Le vrai goût de la Grèce

Alors que le pays tente de renégocier sa dette, A Nous Paris calme les débats et vous invite à une exploration en douceur des meilleurs spots gastronomiques héllènes à Paris.

Association de bienfaiteurs

Kilikio

Le projet de la Jeune Rue dans le 3e a beau connaître de sérieuses difficultés, cette épicerie grecque a décidé d’ouvrir dans le périmètre, bien inspirée par la dynamique de la rue Notre-Dame-de-Nazareth, et par son voisin, la brûlerie et coffee-shop Caron. C’est l’idée de trois amis aux CV bien affûtés, deux Grecs – Kritanos Poulis, ancien chef pâtissier de chez Hermé, passé chez Gagnaire et Passard, et Stavros Seretis, artiste gourmet basé à Athènes – et un Français, Ivan Aublin, sympathique gérant de la maison. Oublié la colonne grecque ou le discobole kitchouille, Kilikio évite le folklore et lui préfère un décor hors norme. L’idée du designer belge Charles Kaisin, dont le paysage grec entièrement pixellisé sur cubes est unique. C’est aussi bien dans le contenu, piochant les meilleurs producteurs et artisans locaux du pays. Dans les rayons, des variétés d’origan en provenance directe de Crête ou de Naxos (dans les Cyclades), des petits pains secs traditionnels pour étaler un caviar d’aubergine, et des pâtes langues d’oiseau au lait de chèvre, parfaites dit-on pour un risotto. Autres références de la maison, le miel, celui d’argousier pauvre en sucre, les olives bien sûr, originaires de Kalamata, Sparte et Mytilène, et une collection d’huiles d’olive aux notes d’agrume ou de pomme exceptionnelles. À noter que la maison propose ateliers dégustation, paniers tout prêts et fruits bio en cagettes, service traiteur et bientôt du vin grec à goûter à l’apéro.

34, rue Notre-Dame-de-Nazareth, 3e. Mo Temple. Tél. : 09 83 33 88 24. Ouvert du mardi au vendredi de 11 h 30 à 14 h 30 et de 15 h 30 à 20 h, le samedi de 11 h à 20 h, fermé le dimanche.

Le souvlaki revu et corrigé

Filakia

Très populaire en Grèce, le souvlaki est une brochette de viande parfois servie en sandwich dans un pain pita. À ne pas confondre avec le traditionnel kebab, souvent appelé à tort « sandwich grec ». Constatant des lacunes culinaires dans ce domaine, et armée de sa bonne connaissance du terroir grec, Chloé Monchalin, jusqu’alors habituée aux grandes tables – celle de Robuchon à Londres, de Michel Troisgros du temps du Lancaster et des bistrots de Cyril Lignac qu’elle dirigea – a tout plaqué il y a deux ans et s’est associée à deux camarades, Benjamin et Guillaume, rencontrés dans les cuisines du Chardenoux des Prés. Leur idée : revisiter dans un concept street food le bon souvlaki grec à la sauce gastro française. Pari réussi avec Filakia, cantinette cachée d’Étienne Marcel où l’on passe chercher au comptoir (service à table en soirée) un sandwich gourmand, incluant viande et volaille 100 % française, yaourt à la grecque, produits frais et huile d’olive sortis des grandes tables de chefs. Six versions au choix, dont un classique avec brochette de poulet aux herbes aromatiques qui ne vous reste pas sur l’estomac, des recettes au jus de viande ou bœuf barbecue, et quelques pommes de terre confites au citron fondantes comme il faut. Service un peu crispé, rattrapage avec la carte des desserts, dont un cheesecake maison qui fait hurler de plaisir tout le quartier.

9, rue Mandar, 2e. Mo Sentier. Tél. : 01 42 21 42 88. Ouvert du lundi au vendredi de 11 h 30 à 15 h et 18 h 30 à 22 h, le samedi de 11 h 30 à 22 h 30, fermé le dimanche.

