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10 questions à Jean-Max Colard, conseiller artistique de Nuit Blanche

Premières feuilles ocres sur les trottoirs parisiens et premier weekend d’octobre : c’est comme chaque automne depuis 2002 la Nuit Blanche ! Cette année la grande messe de l’art contemporain dans l’espace public aura lieu le samedi 5 octobre ! Rencontre avec Jean-Max Colard, le conseiller artistique de cette édition placée sous le signe du Mouvement.


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Portrait de Jean-Max Colard ©Michaël Huard/ Heymann Renoult

Jean-Max Colard, pouvez-vous vous présenter ? Vous êtes le conseiller artistique de cette Nuit Blanche mais vous avez d’autres casquettes dans le milieu de l’art contemporain. Quel est votre parcours ?

J’ai une formation littéraire et j’ai pendant longtemps enseigné la littérature à l’Université. Je travaille actuellement au département du développement culturel du Centre Pompidou où je dirige le Service de la Parole, ce qu’on appelait auparavant les revues parlées du Centre Pompidou. C’est toute la dimension de parole associée à la programmation du Centre Pompidou ou indépendante d’ailleurs. Ce service se fait l’écho de la vie intellectuelle et des préoccupations sociétales : il y a souvent des débats dans le centre Pompidou au sein de l’espace public, comme une agora.

Je suis également le directeur artistique du festival Extra! consacré aux littératures hors du livre. Parallèlement j’ai une activité de critique d’art et de commissaire d’expositions. Cette année, je suis le conseiller artistique de Didier Fusillier, actuel directeur de la Villette. et directeur artistique de cette Nuit Blanche placée sous le signe du Mouvement.

 

Justement, pourquoi cette thématique de mouvement ? Comment est née l’idée ?

Quand Didier Fusillier m’a demandé d’être son conseiller artistique, nous nous sommes promenés en vélo dans Paris et c’est comme cela qu’est née l’idée d’une Nuit Blanche en Mouvement !

On a voulu impulser un mouvement général dans la Nuit Blanche en modifiant le règles du jeu où le public a généralement l’habitude de faire des très longues queues. Nous avons renversé la tendance car ce qui est intéressant dans cette nuit aussi, ce sont les moments de déplacements entre les lieux et l’idée de déambulation du public. Le thème permet d’appréhender la ville autrement car c’est une Nuit Blanche de toutes les mobilités. Nous avons pris le parti de faire circuler en même temps des œuvres, des artistes et le public. Tout le monde est impliqué, comme pris dans ce mouvement général. Le public n’est pas passif, au contraire c’est une nuit blanche participative ! La déambulation collective est une expérience culturelle et physique de la ville !

 

Comment s’illustre cette volonté de faire circuler des œuvres, des artistes et du public, avez-vous des exemples ?

Il y aura par exemple une grande parade artistique avec des chars d’artistes (Annette Messager, Daniel Buren, Léonard Martin …) et 600 musiciens (musiques du monde) de Concorde à Bastille qui permettra au public de rencontrer l’art contemporain. La parade c’est une tradition de fête populaire, joyeuse, familiale. Mais là nous allons voir défiler des œuvres et des artistes. Depuis la grande parade du bicentenaire de Jean-Paul Goude, Paris n’a pas vécu un tel événement artistique ! Une fois arrivés à Bastille, les chars vont continuer leur route et se disperser dans les différentes stations.

 

Pilar Albarracin, Viva España,Long Live Spain, 2004. Galerie Vallois

Quels sont les parcours, la cartographie de cette édition ?

En dehors des chars et de la grande parade, nous sommes dans une configuration plus classique de Nuit Blanche avec des stations, des lieux associés et cinq grands axes : parcours nord, sud, est, ouest et centre.

 

Que représente pour vous Nuit Blanche et pourquoi avez-vous accepté cette mission ?

