L’art en lutte : 4 expos politiques à voir à Paris

L’art est nécessairement politique, certes. Mais certains artistes placent l’engagement au cœur de leur démarche. Leurs expositions nous font un bien fou, en nous reconnectant avec nos envies de lutte et de monde meilleur. Parcours en ville, en quatre étapes. 

 

L’art contemporain javanais à l’ICI

Photo d'un Indonésien dans le sable
© Mella Jaarsman/ Mie Cornoedus

 

Pour la première fois depuis sa création il y a un peu plus de dix ans, l’Institut des Cultures d’Islam invite ses visiteurs à un voyage en Asie. Et plus exactement sur l’île de Java, en Indonésie. Centre économique et culturel de l’archipel indonésien, Java voit grandir en son sein de nombreux artistes, la plupart très concernés par les questions politiques. Au fur et à mesure de l’exposition, les thématiques brûlantes de la colonisation, de la faim sans fin des promoteurs immobiliers et du problème écologique sont ainsi abordées à travers peintures, photographies et installations. Passionnant, ce panorama sensible de la création contemporaine javanaise témoigne d’une certaine urgence de l’art.

JAVA – Art Energy 
Jusqu’au 24 février 2019 à l’Institut des Cultures d’Islam, 19 rue Léon, 18e

Pour en savoir plus, c’est par ici.

Ron Amir au MAMVP

Photographie d'un arbre par Ron Amir
© Ron Amir

 

Ron Amir est un photographe israélien né en 1973, intéressé par les problématiques des communautés marginalisées. Preuve en est avec sa nouvelle exposition, actuellement présentée au Musée d’art moderne de la ville de Paris : une série d’images datant des années 2014-2016, qui capture les conditions de vie de réfugiés venus du Soudan et d’Erythrée retenus dans un centre de détention situé dans le désert du Néguev (au sud d’Israël). Documentaires, ces images racontent une histoire sans visage, sans corps. Car Ron Amir ne photographie que les objets, les paysages, les huttes de fortune que se sont construits les réfugiés, enfermés là.  Poignant.

Ron Amir. Quelque part dans le désert
Jusqu’au 2 décembre 2018 au Musée d’Art moderne de la ville de Paris, 11 avenue du Président Wilson, 16e

 

Gaëlle Choisne à Bétonsalon

© Gaëlle Choisne

 

Situé au cœur du campus de l’université Paris-Diderot, le centre d’art contemporain Bétonsalon a proposé à l’artiste d’origine haïtienne Gaëlle Choisne d’investir ses murs pour « parler d’amour« . Celle-ci ne s’est pas laissée décontenancer par l’ampleur de la tâche et propose aux visiteurs de pénétrer dans un Temple of Love féministe, décolonial et queer, fabriqué de toutes pièces pour l’exposition.

Dès l’entrée, chacun est invité à se déchausser pour tremper ses pieds dans le PEDILUV, une œuvre faite de velours et d’eau où l’on s’assoit un instant pour lire les ouvrages mis à disposition. Puis, après être passé dans l’installation Seulement le début d’un péristyle qui fait figure d’entrée architecturale dans l’expo, le visiteur pénètre dans une salle relativement chaotique où les références s’entremêlent. Avec, entre autres, une œuvre textile de Hessie, artiste noire décédée l’année dernière, choisie par Gaëlle Choisne pour rendre hommage aux artistes femmes méconnues.

Temple of Love
Jusqu’au 15 février 2019 à Bétonsalon, 9 esplanade Pierre Vidal-Naquet, 13e

 

August Sander au Mémorial de la Shoah

© August Sander

 

Il n’est pas encore trop tard pour découvrir la belle (et gratuite) exposition du Mémorial de la Shoah, consacrée au photographe allemand August Sander (1876-1964). Intitulée Persécutés / persécuteurs des Hommes du XXe siècle, elle présente une série de portraits réalisés pendant le IIIe Reich, en 1938, faisant poser tour à tour personnalités nazies et juifs entre les murs de son studio de Cologne. Un face-à-face des plus troublants, signé par l’un des plus grands maîtres du portrait photographique (avec quelques images de son fils Erich, mort en prison pendant la guerre).

Persécutés / persécuteurs des Hommes du XXe siècle
Jusqu’au 15 novembre 2018 au Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy l’Asnier, 4e