Le monde à ses babouches

L’iconique ballerine a désormais avec la babouche, une concurrente de taille. Zineb Britel, jeune designer de 25 ans, qui a fait ses armes dans les plus grandes maisons de couture révolutionne ce basique du monde arabe et l’adapte au dressing de la femme urbaine. Sa marque Zyne, désormais distribuée dans plusieurs pays comme la Suisse, le Japon et les Emirats arabes unis, fait déjà parler d’elle.

Réhabilitée par des maisons comme Chanel ou Acne Sudios, la babouche s’impose parmi les it-shoes de 2016 mais pour Zineb cela remonte à plus longtemps « Ayant grandi au Maroc,  j’ai toujours été fascinée par cette chaussure, petite déjà, je m’amusais à dessiner et coller des choses sur celles de ma mère,  ce qui m’a valu quelques punitions (rires)». A 18 ans, elle s’envole pour Paris et étudie trois années à Esmod. Elle intègre par la suite la maison Dior où elle travaille aux côtés de Raf Simons durant deux collections en tant qu’assistante styliste couture, ce qui lui permet de se diversifier, notamment dans la chaussure. Elle apprend à la dessiner, se renseigne sur les matériaux utilisés, mais l’usine de la marque étant localisée en Italie, elle ne peut encore assister à toutes les étapes de la confection. A la fin de son contrat, elle s’inscrit à la célèbre école londonienne Central Saint Martins College of Art and Design. La jeune créatrice y acquiert une formation plus complète sur les accessoires, mais encore trop théorique à son goût. Direction les ateliers de chaussures à Milan où elle passe 3 mois à apprendre à faire du patronage, coudre  et assembler … selon la méthodologie  des standards italiens. Forte de sa nouvelle expérience, elle retourne à Paris où elle envoie son C.V aux plus grandes maisons de couture, mais le temps lui parait long et elle décide alors de passer quelque temps au Maroc. « Ca a été le déclic, dès que je suis arrivée là-bas, je voyais des babouches partout, c’était pourtant un soulier qui avait  accompagné mon enfance, mais c’était comme si je l’avais occulté, il est réapparu comme une évidence »

A la conquête de la babouche

De retour à Paris où elle intègre la maison Sonia Rykiel,  elle n’en abandonne pas pour autant son idée : « j’y pensais jour et nuit ». A la fin de son contrat, elle retourne au Maroc  et va à la rencontre d’artisans dont la technique l’émerveille. «  Leurs surpiqures étaient parfaites, j’ai été surprise par la dextérité dont ils faisaient preuve, j’ai compris que la clef était de combiner le savoir-faire occidental des grandes maisons de couture avec celui de l’artisanat marocain pour créer un produit de luxe tout en lui conservant son authenticité » Débute alors sa quête de la babouche parfaite, elle rencontre plusieurs artisans « Mon premier défi était d’installer ma vision du luxe dans l’esprit de mes collaborateurs et m’approprier un soulier traditionnel marocain pour le rendre sexy et portable au quotidien dans les pays occidentaux. La babouche ou la mule en général est une tendance, mais je veux en faire un produit intemporel, les gens vont toujours vouloir avoir quelque chose de précieux aux pieds, qui soit confortable et qu’ils peuvent aussi bien porter la journée que le soir »
La jeune créatrice réinvente les standards de la babouche  en y ajoutant  des franges, des sequins ou  des lacets.  Elle utilise des matières nobles comme le satin ou encore le python. Tout est étudié dans les moindres détails et ce jusqu’à la semelle qui varie en fonction des collections.  «  Tous mes modèles sont fait main, j’utilise des matières qui ne se travaillent pas à la machine  et je tiens absolument à garder cette authenticité »  Une authenticité qui signe son succès au TranoÏ, le célèbre marché ou se rencontrent designers et acheteurs. Depuis les commandes pleuvent du Koweit à la Grèce en passant par les Emirats arabes et la Suisse «  Mon but est que l’on ne considère plus la babouche comme une pantoufle mais comme un bijou»