Ad noctum

Les danses de salon vous semblent appartenir à un temps révolu ? Pas avec Christian Rizzo. Quand cette figure de la scène chorégraphique française contemporaine se penche sur la rumba, le tango ou la valse, cela donne un bel hommage à l’obscurité lorgnant vers Les Nocturnes de Chopin… mais strié de déflagrations électroniques.

En optant pour cette partition musicale très éloignée des rythmes associés à ces danses, Rizzo creuse une écriture personnelle éprouvée à travers un précédent travail de groupe, « D’après une histoire vraie », axé sur les danses folkloriques. Et affiche son identité de créateur polymorphe pétrie de multiples sources chorégraphiques (rock, stylisme, arts plastiques, danse).

Pensée pour deux de ses interprètes emblématiques (Kerem Gelebek et Julie Guibert), Ad Noctum conjugue lumière (Thierry Cabrera), son (Pénélope Michel et Nicolas Devos) et images numériques (Luan-Han Chiang) autour d’une réflexion diffractée sur les ombres et la douceur de la nuit. Sur le plateau zébré de motifs géométriques en noir et blanc, les deux danseurs s’élancent dans un pas de deux subtil et parviennent à tisser une histoire contemporaine de la danse de salon : les corps se frôlent, s’éprouvent entre gestes tournoyants ou saccadés. Puis le décor s’électrise (une cabine transparente éclairée de néons) et nos danseurs se font Pierrots lunaires pour une séquence finale hypnotique.

Le soin apporté à la création musicale (« Cercueil-Puce »), aux musiques additionnelles (Arvo Pärt), aux costumes (Laurence Alquier) et au graphisme (Michel Martin) décuple l’écho sensible de cette expérience inédite : 55 minutes évidentes et complexes, simples et inattendues.

Note : 4/5