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AKAA : la foire d’art contemporain africain à Paris monte en puissance

Quatrième édition pour AKAA : la foire d’art contemporain africain à Paris qui s’est imposée en seulement quatre ans, comme un rendez-vous culturel parisien incontournable. Sur trois jours consécutifs du samedi 8 au lundi 11 novembre, elle a réuni au Carreau du Temple, plus de 50 exposants et pas moins de 130 artistes. Parmi cette profusion de propositions artistiques très pointues, voici nos coups de cœur repérés cette année sur la foire.

Georgina Maxim (Zimbabwe), Galerie 31 project (France)

Georgina Maxim, Solo Show. Textiles, techniques mixtes, 2019. Courtesy de l’artiste et de 31 Project.      Photo Claire Nini

 

Georgina Maxim est présentée en solo show pour la première fois en France par la galerie 31 project qui participe elle aussi pour la première fois à AKAA. Cette artiste représente en ce moment son pays à la Biennale de Venise sur le Pavillon zimbabwéen.

Techniques

Couture et techniques mixtes

Pour résumé l’univers de l’artiste en 5 mots

Vêtements de seconde main, art thérapeutique, couture, mémoire, guérison

Le mot de la galeriste Clémence Houdart

Georgina crée des pièces abstraites grâce à des centaines de bandelettes de vêtements fragmentées. Elle travaille sur la mémoire de l’étoffe et la mémoire des gens qui ont habité ces vêtements. Au Zimbabwe, quand quelqu’un décède, ses vêtements sont dispersés sur la place publique sans même demander l’avis de la famille du défunt. C’est un travail textile fort qui dénonce cette tradition ancestrale shona. L’artiste collecte, rassemble ces vêtements qu’elle coud entre eux, elle répare les cicatrices et restaure ces mémoires pillées. Elle crée à partir de ces mémoires de nouvelles narrations.

 

Francisco Vidal (Portugal), Namalimba (Angola)

Francisco Vidal devant le portrait de Bisi Silva. Courtesy de l’artiste. Curator : Namalimba Coelho. Installation de 60 portraits de la série Landsapes and African Hair Cuts. Peinture à l’huile sur machettes. Photo : Claire Nini

 

Francisco Vidal est l’artiste choisi cette année pour exposer dans la partie souterraine de la foire : AKAA Underground où se sont déroulées les rencontres et les conférences. Un lieu d’échanges et de pensées où la maison d’édition pionnière Présences Africaines a été largement représentée cette année. Sous le commissariat de Namalimba, Francisco a présenté une soixantaine de portraits d’artistes présents sur la foire ou influents dans le milieu de l’art et de la pensée africaine.

Techniques

Peinture à l’huile sur papier et sur machettes

Le mot de la curatrice

L’installation de Francisco dont je suis la « curator » s’appelle Paysages contemporains, au-delà du trait. Il s’agit de questionner les limites  des horizons et des frontières de la pensée contemporaine. Il est temps de secouer ces limites et d’inaugurer de nouvelles narrations qui soient moins eurocentrées. 

 

Boris Nzebo (Cameroun), Galerie Mam (Cameroun)

Boris Nzebo, Galerie Mam. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Claire Nini

Boris Nzebo, est un artiste camerounais représenté par la Galerie Mam mais aussi par la galerie londonienne Jack Bell. Il n’était pas présent à la foire AKAA à Paris, car invité au même moment à la foire d’art contemporain de Lagos.

L’univers de l’artiste en 3 mots

Coiffures, architectures, paysages urbains

Techniques

Peinture acrylique et feutres Posca

Le mot du galeriste

Boris Nzebo a commencé par peindre des enseignes de salon de coiffure. Pour lui, les coiffures sont très symptomatiques des réalités de nos sociétés. Dans son travail, on retrouve toujours des têtes coiffées mais intégrées à des scènes urbaines. Mais en regardant dans le détail, Boris évoque des réalités sociales comme le chômage des jeunes au Cameroun. Il fait juste état des choses sans invective, sans caricature…  

Nelson Makamo (Afrique du Sud), Botho Projet Space (Afrique du Sud)

Nelson Makamo devant son oeuvre. Fusain, Acrylique et pastel sur papier. Courtesy de l’artiste et de Botho Projet Space. Photo Claire Nini

Nelson Makamo a fait en février 2019 la couverture du Time Magazine. Il est collectionné entre autres par Barack Obama.

Techniques

Peinture et dessin sur tout type de supports

La ligne directrice de l’artiste

Donner une image plus actuelle et plus positive de l’Afrique du Sud, et sortir des clichés négatifs sur l’Afrique.

