L’ère de la nostalgie

« C’était mieux avant », chantait Francis. Eh bien force est de constater qu’en regardant vers l’arrière, il était finalement en avance sur son temps. Aujourd’hui, tout n’est plus que reboot, remake, tribute, reprise et tout ce qui s’en suit : Peu importe le flacon pourvu qu’on ait le rétroviseur.

Qu’on en commun Daniel Balavoine, McGyver et les Ghostbusters ? La coupe mulet ? Alors, oui mais non. Les années 80 ? Oui, on brûle. Ils sont revenus cette année ? Bravo, vous avez gagné l’intégrale de « La Clinique de la Forêt Noire » en version remasterisée ! Eh oui, le passé est devenu plus vendeur que n’importe quel projet original et ce, dans tous les secteurs : Vive la nostalgie !

Musique Maestro

Ce n’est un secret pour personne, la reprise d’un tube existant a toujours été une valeur sûre, que ce soit pour un artiste débutant cherchant à se mettre le public dans la poche ou pour un artiste confirmé cherchant à, eh bien à se mettre le public dans la poche (bis).
Si la démarche n’est pas novatrice, elle a pris une ampleur inégalée puisque nous sommes inondés d’albums de reprises en tous genres, allant des cadors de la variété dépoussiérés par les jeunes pousses (Balavoine, Goldman, Renaud, Aznavour) aux jeunes pousses en question qui font de la reprise leur fond de commerce (L.E.J., Kids United).
Vous nous direz que ce n’est pas bien grave puisque ce n’est pas nouveau. C’est vrai, d’autant que l’album le plus vendu en France au premier semestre 2016 n’est pas un album de reprises mais le nouveau Renaud avec 591 000 exemplaires écoulés. Mais justement, là aussi ça coince. Avec plus de quarante ans de carrière au compteur pour le gouailleur à la chetron sauvage, on reste dans du connu, de l’acquis, du sûr.
Quid des p’tits nouveaux ? S’ils vendent pour l’instant moins qu’eux, certains talonnent les anciens, aussi souhaitons à Kendji, Louane et autres MaÎtre et Fréro le même succès que leurs aînés.

Des dérivés en série

La petite lucarne n’est pas en reste puisque les séries cultes de l’époque où l’on comptait encore en francs reviennent en force : X-Files, Twin Peaks et même La fête à la Maison ont réinvesti l’écran et repris leurs aventures là où la baisse d’audience les avait laissées. Pas besoin de retourner aussi loin pour relancer une franchise, Heroes, Prison Break ou 24 ont également tenté un retour gagnant. Ou presque. Les acteurs sont trop vieux pour le marché actuel ? Qu’à cela ne tienne : Le reboot est LA solution du moment et ce n’est pas MacGyver qui dire le contraire !
L’Arme Fatale, Fréquence Interdite, Sexe Intentions, Fargo, l’Armée des Douze Singes… Si les films ont cartonné au box-office, pourquoi ne pas les adapter en série ? Si sur le papier l’idée est louable, ou plutôt vendable, le résultat est variable d’une adaptation à une autre.
Gageons que celle qui mettra tout le monde d’accord est le passage du petit au grand écran de Baywatch, l’inégalable et inégalée Alerte à Malibu…

Ecran total pour tout le monde

Histoire de s’y retrouver, faisons un point sémantique.

Remake : On « refait » un film basé sur une histoire déjà portée à l’écran, comme RoboCop (1987-2014), La Planête des Singes (1968-2001) ou les Visiteurs en Amérique qui est un remake de, enfin vous avez compris…
Reboot : On redémarre à zéro une histoire ou une franchise, comme les différentes versions de Spiderman, Superman, Batman ou le dernier SOS Fantômes.
Sequel : La suite d’une histoire (Die Hard 2, 3, 4, 5…)
Préquel : Le récit se passe avant le film précédent, comme dans la prélogie Star Wars (épisodes I, II, III), sortie dans les années 2000 mais se déroulant avant la trilogie d’origine des années 70-80 (épisodes IV, V, VI). C’est bon, vous suivez ?
Requel : On fait comme si c’était une suite mais on injecte de nouveaux éléments pour repartir quand même de zéro, comme Jurassic World qui reprend les mêmes éléments et plus ou moins la même histoire que Jurassic Park mais développe de nouveaux personnages.
On vous fait grâce des midquels, interquels, cross-overs et autres spin-offs, interrogation écrite une prochaine fois.
Si ces termes barbares vous semblent étrangers, demandez-vous combien de fois vous avez eu l’impression de voir un Terminator, en finissant par vous demander dans quel ordre il fallait les voir, s’il y en avait effectivement un (bon, il y en a un mais tout le monde n’est pas d’accord).£
Vous en avez forcément vu au moins un et ce n’est pas fini, le reboot-remake-suite-et-tutti-quanti étant une manne financière pour les studios de cinéma, puisant à l’envi dans leur catalogue pour faire fonctionner la planche à billets à plein régime, tels les moteurs surboostés de Fast And Furious (insérer le numéro qui vous convient).

Passé, votre chemin

Mais la nostalgie, c’est aussi et surtout un art de vivre, des codes vestimentaires, une déco, en un mot : une mode.
Si on espère que la coupe mulet et les épaulettes resteront au placard, force est de constater que le revival vintage se porte bien. Les vinyles se vendent des petits pains noirs, les smartphones se la jouent Polaroids et le Minitel revient en… Ah non, au temps pour nous.
Les couleurs criardes, le jaune moutarde, les baskets montantes, les pulls à motifs, l’iconographie des années 80 est de retour en sons et lumières, que ce soit via les gamins de la série à succès Stranger Things ou dans les boutiques de vêtements de seconde main et on vous conseille de remettre la main sur votre antique walkman car la cassette audio, est en passe de revenir plus vite qu’un frisbee estampillé « Nesquick », nom de Zeus !
Reste que si aujourd’hui est hier, demain n’est pas prêt d’arriver. A l’époque du tout numérique et de la technologie à outrance, nous avons sans doute besoin de retrouver un semblant d’innocence et de candeur, symbolisées par les reliquats d’une époque pas si lointaine mais très différente : « Avant ». Donc oui, c’était mieux avant, mais on est en droit de se demander ce qu’en penseront les habitants de 2036, comment ils pourraient juger une époque où rien de nouveau, et encore moins de marquant, n’aurait été créé ? Vaste question… Allez, on va se boire un Tang devant Madame est servie. A plus dans le bus !