Alber Elbaz / Lanvin, Manifeste

En 2008, dans un très bel ouvrage paru aux éditions Assouline, nombre de stylistes se livraient à l’épreuve du « Fashion Questionnaire », soit une sorte de questionnaire de Proust version mode. Alber Elbaz, alors déjà depuis sept ans à la tête de la maison Lanvin, s’y distinguait par son humour et ses choix affûtés, avouait son admiration pour le photographe Guy Bourdin et finissait son interview en assénant sa propre « devise fashion » : « l’imperfection ! ».

Avant que ne démarre à la Maison Européenne de la Photographie, l’exposition « Manifeste » qui donne un éclairage sur son parcours – plutôt qu’elle ne le retrace – de directeur artistique de la plus ancienne maison de couture parisienne, beaucoup s’interrogeaient. Après la rétrospective institutionnelle du Musée Galliéra pour les 125 ans de Lanvin, à quoi allait ressembler cette galerie imaginée par Alber Elbaz, personnage aussi talentueux qu’atypique ? Car dans un univers plus que tout autre voué à l’image, le créateur détonne. Pas du tout du genre accro à la photo (non, il n’a pas de compte Instagram), il sait l’utiliser autant que s’en méfier. « Ce qui est beau à l’écran, dit-il, n’est pas forcément beau ou confortable sur le corps. » Au résultat, bien sûr, pour l’occasion, le couturier ne s’est pas contenté de sélectionner des clichés, mais il a thématisé, décousu, assemblé. Des modèles de face, mais aussi de dos, des très grands formats et des petits, des lightbox et des croquis, du noir et de la couleur (beaucoup de rouge, forcément), des mannequins et des petites mains, des défilés et des backstages, et puis aussi, posés sur des « Stockmen » de vrais vêtements, mais pas finis. Loin d’un monde de papier glacé et même d’une exposition-photo comme on l’entend, on se sent chez Alber Elbaz, presque comme à la maison. Ce Manifeste est fidèle à sa conception des choses : grandiose et volontairement imparfait.