Le mot d’Anna Reverdy, cofondatrice de Botho Project

Le Botho Project space est un projet que j’ai fondé avec Nelson Makamo. Nous ne sommes pas une galerie, nous ne représentons pas les artistes mais nous travaillons et accompagnons des artistes sur des projets coups de cœur. 

 

Atsoupé (France), Anne de Villepoix (France)

Atsoupé, Mes poupées. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Claire Nini

Techniques

Tissus, perles, tutu de danseuse

Le mot d’Atsoupé, l’artiste

C’est une réplique de mes jambes ! C’est un autoportrait en jambes ! C’est une poupée  murale, une poupée chiffons tête renversée. J’aime travailler avec les poupées comme des pantins agiles que je manipule à souhait. Cela me permet de comprendre des mouvements que je suis moi-même incapable d’exécuter, même si la danse m’inspire beaucoup.

Le mot du galeriste à propos de cette installation

C’est un travail très sensible, très intime. On touche au mental et à l’émotion. Ce sont des jambes transpercées par une lame rouillée qui fait référence au temps. Nous sommes dans un souvenir violent même si de prime abord ça peut sembler très joyeux … Mais en fait on se rend compte que c’est amer : c’est aigre-doux ! (rires)

Fathia Zemmouri (Maroc), Galerie 38 (Maroc)

Elena Belli, assistante galeriste devant l’oeuvre de Fathia Zemmouri. Courtesy de l’artiste et de la galerie 38. Photo Claire Nini

 

Fathia Zemmouri est une artiste marocaine qui vit et travaille entre Casablanca et Marrakech.

Techniques :

Peinture et encre sur Plexiglas

Les thématiques abordées par l’artiste en 3 mots :

Histoire coloniale, cartes géographiques, cartes postales …

Le mot de l’assistante galeriste Elena Belli

Ces cartes froissées sont une métaphore pour montrer comment l’Afrique a été manipulée par les colons. 

 

Joseph Obanubi (Nigeria) , Galerie André Magnin (Paris)

Joseph Obanubi, photo tirage jet d’encre, 75 x 75 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Claire Nini

 

Joseph Obanubi est sans doute l’un des talents les plus jeunes de cette foire. A seulement 24 ans, c’est sa première venue à Paris dans le cadre d’Akaa pour cet artiste nigérian qui vit et travaille à Lagos. L’univers de ce jeune artiste prometteur a été découvert par la galerie Magnin-A via les réseaux sociaux, et notamment grâce à son compte instagram.

Techniques

Collage photo, impressions au jet d’encre.

L’univers de l’artiste en 3 mots

Afrofuturiste, Afrosurréaliste, pop art acidulé

Le mot du galeriste

Chaque oeuvre est totalement différente. Joseph a un univers qui lui est propre. Il maîtrise parfaitement ses outils. La réalisation est super belle, sans aucun défaut. Il y a un équilibre impressionnant entre la conception et les couleurs ! Une vraie maîtrise graphique pour ce gamin de seulement 24 ans ! C’est parfaitement réalisé ! Il y a beaucoup de positivité dans son travail ! 

Prince Gyasi (Ghana), Nil Gallery (Paris)

 

Prince Gyasi devant ses photographies. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo Claire Nini

 

Autre artiste très jeune de cette foire : Prince Gyasi, 24 ans originaire du Ghana, il vit et travaille à Accra où il est né. Il fait de la photographie depuis ses 16 ans, il a commencé avec son premier smartphone. Aujourd’hui, il continue à travailler avec son iPhone. Il définit son travail comme une thérapie avec les couleurs. Grâce à l’argent qu’il gagne avec ses photos, il a investi dans une Fondation pour aider les enfants des rues.

Techniques

Photographies iPhone

Le mot du galeriste

Pour lui, l’essentiel c’est de transmettre des émotions. Avec peu de moyens techniques, et juste un téléphone, on peut faire des grandes et des belles choses. La couleur est prédominante dans son travail, il étudie leur impact sur notre cerveau et notre bien-être. Ses photos égaient la vie de tous les jours !

Saïdou Dicko (Burkina Faso), Artco Gallery (Allemagne)

 

Saïdou Dicko devant ses oeuvres. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Claire Nini

 

Techniques

Photo, montage et collage numérique, et peinture acrylique

L’univers de l’artiste en trois mots

Ombres, humain, humilité

Le mot de Saïdou Dicko, l’artiste

Je fais des photos et ensuite je peins pour transformer les personnages en ombre pour qu’ils ne soient pas reconnaissables car ce qui  m’intéresse c’est l’humain. Cette série s’appelle Shadow People. Je fais voyager les gens que je prends en photo au Burkina par exemple et que j’intègre dans des paysages à New-York. Moi j’ai la chance de pouvoir voyager grâce à mon art, et je suis conscient que certains n’ont pas cette chance. Grâce à mes montages photographiques je peux faire voyager ces personnes.