Il était une fois la Nuit Blanche

Le 1er octobre, pour sa 15e édition, c’est une histoire d’amour dont les chapitres s’égrainent tout au long de la Seine, que nous raconte l’incontournable manifestation d’art contemporain. Sélection.

Pour cette Nuit Blanche placée sous le signe de l’art et de l’amour, les spectateurs sont invités à suivre le parcours de Poliphile, héros d’un roman de la Renaissance italienne qui part à la poursuite de la nymphe Polia qui lui est apparue en rêve. Autour de cette trame narrative, Jean de Loizy et l’équipe du Palais de Tokyo en charge du commissariat de l’évènement, ont articulé plus une trentaine d’oeuvres qui entraînent les visiteurs du Paris médiéval (celui de l’île Saint Louis, de l’île la Cité ou du Marais) au Paris Moderne (celui du front de Seine, du Palais de Tokyo) jusqu’au Paris de demain, le Grand Paris (de l’ile aux Cygnes ou de l’île Saint Germain). Pour profiter pleinement de l’aventure, il est conseillé de suivre le tracé d’est en ouest, même si cela n’est pas une obligation. Dès le 26 septembre, quelques œuvres attendront déjà l’arrivée de Poliphile comme les chats emblématiques d’Alain Séchas qui seront postés dans la grande galerie des fresques de la gare de Lyon tandis que sur le parvis, l’artiste Abraham Poincheval hissé sur un mat de 17m guettera jour et nuit la venue du héros.


En attendant Poliphile ©​ Alain Séchas

Mais l’histoire commence véritablement avec l’apparition de la fameuse Polia qui prendra mille visages dans des vidéos d’Erwin Olaf projetées sur les fenêtres de l’Hôtel de Ville. Après avoir emprunté un passage sombre qui le mène derrière le bâtiment le visiteur, pénètre dans une forêt enchantée où les branches des arbres imprimeront leurs tracés sur un lac gelé dans une œuvre de Stéphane Thidet. Notre héros s’enfonce alors dans les brumes du rêve signifié par un ballet étrange, performance d’extincteurs imaginée par Géraldine Py & Roberto Verde à l’arrière du BHV Marais. Sur le pont d’Arcole, pour signifier le drame de la passion que vît Poliphile, c’est un atelier des cœurs brisés qui a été mis en place par Estelle Delesalle et Jean-Marc Ferrari. Des bûcherons débiteront des  cœurs  dans  des  troncs  d’arbres avant de les percer, scier ou de les brûler. Chacun est invité à prendre un fragment de cœur qu’il pourra réparer dans un second atelier à la fin du parcours, passerelle Debilly.


Triptyque, 2016. Courtesy de l’artiste © Erwin Olaf

Au Tribunal de Commerce, Polia prend les traits de Catherine Deneuve présentée dans un triptyque de Karim Zeriahen. Un peu plus loin, en traversant le pont qui le mène vers l’île de la Cité, le visiteur va faire face à un gigantesque trompe-l’œil dont l’artiste Pierre Delavie a le secret. L’eau de la Seine débordera des quais et baignera les ogives de la Conciergerie comme un mirage dont serait victime le héros dans le délire de son amour. Au Théâtre du Châtelet, Poliphile devient le héros d’un jeu vidéo créé par Nicolas Buffe. Le visiteur est invité à prendre les commandes afin de guider le personnage à travers les épreuves qui l’attendent dans un décor emprunté à la Renaissance et aux mangas.

Poliphile continue son aventure jusqu’à la Place Dauphine où Mel O’Callaghan propose des travaux insurmontables à des performeurs qui doivent soulever des poids et permettraient peut-être à notre amoureux de rejoindre Polia. Un des moments forts de cette Nuit Blanche sera sans aucun doute l’installation d’Anish Kapoor, à la pointe de l’île de la Cité. C’est un vortex sculpté dans l’eau, un tourbillon hypnotisant à sept mètres au dessous du niveau de la ville qu’offre la superstar anglaise. Autre grand nom de l’art contemporain, Matthew Barney projettera sur la façade de la Monnaie de Paris, Drawing Restraint 15 qui retrace le voyage  transatlantique en solitaire de l’artiste américain.


Descension, simulation du projet Nuit Blanche © Anish Kapoor

Devant l’Ecole des Beaux Arts, Davide Balula dira des mots à Poliphile qui vont lui permettre d’aller plus loin dans sa quête. Du haut d’un balcon, un homme adressera un discours amoureux enflammé au public en crachant littéralement du feu. Sur le pont des Arts, Olivier Beer va lui faire parler les nymphes et éclairer le monde sous-marin en proposant une captation sonore du fleuve mixée en direct. Sur les berges, au pied de la Samaritaine, Thomas Teurlai fera couler de l’eau sur les platines suspendues d’un dj absent créant ainsi un environnement étrange et aqueux. Un peu plus loin, vers le Pont Neuf, David Douard crée une fontaine qui digère et recrache les eaux du fleuve. C’est Alicja Kwade qui va rappeler à Poliphile le temps qui passe avec une immense horloge suspendue à une grue sur les berges de Seine rive gauche. Sur la rive opposée, Yoann Bourgeois parle d’union et de déséquilibre, avec un duo amoureux qui tente de garder l’équilibre juché sur un plateau tournant. Sous la Tour Eiffel, le street artiste américain Cleon Peterson dessinera sur 500m2 au sol des formes abstraites qui visibles du 1er étage, laisseront découvrir une danse amoureuse. Alors qu’approche la fin du parcours, Polia apparaît encore une fois sur le Pont Bir-Hakeim dans une installation d’Alain Fleischer comme une illusion projetée sur un immense ventilateur. Enfin Poliphile et les visiteurs parviennent dans les jardins sonores de l’île d’amour. Sur le chemin du Grand Paris Express, entre les futures gares d’Issy et de Pont-de-Sèvres, l’œuvre immersive de Tobias Rehberger et la performance musicale de Thylacine plongent le spectateur dans un univers de signalétique lumineux où des lettres s’allument au rythme de la musique. Poliphile aura-t-il enfin trouver Polia? C’est peut-être ici qu’on aura le mot (lumineux) de la fin.


Autant en Emporte le Vent, 1980. © Alain Fleischer

La programmation complète et toutes les infos pratiques sur www.nuitblanche.paris. Télécharger l’application Nuit Blanche 2016, pour  avoir  le  programme  complet  de  la  nuit (IN  et  OFF)  et  vous  géolocaliser  sur  votre smartphone.

Points infos :
• PAVILLON CIRCULAIRE  | 17 h-02h | Parvis de l’Hôtel de Ville, 75004
• PASSERELLE LÉOPOLD SÉDAR-SENGHOR RIVE GAUCHE  | 17 h-02 h | 75007
• PLACE DE L’ALMA  |  17 h-02 h | Métro Alma – Marceau, 75016