Recettes de mamans

Evi Evane

Il faut pousser la porte de ce restaurant de Saint-Germain ouvert rue Guisarde depuis 2005. Ici, pas de rabatteur comme à Saint-Michel, ni le regretté Demis Roussos en bande-son, mais l’esprit bistrot parigot mélangé à la douceur grecque. Un mélange pierre de taille, banquettes cuir et poutres blanches qui marche. À la carte, tous les grands classiques repensés par une star de la télévision grecque, Dina Nikolaou. Associée à sa sœur Maria, la jolie blonde a opté pour le label “maître restaurateur”, parié sur le fait maison et les petits producteurs grecs, et signé un menu local avec du tarama exquis sur blinis (pas la version rose fluo des supermarchés), une moussaka fraîche et goûteuse, des boulettes de bœuf excellentes cuites au four, un souvlaki pur jus, et même le bon gourounaki marmitas, un cochon de lait mitonné à la casserole. Rien de très léger, on en convient, mais le goût de la Grèce, le vrai. Bien prononcé dans la carte des fromages, où il faut goûter la feta ramenée du nord du pays, accompagner le tout d’un bon verre d’ouzo et terminer par le traditionnel yaourt grec maison au miel et noix. La sympathie et le caractère du directeur de salle, quand les filles sont en voyage, fait revenir dix fois.

10, rue Guisarde, 6e. Mo Mabillon. Tél. : 01 43 54 97 86. Ouvert du lundi au samedi de 12 h à 14 h 30 et de 19 h à 23 h.

Cuisine pour gourmets

L’Olivier

Plutôt discret sur le boulevard du Temple, ce restaurant de poche revisite la cuisine grecque en mode gastronomique. Arrivés à Paris en 2006, le chef Alexiou Vassili et sa femme Orfanidis ont ouvert leur restaurant avec l’ambition de relever le niveau de la cuisine grecque à Paris. Ni moussaka ni tarama à la carte, ni tzatziki et encore moins de souvlaki, mais des recettes ressuscités de la Grèce antique et tombées dans les oubliettes. Dans l’escarcelle du chef, des galettes crétoises de céréales, champignons et gruyère, un rouget-barbet au fava de Santorin (purée de pois cassés) et oignons caramélisés, une pièce de bœuf au gratin de macaroni revu et corrigé, ou le fromage frais de l’île de Patmos, au miel et à la cardamone. En soirée, un menu dégustation en cinq plats sort le grand jeu. Les budgets serrés se contenteront d’y déjeuner, le nez devant la cuisine ouverte du chef, et l’assiette dressée comme dans un gastro. Mention “nul” en revanche pour les verres et la carafe mal nettoyés, “passable” pour la cuisse de poulet qu’on aurait aimée plus grassouillette. Mais bien joué, la galette de sésame en dessert et les accompagnements. Le petit service traiteur (féta, anchois, olives…) idéal rattrape aussi un peu l’affaire.

15, boulevard du Temple, 3e. Tél. : 01 42 77 12 51. Ouvert du mardi au samedi de 12 h à 15 h et de 19 h à 22 h 30

Table d’hôtes et épicerie

Ikio

Presque voisin du très bon Caillebotte, et d’une nouvelle boulangerie bio, Ikio est la maison de Stella, ancienne restauratrice à Athènes, installée ici en famille avec mari et fille. L’endroit, qui vient de fêter son premier anniversaire, s’est fait une réputation dans tout le quartier pour ses thés de la Route des thés, « infusions grecques et plantes d’Hippocrate », mélangeant mélisse, romarin ou menthe, avec une mention spéciale pour les Larmes de Chios, un mix de thé vert Sencha, d’amande, de pistache, de citron et du fameux mastic de Chios (produit à partir de la sève d’un arbre). Boîtes rouges stylées, goûts subtils et vertus médicinales revendiquées. Très bonne option au déjeuner, la table d’hôte en marbre, contemporaine et pas rustique, où la maîtresse de maison nourrit ses invités de feuilletés, salés ou sucrés, pita, boulettes de bœuf ou de pois chiches, et l’éternelle moussaka… De l’authentique. Attention, il n’y a que huit places au total, mais Ikio propose une vente à emporter bien pratique. Sinon, l’endroit fait aussi traiteur, idéal pour un apéro (olives de Kalamata, tarama, féta…), et épicerie traditionnelle, proposant quelques pépites introuvables ailleurs. Nos favoris : le bidon d’huile d’olive Abea au look vintage collector, la boîte de petits beurres ou de café en grains des supérettes d’Athènes, des vins rouges grecs étonnants, et même du thé glacé. Au rayon frais, que du bon : de la féta des montagnes, du yaourt grec à la louche et les meilleurs fromages de l’île de Naxos. Rien que le nom fait rêver.

2, rue Milton, 9e. Mo Notre-Dame-de-Lorette. Tél. : 09 81 88 30 68. Ouvert du lundi au samedi de 11 h à 20 h.