Scène d’Alex Majoli : Entre représentation du réel et théâtralité

Sous le double commissariat de Diane Dufour et de David Campany, Scène, la nouvelle exposition du BAL, donne une carte blanche exceptionnelle à Alex Majoli et à ses photographies du réel. Toutes les images en noir et blanc sont prises en plein jour avec des flashs tellement puissants qu’il en résulte des photos-tableaux où la noirceur du monde devient un spectacle esthétique saisissant de réalité. Le regardeur est interpellé sur sa propre responsabilité quant au sort de ses semblables. Une exposition poignante à voir jusqu’au 28 avril 2019.

 

Les photographies d’Alex Majoli interrogent les frictions entre la réalité et la fiction

L’exposition Scène a déjà été présentée dans une forme plus réduite au Musée des Beaux Arts de Ravenne, ville natale d’Alex Majoli, photographe représenté par la galerie Howard Greenberg à New-York. Au BAL, l’exposition est coproduite par l’Institut culturel italien. Rassemblant un projet de huit ans où le photographe, membre éminent de Magnum Photos, a parcouru l’Europe (Grèce, Turquie, Hongrie, Bulgarie…), la Chine, le Brésil, l’Egypte, le Congo Brazaville et l’Inde pour prendre ses clichés selon un procédé très théâtral. Les images sont réparties dans l’espace d’exposition par pays et se lisent en ligne avec une succession de clichés au format identique comme un déroulé thématique où les événements comme les non-événements ont la même importance.

« Ce travail est comme une performance. C’est une expérimentation, qui mêle le photojournalisme, et mon goût pour le théâtre et la peinture de Caravage ou de Giotto. Je me suis interrogé sur les frictions entre réalité et fiction, j’ai beaucoup étudié Pirandello qui a théorisé sur le monde comme une scène. J’ai essayé de m’introduire dans le réel, dans la société, en faisant face à des événements du quotidien. Ce n’est pas un geste dérobé, mais j’installe un studio dans la vie réelle avec des lumières imposantes sans rien dire aux gens qui sont photographiés pour observer leurs réactions. » explique le photographe Alex Majoli à propos de son travail en général et de cette exposition présentée au BAL jusqu’au 28 avril 2019.

David Campany, co-commissaire de cette nouvelle exposition au BAL consacrée au travail d‘Alex Majoli, précise : « Toutes les images d’Alex sont faites de jour en pleine lumière, donc la décision d’utiliser un flash n’est pas une nécessité technique, mais c’est un choix artistique délibéré. Les flashs sont à la fois très puissants et extrêmement fugitifs, ils n’aveuglent personne car les images sont faites en plein jour, ce sont comme des minis étincelles. La puissance des flashs permet ce résultat étrange de pénombre voire d’obscurité totale. Le flash crée une forme d’irréalité qui n’apparaît qu’au résultat final quand la photo est tirée, ni Alex, ni les gens qui sont sur la photo n’ont réellement vécu cette scène ».

République du Congo, 2013, Scene # 5370 © Alex Majoli / Magnum Photos

 

Alex Majoli capture le déclin de l’Europe à la façon du peintre Giotto

Au sous-sol du BAL, on se retrouve face à une grille d’images déjà présentée aux Rencontres de la photographie à Arles, projet soutenu par la Fondation Guggenheim que l’artiste a baptisé « Titanic » pour illustrer la chute de l’Europe contemporaine.

Diane Dufour, directrice du BAL et co-commissaire de cette exposition commente : « Le Brexit, les attentats terroristes à Paris, la crise à Athènes, la montée des partis d’extrêmes droites en Europe, et la question migratoire… C’est un condensé simultané d’images prises par Alex qui a arpenté l’Europe dans toute sa confusion, ses contradictions, ses peurs… C’est un récit épique de vignettes à la manière de Giotto, une fresque qui se contemple comme un chaos harmonieux. Toutes ces images interpellent les spectateurs sur ce qu’ils voient. C’est en cela que le travail d’Alex touche à la vulnérabilité humaine. » 

 

alex majoli
Grèce, Lesbos, 2015, Scène, #0302, © Alex Majoli / Magnum Photos

 

Une prise de conscience nécessaire qui est amplifiée par le noir et blanc des photographies. Pour poursuivre la réflexion, en sortant de l’exposition, offrez-vous le catalogue Scene coédité par le Bal et Mack. Dans le prolongement de l’exposition, un cycle de spectacles et de performances intitulé Voir et Agir viendra rythmer l’exposition durant toute sa durée. Il réunira des chorégraphes, des artistes et des chercheurs. Deux journées de séminaire seront également animées par Corine Rondeau sur les questions de mise en scène de la réalité.

Tous les détails sur la programmation ici 

Le BAL
6 impasse de la Défense, 18e
Plein tarif : 7 euros ; réduit : 5 euros
Ouvert le mercredi de 12h à 22h, les jeudis, vendredis, samedis, dimanches de 12h à 19h