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La capitale vue des coulisses

Qui n’a jamais rêvé de pénétrer dans les entrailles des sites emblématiques de la capitale, histoire d’en découvrir les secrets et les mécanismes ? De plus en plus de musées, monuments, institutions ou lieux culturels ouvrent désormais toute l’année leurs coulisses aux visiteurs. Zoom sur l’agence Cultival, fer de lance à Paris de cette tendance grandissante du secteur touristique.

Vingt-trois mille. C’est à peu près le nombre de curieux qui se sont pressés pour visiter l’Élysée en septembre dernier lors des Journées du patrimoine, quitte à parfois patienter plusieurs heures avant de pouvoir entrer dans ce haut lieu d’État habituellement si secret. Avec plus de 12 millions de visiteurs et 17 000 lieux ouverts dans tout l’Hexagone, la 31e édition de l’événement a connu comme chaque année un immense succès, particulièrement dans la capitale où la prison de la Santé, le Sénat ou l’Assemblée nationale ont été littéralement pris d’assaut. Autre événement, autre engouement : l’opération Paris Face cachée qui propose chaque hiver à une poignée de chanceux – les places très limitées partent à une vitesse éclair – de participer durant trois jours à des expériences uniques dans près de cent endroits alternatifs ou d’ordinaire inaccessibles, avec en point d’orgue la visite de sites underground (au sens propre du terme : catacombes, réseau hydraulique, carrière souterraine…).

Clairement, l’envers du décor semble fasciner et les professionnels du tourisme l’ont bien compris, prolongeant désormais le concept au-delà de quelques manifestations ponctuelles. Un concept qui, à Paris, rencontre de plus en plus d’adeptes, que ce soit des riverains métamorphosés en touristes d’un jour ou des visiteurs venus de loin avec l’envie de découvrir la capitale d’une façon singulière, de sortir des sentiers battus. « Ce qui attire, c’est toujours le fameux goût de l’interdit, le fait de passer une porte où il est écrit “accès réservé”, sans compter l’effet de surprise que procure la découverte d’espaces insoupçonnés comme par exemple le bunker sous le Champ-de-Mars lors de la visite des coulisses de la tour Eiffel », nous explique Sibylle Confland, directrice exécutive de l’agence Cultival.

Créée il y a quinze ans dans l’optique d’inviter le public à voir ce qui se passe derrière le rideau de grands théâtres parisiens – Opéra-Comique et Théâtre Marigny en tête –, l’agence proposait à l’origine des visites plutôt confidentielles avant que le succès ne l’amène à être sollicitée par une trentaine de sites emblématiques pour assurer, d’abord auprès des groupes de professionnels puis du grand public, la réservation et l’exploitation de bon nombre de leurs parcours guidés, du Grand Rex à la Cité du Cinéma en passant par l’Ecole des Beaux-arts.

Des endroits qui, nous promet-on, n’auront « presque plus de secrets » pour nous. Seulement, si avoir un accès backstage a quelque chose d’excitant le temps d’une journée mémorable, le concept décliné à l’année ne risque-t-il pas au final de désacraliser les lieux, de leur faire perdre un peu de leur prestige ? « Non, si on respecte les règles que l’on s’est fixées, répond Sibylle Confland. Déjà, ne pas faire de la visite en batterie, il faut qu’il y ait un nombre de visiteurs limité et un conférencier qui soit assez habile et passionné pour perpétuer la bonne image des sites. Ça passe aussi par un contenu estampillé “secret” à base d’anecdotes croustillantes que l’on a été pêcher chez des historiques des lieux. » En résumé, conclut-elle, s’éloigner du tourisme à la papa pour proposer des visites plus ludiques et insolites où chacun ait l’impression d’être un peu privilégié, assurément la clé de la réussite. Nous avons sélectionné quatre parcours éclectiques, histoire de voir de quoi il en retourne.

La Cavalerie de la Garde républicaine

Longtemps impénétrable (et pour cause, la vocation première de cette unité de l’Armée n’est pas d’accueillir du public, nous rappelle-t-on à l’entrée), les quartiers du régiment de cavalerie de la Garde républicaine se visitent désormais par petits groupes, accompagnés d’un guide le samedi. À vrai dire, on est plutôt bluffé de découvrir en plein cœur de la ville, à deux pas de Bastille, ce microcosme militaire où vivent et travaillent des maréchaux-ferrants et des selliers mais surtout des soldats cavaliers dont les fonctions principales sont d’assurer des missions de surveillance (notamment l’été dans les forêts d’Île-de-France) mais également de parader lors des grandes cérémonies présidentielles.  

