1 heure 23’14″ et 7 centièmes

Impossible d’enfermer Jacques Gamblin dans une identité fixe. Raison pour laquelle l’artiste le plus libre du cinéma français nous surprend toujours. Comédien funambule avec Guédiguian, Becker, Chabrol, Tavernier, Lioret et plus récemment Thomas Lilti, auteur (Le Toucher de la hanche, 1997, Gamblin JazzE de Wilde SextetE co-écrit avec Laurent de Wilde, 2011, etc.) et lecteur habitué du Festival des Correspondances de Manosque, Gamblin a aussi travaillé le mouvement lors du superbe Tout est normal, mon cœur scintille (2010).

Aujourd’hui, il retrouve le danseur contemporain Bastien Lefèvre (vu dans les pièces de Michel Kelemenis, Thierry Thieû Niang, Hervé Robbe, Fattoumi-Lamoureux, Kevin Jean) dans une création chorégraphique et théâtrale qui peint à petites foulées la dure loi de l’entraînement pour qui veut gagner. Sur scène : un coach engagé à 100 % avec un athlète en quête d’exploit et d’amour. Variations polyrythmiques et infinies minutieusement agencées, gestuelle éclatée à la manière d’une construction cubiste : le maître (bienveillant et vampirique) se met dans les pas du disciple (docile et fougueux) pour explorer un langage chorégraphique singulier à partir de leur histoire, osant une danse étrange, désarticulée, organique. On se concerte, on rit, on doute, on s’invective et on se désaltère (et de quelle façon !) en survêtement et baskets. Peu à peu, un dialogue fusionnel se noue entre les corps et les mots. Le plateau se fait alors boîte à révélations où se joue la vie même : gagner, perdre, suer, rechercher le plaisir, la performance, le geste parfait, etc. L’amour de la danse est là, perceptible, palpable, dessinant une philosophie de vie : la victoire s’envole avec le jour qui pointe. Tout est là dans ce lien, cette transmission, cette humeur profonde et élégante, cette furieuse envie d’être libre pour mieux s’envoler, sans limites. Un bon chrono pour un exigeant pas de deux musclé et cérébral, drôle et inclassable !

Note 4/5