son nouvel écrin), l’événement alignera pendant 14 h de fête non-stop un sacré casting, composé de ce qui se fait de mieux en ce moment, de la house à la techno.

Ainsi, en plus de laisser une place de choix à la scène française (Clara 3000, Luxor aka le projet inédit d’Antigone et Shlømo, The Pilotwings, Flegon, OKO DJ…), cette nouvelle édition s’offre aussi le luxe de proposer des premières excitantes, via le live de l’écossais Lanark Artefax, le b2b entre les américaines Octo Octa et Eris Drew ou encore la venue de la sud-coréenne Park Hye Jin. Une programmation ultra dense donc, qui a donné envie à A Nous Paris de s’entretenir avec le principal responsable : Brice Coudert, DA de Concrete et de ce rendez-vous très attendu.

 

Brice Coudert, DA du Weather Festival et de Concrete / DR
Brice Coudert, DA du Weather Festival et de Concrete / DR

Depuis combien de temps travailles-tu au retour du Weather ? Le secret était visiblement bien gardé…

Brice Coudert : On réfléchit à fond à la forme de notre retour depuis plus d’un an et demi maintenant. Mais j’ai vraiment commencé à bosser la programmation en août dernier, en sous-marin et en harcelant les bookers pour que l’info ne s’ébruite pas trop. Certains ont su tenir leur langue, d’autres moins ! (rires) C’était en tout cas marrant de garder ce secret tout ce temps.

 

Les line-ups des soirées Concrete, Samedimanche et maintenant Matcha’ permettent déjà d’avoir un sacré panorama des musiques électroniques actuelles, des artistes les plus pointus aux grosses valeurs sûres. Qu’est-ce que ce nouveau Weather apportera en plus ?

Avec Concrete, on a plus d’une centaine d’événements par an pour s’exprimer et inviter les artistes que l’on a envie de faire découvrir. Le challenge avec un événement comme Weather LSM, c’est d’essayer de dire autant chose en 14 h seulement, sur trois scènes. Pour moi, c’est une sorte d’exercice de style pour lequel je me fixe plein de critères à respecter : proposer des artistes qui soient intéressants et frais à la fois, aux origines variées et ayant chacun une signature musicale propre. Le tout en gardant un fil rouge et une cohérence musicale. J’essaie de faire en sorte que le line-up dise quelque-chose quand on le regarde dans son ensemble. Plus qu’une simple accumulation de noms, on voulait qu’il reflète vraiment notre vision de la musique en 2019 et les nouvelles valeurs de Weather. En tout cas, le public a super bien réagi et s’est montré très positif. C’est rassurant.

 

Sur les réseaux sociaux, au moment d’annoncer cette nouvelle édition, tu expliquais en avoir marre du « concours de zizi » entre promoteurs. C’est aussi pour ça que le festival va avoir lieu au mois d’avril et pas durant l’été ?

On a un peu choisi cette période pour éviter le rush des festivals de mai-juin-juillet. Mais le « concours de zizi » des promoteurs dont je parlais, c’était davantage pour critiquer la course aux gros artistes que se livrent actuellement les grands promoteurs. Ce phénomène fait exploser les cachets, rend les programmations de festivals toutes identiques et tire finalement tout le monde vers le bas.

 

D’où le fait d’avoir accompagné l’annonce d’un manifeste ? Pour aussi pousser un petit coup de gueule sur l’inflation actuelle du monde de la musique électronique ?

Faire un manifeste est un acte un peu solennel, c’est vrai. Mais on n’avait pas envie de revenir juste en annonçant un line-up, un lieu et en filant un lien pour les pré-ventes. On s’est pris la tête en interne pendant des mois à réfléchir et à redéfinir ce qu’on voulait faire. On a donc ressenti le besoin d’en parler aux gens directement à travers un texte. On espère vraiment que ça fera réfléchir, le public comme les promoteurs, et que ça participera à changer un peu les mentalités.

 

Revenons-en au line-up. Comment t’es-tu pris pour le concevoir ? 