Nuit Blanche c’est le plaisir de montrer ce que l’on estime être de très grands artistes d’art contemporain à une très grande population. J’aime Nuit Blanche quand on fait la rencontre de la qualité et du nombre. Nuit Blanche a permis la remontée en visibilité de l’art contemporain au début des années 2000. Car il faut se souvenir que dans les années 90, il y a eu ce qu’on avait appelé « la crise de l’art contemporain » où de nombreuses voix disaient toutes leurs suspicions vis-à-vis de la discipline ! On se souvient par exemple de Baudrillard qui parlait de l’art content pour rien ou du discours de Bruno Maigret contre les colonnes de Buren au Palais Royal. La première nuit blanche en 2002  a été une surprise. Elle a rassemblé plus de 800 000 personnes ! C’était un démenti cinglant pour tous les détracteurs et tout ceux qui pensaient que l’art contemporain n’intéressait pas le public ! Nuit Blanche c’est un lieu de réconciliation entre l’art contemporain et le grand public. C’est devenu un rendez-vous incontournable.

 

Quel est votre plus beau souvenir en tant que spectateur Nuit Blanche ?

C’est un souvenir de la toute première édition en 2002. Je me souviens avec une grande émotion de l’installation de Sophie Calle dans la chambre de Gustave Eiffel qui donnait rendez-vous au public. Il faisait froid, il pleuvait et je suis arrivé à 6h du mat avec des croissants pour prendre le petit-déjeuner avec Sophie Calle au sommet de la tour Eiffel.

 

Est-ce qu’avec cette idée de mouvement et de mobilité, cette édition de Nuit Blanche est écolo ?

Effectivement si on avait fait Nuit Blanche il y a 15 ans avec ce thème Mouvement ça aurait été Nuit Blanche en voitures !

Mais aujourd’hui les préoccupations écologiques et les questions de mobilité diverses font que les artistes eux-mêmes pensent le mouvement autrement … Les artistes pensent des façons de faire bouger leur forme, par exemple le char des animaux d’Annette Messager sera tracté par des chevaux ! Les bulles d’Hans Walter Müller sont des architectures mobiles qui vont circuler avec des performeuses à l’intérieur dans les jardins du Palais Royal. Il y aura aussi des artistes promeneurs, la marche étant un acte artistique. Ce qui donnera lieu à des trajectoires singulières et poétiques. Par exemple, Raphaëlle de Groot est une artiste québécoise qui marche sur des kilomètres avec une traîne dans sur laquelle elle accroche des objets au fil de ses rencontres. Elle va partir des Ateliers Mais d’ici de Clichy-Montfermeil et suivre tout le parcours de l’eau au 17e siècle jusqu’aux Grands Voisins dans le 14e.

 

Quels sont les artistes emblématiques de cette édition ?

Cette édition de Nuit Blanche est intergénérationnelle, on a des artistes âgés comme Yona Friedmann qui a 90 ans, Alain Arias-MIsson qui a 75 ans, et des artistes très jeunes comme Vivien Roubaud ou Léonard Martin.

 

Quels seront les temps forts ?

Un des temps forts de cette édition du mouvement est la Grande Traversée organisée avec notre partenaire Adidas et la fédération française d’athlétisme. Nous proposons au public des petits marathons culturels avec différents parcours ! Les coureurs visiteront les lieux culturels très prestigieux : ils entreront de manière fluide dans le Louvre, le théâtre du Châtelet, le musée des arts décoratifs, le théâtre des Champs Elysées, le théâtre de Chaillot, la Conciergerie ! Cette grande traversée ouverte à 1 500 coureurs sur pré-inscription permet d’ouvrir Nuit Blanche à un autre public.

Croquis du vélodrome. Virginie Aracil.

 

Un autre temps fort de cette édition sera le Vélodrome installé sur le périphérique ! C’est un acte fort et symboliquement écologique : il s’agit de fermer le périphérique entre les portes de Pantin et de la Villette aux voitures, et de donner pour une nuit le périphérique aux vélos et aux piétons ! Ça sera une vraie expérience de la ville avec une vue magnifique sur Paris et la banlieue ! Le collectif 1024 architecture fera une installation lumineuse sur tout ce tronçon du périph’! Ça sera le grand point de rendez-vous pour tout ceux qui veulent vivre la Nuit Blanche jusqu’au petit matin !

 


 

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