La visite nous conduit dans les différents bâtiments du quartier des Célestins, de la Grande Écurie où l’on peut approcher quelques chevaux parmi les 140 du 1er escadron et de la fanfare (autant vous dire de sacrées belles bêtes) au “manège” dans lequel s’entraînent quotidiennement les cavaliers pour terminer par l’ancien couvent réaménagé en musée des Traditions retraçant – documents officiels, pièces rares et reconstitutions de scènes à l’appui – l’histoire de ce corps de la gendarmerie un peu à part, où le savoir-faire compte tout autant que l’élégance. Une balade chic et champêtre.

18, bd Henri IV, 4e. Mo Sully-Morland. Deux visites par samedi. Tarifs adulte 13 € ; enfant 9,50 €. Durée : 1 h 30. En savoir plus.

Garde Republicaine (C) Bogy

La tour Eiffel

On ne présente plus la célèbre Dame de fer (ou alors, c’est que vous avez sérieusement manqué un épisode) devenue, depuis son baptême par Gustave Eiffel lors de l’Exposition universelle de 1889, le monument payant le plus visité au monde avec près de 7 millions de touristes par an. La visite organisée par Cultival n’est certes pas donnée (compter 22 € pour les adultes), mais permet d’éviter les longues files d’attente peuplées de touristes et de perches à selfie (ouf…), mais surtout d’accéder à des espaces ignorés du commun des mortels, notamment la fascinante salle des machines contrôlant les ascenseurs et l’ancien bunker discrètement construit sous le Champ-de-Mars qui renfermait à l’origine une station radiotélégraphique militaire. Puis direction le second étage par le pilier Est pour se retrouver perché sur le toit du restaurant Le Jules Verne et profiter de la vue panoramique. Ou comment observer sous un nouveau jour un monument « un peu cliché » dont on pensait avoir fait le tour.

5, avenue Anatole France, Champ de Mars, 7e. Mo Trocadéro. Visites semaine et week-end. Tarif adulte 22,90 € ; enfant 19,90 €. Durée : 1 h 30. En savoir plus.

(C) cultival.fr

Les Étoiles du Grand Rex 

Visiter les coulisses d’un cinéma n’est a priori pas la chose la plus passionnante qui soit, mais c’est une toute autre affaire avec le Grand Rex. Inauguré en 1932 sur le modèle du Radio City Music Hall de New York, le Rex demeure encore aujourd’hui le plus grand cinéma d’Europe (il peut accueillir jusqu’à 3 000 personnes) et a été classé monument historique pour son style Art déco et son spectaculaire plafond “voûte étoilée” de 30 mètres de hauteur. La visite prend la forme d’un parcours audio-guidé ultra calibré qui dévoile quelques ficelles des métiers du 7e art en nous faisant pénétrer, façon parc d’attractions, dans moult répliques de salles clés : cabine de projection, bureau du patron, studio de bruitage, plateau de tournage… C’est interactif (on se retrouve à doubler la voix d’acteurs célèbres ou à faire de la figuration dans un film catastrophe très secouant), immersif (la déco et l’ambiance sonore sont impeccables) et l’ensemble, un peu court tout de même, constitue un divertissement ludique et atypique pour toute la famille. Seul bémol, on regrette que l’ascenseur panoramique transparent qui passe derrière l’écran géant ne laisse entrevoir qu’une infime partie de la prestigieuse salle.

1, boulevard Poissonnière, 2e. Mo Bonne Nouvelle. Ouvert du mer. au dim. et tous les jours pendant les vacances scolaires de 10 h à 19 h. Tarif adulte 11 € ; enfant 9 €. Durée : 45 min. En savoir plus.

(C) Cultival.fr

L’Hôtel des Invalides – musée de l’Armée

Ceux qui ont déjà mis les pieds au musée de l’Armée savent comme le lieu peut prendre des allures labyrinthiques avec ses multiples bâtiments, étages, salles et collections dispersés au cœur de l’Hôtel des Invalides. Impossible de tout faire en une seule fois. La visite guidée proposée a le mérite de nous aider à y voir plus clair, en se concentrant sur un nombre de pièces resserré qui résume parfaitement l’histoire militaire du pays, de Louis XIV, qui fit construire le monument au XVIIe siècle, à la période des deux guerres mondiales avec un immense historial consacré à Charles de Gaulle. On apprécie le guide conférencier érudit qui n’hésite pas à dépasser allègrement le temps imparti à la visite pour distiller des anecdotes en forme de légendes insolites sur les fantômes du site mais aussi son fonctionnement au quotidien, et nous emmène en fin de parcours dans deux superbes salles de réception (le Grand Salon et les salons d’Ornano) fermées au public. À ne pas manquer également : l’église du Dôme et son impressionnante coupole dorée qui renferme le tombeau de Napoléon Ier.

129, rue de Grenelle, 7e. M° La Tour-Maubourg. Visite guidée le week-end. Tarif adulte 14,50 € ; enfant 9,90 €. Durée : 1 h 30. En savoir plus.

(C) REMI MISTRY