Au départ, j’ai constitué une liste d’une centaine d’artistes que j’ai trouvés les plus pertinents en 2017-2018. Et à partir de là, j’ai taillé au couteau pour ne garder que ma dream team. Je m’étais aussi fixé une règle de ne booker quasiment aucun artiste déjà vu sur une prog’ Weather auparavant et m’étais également imposé un maximum de mixité en termes de genres, de sonorités et d’origines. Je voulais éviter le line-up cliché masculin à 85 %, avec pratiquement que des artistes de Detroit, Berlin, Londres et Paris.

 

Dans le sport, certains coachs savent directement quels noms coucher d’emblée dans leur équipe, construisant leur formation autour d’eux. Pour ce Weather, ce fut aussi ton cas ? 

Je pense que Lanark Artefax est l’artiste auquel j’ai vraiment pensé en premier. Il n’est encore jamais venu à Paris et a une énorme hype en ce moment. Au point que Björk l’a même invité à faire l’une de ses premières parties en juillet dernier et lui a demandé de la remixer (sur le morceau Arisen My Senses). Je peux aussi citer Alva Noto (alias Carsten Nicolai, producteur, compositeur et expérimentateur culte du monde électronique). J’en rêvais depuis longtemps, mais sans y croire vraiment, car il joue très rarement sur des festivals. Son live UNIEQAV à la Gaîté Lyrique l’année dernière reste l’un de mes meilleurs souvenirs musicaux de 2018. Il y a enfin Kink que je n’avais jamais invité sur Weather alors que, dans les gros noms internationaux, c’est probablement le performeur le plus impressionnant et spectaculaire – qui arrive toutefois à toujours garder une grosse street credibility auprès des puristes. Je suis vraiment très fier et content d’avoir un artiste comme lui en haut de l’affiche.

 

Qui sont les artistes incontournables que tu ne te voyais pas booker ?

Tous les gros qui ont joué sur les précédents Weather. Non pas que je ne les referai pas jouer et que je les renie… Je voulais vraiment arriver avec quelque chose de frais, surtout sur les gros noms. Je me suis interdit également de booker des artistes qui demandent (un cachet) trop cher. On ne veut désormais travailler qu’avec des artistes capables de vraiment comprendre les problématiques financières d’un événement comme le nôtre et qui ne nous allument pas sur les tarifs.

 

Quid de l’ordre de passage ? J’imagine que faire coïncider des artistes aussi différents qu’Alva Noto et Kink ne doit pas être évidemment, de même conjuguer lives et DJ sets…

En fait, je construis un semblant de timetable avant même de commencer la programmation, pour définir les vibes que je veux sur chaque scène, en fonction des heures. Et ensuite j’essaie de trouver les artistes qui collent le mieux à chaque créneau. D’ailleurs, j’utilise le même process pour faire les timetables des soirées Samedimanche à Concrete. Je suis rodé ! (Rires)

 

Quels projets t’excitent le plus pour cette édition ?

La prog’ de Weather LSM étant vraiment un condensé des trucs qui me plaisent le plus en ce moment, je vais donc te répondre que toute la prog’ m’excite !

 

Faut-il s’attendre à des surprises en matière de scénographie, de shows A/V ?

On en parlera par la suite, mais étant donné qu’on organise pour la première fois un événement dans un lieu fait pour (lors des précédentes éditions, le Weather s’était exporté au Bourget et au Paris Event Center), je peux annoncer qu’il va y avoir de très belles choses. Pour info, la main room est la salle qui a été utilisée pour les Victoires de la Musique cette année. Ce qu’on fera n’aura strictement rien à voir, mais je vous laisse imaginer le potentiel en termes de scénographie…

Quel rôle aura Boiler Room lors du festival ? L’ensemble des performances seront retransmises en direct ?

Boiler room sera présent, oui. Mais on en dira plus bientôt !

Enfin, si tu devais choisir un morceau – récent ou ancien, comme tu veux – pour illustrer l’état d’esprit de ce cru 2019, ce serait lequel ?

Mentor de Bonaventure. Elle est suisse-gabonaise, mais vit au Portugal. Sa musique est futuriste, nourrie de plein d’influences différentes. Je pense que ça représente bien Weather LSM.

 

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