Adèle Exarchopoulos, l’insoumise tranquille

Comédienne passée soudainement de l’ombre à la lumière avec La vie d’Adèle, Adèle Exarchopoulos incarne une femme révoltée et violemment passionnée dans Les anarchistes. Une autre romance sur fond d’idéaux révolutionnaires, parfait pour la belle rebelle.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle de jeune femme embarquée dans un groupuscule anarchiste en 1899 ?

Adèle Exarchopoulos : Pour l’amour du risque ! Afin d’apprivoiser un personnage qui est placé dans un contexte que je n’ai jamais exploré et qui est fascinant, cet esprit de bande et de fraternité dans la lutte. Le casting également me plaisait énormément.

Est-ce qu’on oublie facilement un rôle comme celui-là en rentrant chez soi ?

Non, mais c’est le métier d’acteur qui veut ça. Parfois, de façon inconsciente, des personnages que l’on incarne peuvent exacerber certains traits de ton caractère. Tu as des surprises… Il y a des choses qui restent en toi, des élans de courage, de passion.

Comment s’est passée la rencontre avec Tahar Rahim ?

Très naturellement, de façon assez fluide. Nous nous sommes rapidement apprivoisés, pour devenir complices dans le jeu. Nous avons trouvé un rythme commun, comme dans une chorégraphie. Nous partageons aussi un parcours qui est un peu similaire. Nous sommes passés de l’ombre à la lumière dans un court laps de temps.

Quelle a été la chose la plus difficile à faire sur ce film ?

Contrôler mon phrasé, mon élocution. Ne pas parler trop vite, me défaire de mon accent un peu urbain, la façon de marquer les « r », toutes ces choses-là. Ça se travaille avec des coachs spécifiques. Mais ça revient très vite… (rires)

Le film était en sélection à la Semaine de la Critique à Cannes. Vous êtes habituée maintenant ?

Non, pour moi chaque Festival de Cannes est particulier. Tu le partages avec des gens différents. Peut-être que parfois tu es pris dans l’habitude de l’exercice de la promotion, mais ça reste nouveau à chaque fois.

Comment choisissez-vous vos rôles ?

Le rôle, l’histoire et le réalisateur. Ce sont les trois ingrédients que je mets en balance. C’est Tahar Rahim qui m’a appris ça. Avant j’avais tendance à plus me jeter, parce que j’aimais le rôle, tout simplement, et je ne faisais pas forcément attention à l’histoire.

Hasard du calendrier, Léa Seydoux, votre partenaire dans La vie d’Adèle, est à l’affiche du James Bond qui sort en salles le même jour que Les Anarchistes. Ça vous fait peur ?

En fait, je ne réfléchis jamais vraiment à ces choses-là. À partir du moment où le film sort, il ne m’appartient plus. Je ne vais pas aller voir les entrées. Bien sûr que James Bond va nous faire de l’ombre, mais il y a de quoi.

Et vous ? Où en êtes-vous de votre carrière internationale ?

J’attends que The Last Face, le film que j’ai tourné pour Sean Penn avec Javier Bardem et Charlize Theron, sorte. J’étais à Los Angeles début 2014 pour recevoir un prix et mon agent m’a dit que Sean Penn voulait me rencontrer, je n’y ai pas cru. J’ai passé un moment avec lui. C’était extraordinaire et d’ailleurs j’ai toujours du mal à y croire.

De quoi rêvez-vous maintenant ?

Que ça continue. Que l’on me propose des projets qui, humainement et artistiquement, me plaisent, m’interpellent, me touchent. La prochaine aventure, c’est le film de Michaël Roskam, le réalisateur de Bullhead, avec encore Matthias Schoenaerts. Et puis ce sera le prochain André Téchiné.

Pour terminer, vous n’avez que 21 ans, où vous voyez-vous dans 10 ans ?

Je ne me projette pas. Je n’aime pas ça. Je préfère ne pas savoir. Je ne visualise ma vie, au maximum, qu’à la semaine suivante.

Les Anarchistes, d’Elie Wajeman, avec Tahar Rahim, Adèle Exarchopoulos et Swann Arlaud. Drame. Sortie le 11 novembre.