A Montreuil, l’art contemporain s’expose dans des vergers en friche

C’est l’été, pourquoi s’enfermer dans des musées alors qu’on peut se cultiver en plein air ? Jusqu’au 22 septembre, des œuvres de « land art » sont exposées aux Murs à Pêches, superbe espace vert autogéré à Montreuil. Pensées pour se fondre dans le paysage, ces 18 créations questionnent notre rapport à la nature. 

Les Baigneuses de Charlotte Jude ®JeromeCombe-TIGE-Ville de Montreuil
Les Baigneuses de Charlotte Jude © Jerome Combe-TIGE-Ville de Montreuil

 

Une fois entrés dans cet espace vert de 35 hectares où poussent pêchers et herbes folles, difficile de se souvenir que nous sommes toujours en Seine-Saint-Denis. Les Murs à Pêches sont d’anciens vergers vieux de quatre siècles, réinvestis par des associations depuis les années 1990. C’est là que l’association T.I.G.E (Travaux d’Intérêts Généreux Extérieurs) organise l’exposition la plus champêtre de l’été. Perchées dans les branches d’un arbre, creusées à même le sol ou cachées entre les feuillages, 18 œuvres d’art contemporain surgissent d’un peu partout et surtout de là où on ne s’y attend pas.

Posées au sol contre un mur décrépis, voici d’abord Les Baigneuses de Charlotte Jude, bustes de femmes enceintes en lichen, cire d’abeille ou terre cuite. Pour l’artiste, ces sculptures représentent la fécondité, la transmission et les liens entre futur et passé. Plus haut dans le parc, on peut s’abriter sous l’oeuvre de Géraldine Michon, un petit dôme en végétation, entre la cabane d’enfants et le refuge pour amoureux. C’est une création en constante évolution au gré de la croissance des arbustes. Citons aussi les tissages colorés de la jeune Marie Van de Walle, en fin d’études d’art à Bruxelles. Avec des cordes en chanvre fluo, elle a réalisé un épais macramé qui court le long des arbres à la manière d’une maladie végétale – c’est un symbole poétique de la menace que font peser nos déchets sur la nature.

Le point commun entre ces installations ? Toutes relèvent du Land Art, pratique née dans les années 1960 qui consiste à créer au cœur d’un paysage, et à observer l’oeuvre se détériorer avec le temps. Les 15 artistes sélectionnés ont traîné leurs guêtres ici pendant des mois, choisi leur emplacement avant de se mettre au travail, en pleine nature.

Plus qu’une exposition

La mystérieuse cabane de Géraldine Michon ®Jerome Combe-TIGE-Ville de Montreuil
La mystérieuse cabane de Géraldine Michon © Jerome Combe-TIGE-Ville de Montreuil

 

Nous sommes pris dans une balade un peu magique dans ce monde à part que sont les Murs à Pêches. Ici, dès le XVIIe siècle, on a fait pousser des pêches de renommée mondiale, prisées jusqu’à la table de la reine d’Angleterre et de certains tsars de Russie ! Quand l’activité agricole a cessé au milieu du XXe siècle, les vergers sont tombés en décrépitude. Jusqu’à ce que des associations s’y installent spontanément, en totale autogestion. Elles sont aujourd’hui une quinzaine. Il y a celles qui jardinent, celles qui ont installé un théâtre en plein air ou encore celles qui fabriquent des teintures artisanales avec des fleurs plantées sur place. Tous, par leur présence et leurs combats, ont contribué à sauver (pour l’instant) ce poumon vert tout près de Paris. Chaque année, la Fédération des Murs à Pêches organise le Festival des Murs à Pêches, grand rendez-vous festif autour du spectacle vivant qui a réuni cette année quelque 20 000 personnes.

L’association T.I.G.E propose des visites guidées gratuites et des ateliers créatifs animés par des artistes. D’après Louis du Bot, coordinateur artistique, « l’intention est aussi politique : en laissant les gens circuler, on leur permet de découvrir cet espace habituellement fermé, de s’y attacher… Et peut-être vont-ils eux aussi se mobiliser pour le préserver ! »

Car la crainte des amoureux des Murs à Pêches est la même depuis des décennies : voir les arbres coupés et pour être remplacés par des immeubles en béton. Tant que les jardins sont là, ils tiennent à les faire vivre de mille manières. T.I.G.E compte bien recommencer l’opération dans les années à venir, pour faire éclore à chaque printemps de nouvelles œuvres d’art sauvages.

Exposition Land Art aux Murs à Pêches, du 6 avril au 22 septembre
Visites guidées et ateliers gratuits. Calendrier à retrouver sur Facebook

Animations spéciales prévues pour les Estivales de la permaculture les 14 et 15 septembre et pour les Journées Européennes du Patrimoine les 21 et 22 septembre. Au programme : ateliers de land art, concerts, visites guidées…

Accès aux Murs à Pêches : 8 impasse Gobetue, à 15 minutes à pieds de la station de métro Mairie de Montreuil
Les jardins sont ouverts au public tous les dimanches de 14H30 à 17h30