Tendance : végétalisation à Paris

Longtemps Paris s’est levée de bonne heure, dans le gris, la brume et la mauvaise humeur. Mais ça, c’était avant : impulsés par le programme Végétalisons Paris et plusieurs collectifs, de nombreux projets citoyens fleurissent aujourd’hui (dans) la capitale. Et d’autres plus ambitieux comptent bien l’inscrire dans un avenir dont la couleur sera forcément verte.

Alors que la piétonnisation des voies sur berge et l’aménagement de la piste cyclable de la rue de Rivoli continuent de faire grincer les dents et pneus de certains automobilistes, de nombreux projets citoyens poussent un peu partout dans la capitale, collectifs, particuliers mais aussi professionnels se saisissant de chaque espace exploitable, des pieds d’arbres de nos grands boulevards aux toits de différentes infrastructures, pour y laisser bourgeonner leurs vertes idées, en y plantant fleurs, légumes ou aromates. Favorisés par l’initiative Végétalisons Paris pour les uns, mais surtout grâce à une prise de conscience collective pour les autres, ces projets de plus ou moins grande ampleur comptent bien faire (enfin) passer la ville dans l’autre siècle.


© Henri Garat/Mairie de Paris

Végétalisons Paris 

Fin septembre, la 20e Fête des Jardins, puis la toute première édition des Jardins Ouverts donnaient rendez-vous à leurs visiteurs à Paris et en Île-de France, pour leur faire (re)découvrir différents lieux privés et publics à travers de nombreuses activités. Des événements conviviaux traduisant un engouement croissant pour les questions environnementales de la part d’un public de plus en plus concerné par la question de la transition écologique, et symbolisant la grande ambition de la capitale, celle de devenir, demain, une métropole verte. Et dans cette ambition, le programme Végétalisons Paris, lancé en 2014, joue un rôle central – surtout pour les particuliers –, l’objectif étant de développer de nouveaux espaces de nature en ville. Il concerne la rénovation des parcs et jardins, le lancement de plusieurs opérations comme Du vert près de chez moi, Parisculteurs ou Un arbre dans mon jardin, la plantation de 20 000 nouveaux arbres, l’aménagement de fermes pédagogiques, le développement de jardins partagés et de ruchers ou la végétalisation des murs, des toits et de chaque recoin a priori laissé pour compte comme les pieds d’arbres, les bandes de trottoirs ou la création de bacs de plantation à même la chaussée. Aujourd’hui, déjà plus d’un millier de projets ont vu le jour– pour être précis, on en recense 1034 au moment où nous écrivons ces lignes. Pour ce faire il suffit d’obtenir au préalable son permis de végétaliser, d’une durée de trois ans et renouvelable, qui autorise l’entretien d’un ou de plusieurs dispositifs dans le respect de la Charte de végétalisation de l’espace public parisien, engageant le citoyen à utiliser des plantes locales et mellifères favorisant la biodiversité de la capitale, à ne pas employer de pesticides ou de produits chimiques et à veiller à l’entretien de ses plantations ; une fois le permis en poche, la mairie fournit même un kit de plantation contenant graines et terre végétale.


© Jean-Pierre Viguié/Mairie de Paris

Professionnels et particuliers : tous concernés

Si l’idée séduit déjà les particuliers – on dénombre plus d’une centaine de jardins parisiens déjà investis par des collectifs citoyens, on peut trouver la liste complète en quelques clics sur le Net –, elle parle également aux professionnels, de grands groupes faisant régulièrement appel aux associations pour verdir leurs espaces, voire plus si affinités. C’est notamment le cas de la Ferme Lachambeaudie située dans le 12e arrondissement, mise en place sur les toits du centre médical de la RATP. Installée par l’équipe d’Aeromate, une start-up spécialisée dans l’agriculture urbaine, en collaboration avec la SEDP, filiale immobilière du groupe RATP, développée dans le cadre de Parisculteurs et inaugurée en juillet dernier, la Ferme dispose de 450 m2 de cultures maraîchères en hydroponie d’une grande diversité : fruits, légumes et aromates y sont cultivés, leur production étant ensuite vendue directement aux agents de la RATP. De l’autre côté de la capitale, au nord, c’est sur le toit du Centre Postal de La Chapelle que 900 m² de permaculture ont été développés et que fruits, légumes et plantes médicinales sont cultivés par la Communauté Facteur Graine – on y attend même des poules. Au sud de Paris, c’est l’association Agripolis qui a remporté l’appel à projet lancé par Parisculteurs et qui devrait prochainement investir le toit du gymnase Glacière dans le 13e arrondissement – le projet devrait voir le jour d’ici l’automne 2018 – et à la station F, l’immense campus de start-ups créé par Xavier Niel et inauguré l’été dernier, juste à côté de la BNF, c’est le collectif Merci Raymond, une équipe militante de jardiniers urbains créatifs et engagés dans le re-végétalisation des villes, qui a fourni quelque 3000 plantes aux 34000 m² du campus. 


© Jean-Pierre Viguié/Mairie de Paris

Paris verdit, Paris verdira

Et quand on regarde en avant, on voit que Paris a les idées grandes, mais surtout, les idées vertes. Au cœur du 11e arrondissement d’abord, en face de l’Espace Truillot et de l’Église Saint-Ambroise, avec la création d’un jardin de plus de 5000 m² à la place de l’actuelle Friche Truillot – où s’était installée de manière éphémère la Friche Richard Lenoir l’année dernière, souvenez-vous – qui reliera les boulevards Richard-Lenoir et Voltaire et qui devrait être livré d’ici l’été 2018. On y trouvera une prairie de 260 m², des aires de jeux pour les enfants, un jardin partagé, un verger et une grande pelouse de 570 m². Mais deux autres projets encore plus ambitieux symbolisent encore plus cet avenir éco-responsable : celui très médiatisé de la nouvelle Tour Montparnasse, remporté par l’équipe française Nouvelle AOM, avec ses terrasses végétales, sa serre destinée à l’agriculture urbaine sur son toit et ses panneaux photovoltaïques et qui devrait être livré en 2024, pour les jeux Olympiques ; ou celui de Villages Nature à une trentaine de kilomètres à l’est de Paris, près de Marne-la-Vallée, immense parc d’attraction écologique initié fin 2014 par les groupes Disneyland Paris et Pierre&Vacances Center Parcs, qui a ouvert ses portes le 1er septembre dernier et qui entend inscrire la question de la transition écologique au cœur même du secteur touristique. Au programme, un aqualagon de 2500 m² chauffé par géothermie, des cités végétales, un lac, des forêts, des fermes et des jardins inspirés des quatre éléments de la nature…_