On a testé pour vous le Jugger

« Rendez-vous samedi à 14h à la Plaine de jeux du Polygone, dans le bois de Vincennes. » C’est grâce à ce texto que je retrouve, lors d’une après-midi humide, Tristan Dardenne, président de l’association Jugger Paris. Au loin, je distingue sur un terrain de rugby deux équipes qui s’affrontent. Impossible de reconnaître le sport. Il y a des armes fabriquées à la main : lances, boucliers, hallebardes, sabres, chaînes… Certains courent à toute vitesse. D’autres s’arrêtent, figés après un duel à l’épée, le tout au rythme des battements de tambour projetés par une enceinte portable. On m’apprend rapidement que l’équipe orange est celle des Français et l’équipe verte, celle des Allemands. Quel est ce jeu auquel ils jouent ? Le Jugger.

crédit photo : Manon N’Diaye

Des règles simples… et originales

Un sport « pas si compliqué que cela« , m’indique Thomas Cazeilles, secrétaire de Jugger Paris. « Il suffit de récupérer la balle au centre du terrain le plus vite possible et de la déposer dans le camp adverse pour marquer un point. L’équipe qui en cumule le plus a gagné. » Tout n’est toutefois pas si simple. Chaque équipe se compose de 5 joueurs et un seul d’entre eux peut attraper la balle et marquer, le « Quick ». Les autres sont là pour le protéger des attaques adverses. Pour ce faire, tous disposent d’armes et s’affrontent. « Le premier touché s’arrête au sol un certain temps avant de pouvoir se mouvoir de nouveau », précise Thomas Cazeilles. Autre originalité de ce sport : le temps. Au Jugger, il ne se décompte pas en secondes ni en minutes mais en… battements de tambour. Une partie comporte deux manches de 100 battements, soit à peu près 30 minutes au total.

Crédit photo : Romain Pichet

Un sport avant tout

Tiré d’un film post-apocalyptique de la fin des années 1980 nommé « The Blood of Heroes » dans lequel les parties vont jusqu’à la mort des participants, cette pratique s’invite en France depuis seulement deux ans. « Je vous rassure, il n’est pas nécessaire d’avoir vu le film pour jouer au Jugger. Même si le sport est génial, le film est un vrai nanar », reconnaît Tristan Dardenne. Si la France commence à peine à s’y mettre, en Allemagne ou en Espagne, la discipline a le vent en poupe depuis plusieurs années. A tel point que des compétitions sont régulièrement organisées avec différents clubs locaux et internationaux. Car s’il est ludique, le Jugger est aussi un sport : « Ça demande un excellent cardio, notamment pour les assauts. Nous avons aussi des petites notions d’escrime et de combat aux armes pour les duels, et faisons régulièrement des exercices de renforcement musculaire ainsi que des jeux de mise en situation » souligne Thomas Cazeilles. Si au premier coup d’œil une impression de désordre général domine, le Jugger s’avère rapidement très tactique et demande d’excellents réflexes.

Crédit photo : Alexis Lemainque

Un sport 100 % mixte

Autre spécificité du Jugger : la mixité. Garçons et filles sont dans les mêmes équipes et s’affrontent. Les armes sont fabriquées par les joueurs eux-mêmes et sont toutes matelassées afin de ne blesser personne. Ces dernières sont très légères et faciles à manier. Coût de fabrication : entre 20 € à 40 €. S’ajoute à cela la participation à l’association pour s’entraîner et rejoindre l’équipe de Jugger Paris, soit 38 € à l’année, assurance comprise. Si l’objectif reste de s’amuser, il n’est pas impossible de se blesser. Les joueurs portent tous des protections, notamment au niveau des genoux, ainsi que de solides chaussures à crampons. Car le Jugger est intense et durant les 100 coups de tambour de la manche, personne ne se ménage. Chaque semaine, l’équipe se retrouve le samedi, entre la Cour des Maréchaux et le château de Vincennes, pour s’entraîner de 14h à 17h. « On voyage aussi un peu partout en Europe à la rencontre d’autres équipes pour jouer », précise Thomas Cazeilles. De quoi multiplier les rencontres.

Attention toutefois : mieux vaut avoir un bon niveau d’anglais pour se faire comprendre…

Crédit photo : Manon N’Diaye