Galerie VNH : deux ladies conquérantes

Victoire de Pourtalès a passé neuf ans chez Thaddaeus Ropac, l’une des plus prestigieuses galeries d’art contemporain parisiennes. Elle y a même laissé son empreinte : l’espace consacré aux œuvres sur papier, à l’étage de la galerie, est son idée. Hélène Nguyen-Ban a dirigé le prêt à porter féminin chez LVMH, puis l’image et le style de Nina Ricci. « Je sais transformer un talent en beau produit » résume-t-elle. Globe-trotteuse, elle collectionne les œuvres d’art depuis 15 ans.

Son galeriste « préféré » Yvon Lambert, pionnier parisien de l’art minimal (entre autre) l’a appelée l’année dernière, lorsqu’il a décidé de fermer boutique. « Il savait qu’on cherchait », raconte Hélène, « En 2013, à la foire de Miami, je quittais Nina Ricci avec ce projet en tête et j’ai parlé avec Victoire qui était dans le même contexte. » Faire vivre cet espace au cœur du Marais implique des frais considérables, mais plutôt que de travailler avec des investisseurs, Victoire et Hélène ont investi leur propre argent.

Pour la première exposition, cet été, l’artiste camerounais Pascale Marthine Tayou a envahi l’espace, avec, notamment, des crayons géants, symboles d’une nouvelle histoire en train de s’écrire. Juste après, les patronnes ont lancé de grands travaux pour transformer le lieu. La seconde exposition présente le travail de deux artistes suisses qui ont pour la première fois travaillé ensemble autour d’un projet du minimaliste américain Donald Judd : l’un, Olivier Mosset, reconnu pour « déconstruire la peinture » depuis Tucson, aux Etats-Unis, l’autre, Mai-Thu Perret, d’origine vietnamienne, en construction depuis 1999 d’une œuvre polymorphe autour d’une culture imaginaire, celle d’une communauté féminine et anticapitaliste au Nouveau-Mexique.

Ensuite ? Des artistes inconnus en France, et pourquoi pas s’affranchir « des a priori, des règles, snobismes et habitudes du milieu de l’art parisien ». En bref, faire souffler un vent de fraîcheur, venu de loin. « Lorsque j’ai commencé à collectionner, je me suis surtout intéressée à l’art contemporain chinois et asiatique, raconte Hélène. J’ai aussi vécu 18 ans en Afrique. Victoire, elle, a beaucoup voyagé en Amérique du sud et au Moyen Orient. Ces deux dernières années, on a visité des studios d’artistes dans le monde entier. » Le monde entier, c’est un bon début.