Le Brady, immortalisé par la littérature

Misère et splendeur d’un cinéma de quartier !

C’est le titre qu’aurait pu choisir Jacques Thorens, l’ancien projectionniste du Brady, pour son livre de souvenirs, Cinéma des damnés, l’un des plus drôles de ces dernières années. Ce que décrit Thorens de cette salle mythique ouverte en 1956 et longtemps spécialisée dans le film d’épouvante, ressemble à un film de Buñuel. Clodos, prostituées, exhibitionnistes se mêlent aux spectateurs familiaux, au milieu des puces et des rats. Il raconte la vie d’un quartier, avec ses grandes misères et ses grandes beautés, riche en portraits colorés, d’encyclopédistes un peu cinglés aux habitués âgés du quartier venus raconter leur nostalgie des grands cinémas d’antan.

On retient le portrait très attachant du cinéaste Jean-Pierre Mocky, patron du Brady pendant plusieurs années, fidèle à ce que nous connaissons de lui, extravagant, délirant, passionné. Thorens le regarde avec un mélange d’ironie et de tendresse, faisant vivre toute une faune incroyable grâce à un style sec et brillant qui relève du polar, mais n’exclut pas de nombreuses scènes poétiques. Si le Brady existe toujours, celui décrit entre ces pages n’existe déjà plus. Il appartient à la légende, à la vie. Jacques Thorens, Le Brady, cinéma des damnés, Verticales, 21 euros, 337 pages.