Alexandra David-Néel, l’exploratrice

Quel destin incroyable que celui d’Alexandra David-Néel (1868-1969) ! Première Occidentale à avoir rallié la capitale tibétaine, féministe, écrivaine, exploratrice… Le Musée Guimet retrace la riche existence de cette aventurière hors du commun.

Photographies, lettres, manuscrits nous racontent la formidable épopée tibétaine d’Alexandra David-Néel. C’est au Musée Guimet que naît, alors qu’elle poursuit une carrière de cantatrice, sa vocation de « débutante orientaliste ». Rien d’étonnant à ce qu’elle décide à la fin de sa vie de léguer au musée la totalité de sa bibliothèque tibétaine, ainsi que des peintures et masques de danses rituelles, aujourd’hui exposés.

Au cours de ses deux grands séjours en Asie (1911-1925 et 1937-1946), cette exploratrice de l’extrême est photographiée dans divers monastères isolés, qu’elle atteint au prix d’éprouvants et périlleux voyages. En 1914, elle qui est assaillie par les attaques combinées d’une grippe et d’une otite, ne renonce pourtant pas à accompagner le maharajah du Sikkim en randonnée, en pleine tempête de neige. Plus loin, on la découvre dans son ermitage au nord du Sikkim : une modeste cabane accrochée au flanc d’une montagne et léchée par les rayons du soleil. De ce cliché émane une grande douceur, une impression de calme.

En février 1924, la « dame-lama », âgée de 56 ans, arrive à Lhassa, après un voyage clandestin de 2000km qui dure plusieurs mois. Elle est la première Européenne à pénétrer dans la capitale du Tibet. Plus tard, elle écrira : « Je riais, maintenant, toute seule dans la nuit, au milieu de la brousse. « On ne passe pas ! ». Vraiment ? Une femme passerait, une Parisienne ».

Cette vie d’exploratrice ne peut se conjuguer avec une quelconque vie de famille ; mais elle entretient, avec son mari, une importante correspondance épistolaire. De son écriture minuscule, elle remplit des lettres, des carnets, que l’on déchiffre avec émotion. Sa plume dessine également des croquis d’itinéraires au Tibet sur de fragiles bouts de papier, qui ont miraculeusement traversé quelques décennies pour nous parvenir.

Et elle sait si bien se fondre dans cette culture qui la fascine que, lorsqu’elle pose aux côtés d’une Tibétaine en 1913, leurs visages semblent façonnés par la même main, avec la même glaise. Elle adoptera d’ailleurs un jeune Tibétain, Yongden, son assistant. Au passage, on remarque dans l’exposition que celui-ci fait un bien piètre photographe… Lorsqu’il prend un cliché d’Alexandra David-Néel, il lui coupe systématiquement le haut de la tête !

Au milieu de nombreuses représentations de Bouddha, on admire la beauté et l’état de conservation de manuscrits des 18e et 19e siècles. Et, à la finesse des dagues rituelles sculptées au 19e siècle succèdent de sympathiques masques de danse Cham, aux diadèmes ornés de crânes.

Par ses ouvrages, articles et conférences, Alexandra David-Néel a permis à l’Occident de découvrir la culture et le bouddhisme tibétain. Personnalité hors-norme, elle a mené une vie inspirante, exigeante, guidée par la passion.

 

« Alexandra David-Néel : Une aventurière au musée », Jusqu’au 22 mai au Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6, place d’Iéna, 16è, M° Iéna. Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h. Entrée : 9,50€ / 7€ (réduit). www.guimet.com