La Halle Secrétan revient à la vie

Après quelques dizaines d’années d’attente, le célèbre marché couvert entame une nouvelle histoire. Même si ce n’est pas tout à fait celle dont rêvaient les habitants du quartier.

Le projet s’annonçait alléchant. Classée aux Monuments Historiques, l’ancienne halle Secrétan appartenant à la Ville de Paris, marché couvert construit en 1868 par Victor Baltard entre la rue de Meaux, la rue Baste et la rue Bouret, devait, après 15 ans de somnolence, renaître de ses cendres.

Trois années de travaux plus tard, quelques milliers de m3 de béton coulés pour combler les carrières et stabiliser les fondations, et une ardoise de 12 millions d’euros à la clé (financés par les sociétés Banimmo, investisseur du projet, et Sodéarif, promoteur), la Halle s’inaugurait en grande pompe, 300 invités venus descendre la coupette et admirer le nouveau bâtiment. Si la rénovation fut un vrai exploit – la halle a été surélevée avec sous-sol et 1er étage – la déception d’une partie des habitants tient aux commerces choisis pour s’y installer.

Les bobos du quartier peuvent pleurer. Oubliés les rêves de marché de petits producteurs, de kale et de granola maison, la Halle Secrétan s’est transformée en micro centre commercial, laissant un supermarché ordinaire et distribuant les mêmes marques qu’ailleurs occuper tout l’espace. Plus intéressant, le club de fitness Neoness et ses offres d’abonnement à partir de 10 e par mois, offre enfin une salle de sport bien sous tous rapports au quartier. Point faible : tout se passe en sous-sol, sans lumière du jour. Point fort : un large panel d’activités et un esprit anti-frime (pas de miroirs, pas de casquette, pas de gonflette en débardeur) bien apprécié.

Dans un coin déserté depuis longtemps – le bar du Carrefour faisant l’angle avec l’avenue Secrétan comme le grand magasin Mr Bricolage ont toujours les rideaux fermés –, où seule résiste l’excellente librairie Les Buveurs d’encre (59, rue de Meaux), la Halle devrait, malgré tout, recréer un peu de lien avec l’installation prochaine au premier étage d’une ludothèque associative pour adultes et enfants, et plusieurs commerces de bouches censés rameuter du monde midi et soir. Bonne nouvelle pour les viandards, cauchemar pour les végétariens, l’arrivée du boucher star Hugo Desnoyer annoncé à la mi-novembre autour d’un concept de bar à viande ou meatbar, devrait réchauffer l’ambiance. Une table à la fois boucherie et salle à manger, où le pro de la bidoche fait choisir son steak selon son caractère – fin, rond ou corsé – la maison garantissant la haute-qualité : nourriture à l’herbe dans les prés et bandes-son de Beethoven pour déstresser la bête avant le passage du bourreau.

Promis aussi, mais pas confirmé, le Café de la Halle, avec sa terrasse et son style bistrot, devrait être la meilleure idée du projet pour redonner un peu de couleurs à un ensemble manquant franchement d’humanité.