Une histoire de Snoopy

Cette année, Snoopy, le célèbre personnage créé par Charles Schulz fête ses 65 ans. Exposition fashion, film en 3D, jeu vidéo, tee-shirts et accessoires en éditions limitées, les célébrations sont à la hauteur du succès planétaire de Peanuts, le comic strip qui a donné naissance à ce super chien et à ses copains. Pas vraiment enfantine malgré les apparences, la petite BD des débuts a fait bien du chemin.

Ca sera le mini-événement ludique qui marquera le début de la prochaine Fashion Week. Le 29 septembre, après New York, Stockholm, Amsterdam et Berlin, Paris accueillera l’exposition « Snoopy & Belle in Fashion ». Au Palais de Tokyo, on découvrira ainsi en version peluche, le célèbre chien beagle et sa sœur – plus méconnue mais bienvenue au vu des circonstances -, habillés par de nombreux noms de la mode, de Dries Van Noten à Isabel Marant, en passant par Zac Posen ou Opening Ceremony. Une exposition qui fera écho à une autre, similaire, organisée il y a trente ans et qui avait, à la plus grande surprise de Charles Schulz lui-même, bénéficié la collaboration de Karl Lagerfeld, Jean Paul Gaultier, Gianni Versace ou Issey Miyake.

Isabel Marant ©PEANUTS WORLDWILDE 

C’est que, à l’instar d’une Hello Kitty, Snoopy fait partie du club très fermé des personnages dessinés qui ont dépassé le statut de best-sellers du merchandising pour devenir des icônes du style. La collection printemps-été 2016 de la  styliste roumaine Vénéra Arapu, entièrement dédiée au chien star ou les tee-shirts et sweats homme, femme et enfant, de Laetitia Ivanez, créatrice des Prairies de Paris, qui cartonnent depuis deux saisons, sont là pour en attester. Mais Snoopy peut également se targuer de bien d’autres références, célébré qu’il est depuis des décennies par tous les domaines de l’art, de la peinture bien sûr, à la littérature. Car au-delà du graphisme génialement simple des personnages de Peanuts qui a tous les atouts pour séduire les plus jeunes, ses thèmes faussement légers et son ton doux-amer sont l’essence même d’un succès international, que les puristes n’aiment pas voir dénaturer.

Le grand écart ?

(C) 20th Century Fox 2015

A quelques mois de la sortie en salles de la version moderne et en 3D, des aventures de « Snoopy et les Peanuts », l’heure est ainsi une fois de plus à l’interrogation. Voire à l’inquiétude, du côté des aficionados qui aimeraient bien y retrouver le sens originel d’une œuvre reconnue par les spécialistes comme le pionnier des comic strips intellectuels. Pas sûr que l’objectif de ses producteurs soit de répondre totalement à leurs attentes avec un film d’animation prévu pour le 23 décembre, ni même qu’on y retrouve la magie du premier « TV spécial, Joyeux Noël Charlie Brown  », dessin animé de 25 minutes diffusé pour la première fois à la télévision américaine en 1965, et écrit par Charles Schulz lui-même. Mais enfin, Snoopy s’y livrera à coup sûr à ses facéties muettes et dormira sur le toit de sa niche qu’il aura décorée pour les fêtes, tandis que Charlie Brown, amoureux de la petite fille rousse et en proie à bien des questionnements existentiels – quoique peut-être édulcorés – sera, comme il se doit, l’anti-héros désigné. Car pour l’autodidacte Schulz qui allait finir par consacrer sa vie entière au dessin, c’était bien ce bon vieux Charlie qui était à l’origine voué à capter l’attention.

Je suis Charlie

(C) 20th Century Fox 2015

Avant que le magazine Charlie (Mensuel) ne publie en France en 1969, les strips d’une BD qui lui avait (autant que Charles de Gaulle) inspiré son nom, ce petit bonhomme à grosse tête était déjà le double de Charles Schulz. Jamais vainqueur mais opiniâtre, pétri d’angoisses et prompt à ce rendre chez sa copine Lucy, dominatrice et psychanalyste en herbe, pour tenter de les surmonter au terme d’une consultation à 5 cents, le petit garçon affichait ainsi une curieuse maturité. « Les Peanuts seront souvent traités d’adultes miniaturisés. », confirme ainsi Thierry Groensteen, spécialiste du neuvième art qui fut aussi Directeur du Musée de la bande dessinée d’Angoulême.

A hauteur d’enfant, ce sont donc toutes les préoccupations d’un homme en proie au doute qui sont l’essence même des Peanuts, la touche de drôlerie en plus. Reste que pour contrebalancer tout cela, il fallait bien un chien, « une heureuse nature », selon les mots de Thierry Groensteen. Fort de son rôle, ce drôle d’animal, qui, à l’origine se tenait en retrait et marchait à quatre pattes, a au bout de dix ans d’existence, fini par se conduire comme un humain un brin cabotin. De quoi toucher en plus, un autre public que celui des débuts et assurer le triomphe de la série.

(C) Dargaud

Celui-ci fut tel qu’il mena son auteur à livrer un strip chaque jour de sa vie et c’est la veille de sa mort, le 13 février 2000, que l’on découvrit dans le San Francisco Sunday, le tout dernier. Malgré sa disparition pourtant, leur pouvoir d’attraction ne se démentira pas. « Le succès de l’édition intégrale des Peanuts montre que l’œuvre n’a rien encore rien perdu de son charme, de sa pertinence, de son éclat. », confirme Thierry Groensteen. Et si en effet aujourd’hui, certains continuent de se reconnaître dans les incertitudes du jeune Mr. Brown, d’autres se contentent de sourire à l’oiseau Woodstock et à l’inaltérable Snoopy. Une sorte d’alchimie idéale pour un culte qui, à 65 ans, n’est certainement pas près de s’arrêter.

Snoopy & Belle in Fashion, exposition du 29 septembre au 1er octobre, au Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson, 16è. Ouvert de midi à minuit. Entrée : 10 €. www.palaisdetokyo.com.

Snoopy et les Peanuts, le film. En salles le 23 décembre.

La série Snoopy – Intégrales, 15 volumes disponibles, Dargaud, 32 € l’un.