Musée du Quai Branly, la belle décennie

Inauguré en juin 2006, le musée du Quai Branly célèbrera ses dix ans ce week-end, avec deux jours et une nuit complets d’activités, de rencontres, d’échanges et de fête. Un anniversaire parfaitement calibré pour ce lieu polymorphe, né pour ouvrir le dialogue entre les cultures du monde. Programme non exhaustif.

Il y a dix ans, le musée du Quai Branly ouvrait ses portes et donnait aux arts et civilisations d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques, l’espace qui leur manquait à Paris. Né de la volonté tenace de Jacques Chirac, président de la République connaisseur et amateur d’Arts Premiers – qui devrait bientôt voir son nom accolé à celui du musée –, cet écrin conçu par l’architecte Jean Nouvel s’est peu à peu imposé pour devenir bien autre chose qu’une vitrine. Car en plus d’être un espace d’exposition gigantesque (42 000 m2) aux collections permanentes jamais figées, le lieu est vite devenu un véritable lieu de vie, avec médiathèque, salle de lecture et de ciné, auditorium et restos, sans compter le jardin extraordinaire du paysagiste Gilles Clément, riche et non policé, doté de bassins, clairières et chemins de traverse. Aussi et surtout, le musée a fait preuve d’une incroyable créativité en organisant des événements modernes et inattendus, à l’instar de la regrettée biennale Photoquai ou de l’exposition à succès Tatoueurs, Tatoués, qui a entamé une belle carrière itinérante, susceptible de la mener dans le monde entier. De quoi attirer un public nombreux (près de 14 millions de visiteurs) et varié, d’ailleurs plus jeune dans son ensemble, que celui des autres vénérables établissements de la capitale.

 

Une fête à son image

C’est toute cette diversité qu’a voulu exprimer l’institution avec sa grande fête d’anniversaire, qui proposera un “best-of” de toutes les activités proposées par le lieu depuis dix ans. Et là, pas question de laisser retomber l’ambiance en morcelant l’événement, qui durera plus de 30 heures non-stop et inclura donc une version solo de la Nuit des musées. Ainsi, entre minuit et dix heures du matin, sur le plateau des collections, ethnomusicologues et ethnomusiciens proposeront à chaque heure de découvrir un instrument traditionnel en même temps que sa région d’origine. Mais comme d’une bonne playlist dépend le succès d’une soirée, l’événement proposera aussi une création audiovisuelle menée par l’artiste électro Thylacine (le samedi à 20h, Théâtre Claude Lévi-Strauss, sur inscription), suivie du fameux Bal de l’Afrique enchantée, tandis que le dimanche, les festivités se clôtureront par la première session de l’année des Siestes électroniques. Née en 2002 et initiée ici il y a cinq ans, cette incontournable plage de détente sur fond de sons ethno et électro, qui accueillera pour l’occasion la pop de Vacarme et la house de Kartell, se tiendra exceptionnellement sur le toit-terrasse (théâtre aussi de deux grandes séances de yoga le dimanche matin, sur inscription) et sera retransmise dans le Théâtre de Verdure.

 

Sons et lumières

De manière ludique encore, les activités, nombreuses, devraient faire le plein d’amateurs, qu’il s’agisse de la réalisation d’une œuvre collective avec des street artists (samedi et dimanche, de 14h à 17h), d’un workshop de dessin autour des détails architecturaux du bâtiment, du jardin et du mur végétal conçu par le botaniste Patrick Blanc (samedi et dimanche, 11h30-17h) ou d’un jubilatoire cours d’initiation au haka (samedi à 17h30 et 18h). En mode plus calme, on pourra aussi se poser devant une projection (en ciné-concert) du chef-d’œuvre Rapa Nui (dimanche matin) ou de films du CNRS – dont les chercheurs proposeront aussi des speed-datings autour des œuvres du musée – et même tester son appréhension de l’art dans le noir. Mais bien sûr, cet anniversaire basé sur l’échange sera également l’occasion d’écouter ceux qui, au jour le jour, “habitent” les lieux ou ont accompagné sa création. Ainsi, en plus des diverses visites thématiques, deux conférences exceptionnelles finiront de nous éclairer. La première, le samedi (17h, Théâtre Claude Lévi-Strauss), proposera donc un dialogue public inédit entre Stéphane Martin, directeur historique des lieux, et Jean Nouvel, créateur du bâtiment aux airs de navire. L’autre, le dimanche (16h), peut-être davantage source d’émotions, réunira dans le salon de lecture qui porte son nom, des personnalités qui évoqueront “l’autre Jacques” dont on peut dire qu’il est à l’origine du Quai Branly. Disparu en 2001, le collectionneur Jacques Kerchache, avait ainsi pendant des années accompagné Jacques Chirac dans son projet a priori fou, de lieu dédié aux Arts Premiers. Celui-là, qui, dès 1990, avait lancé un manifeste « pour que les chefs-d’œuvre du monde entier naissent libres et égaux », croyait qu’un autre genre de musée était possible. Sans avoir pu découvrir l’objet de ses attentes, il n’aura pas su à quel point il avait raison.

 

Programme et inscriptions pour certaines activités : www.quaibranly.fr