Alicia Plante – Les Eaux Troubles du tigre

Un billet d’avion pour Buenos Aires ? Cela vous tente ? Ce sera 18 €, et une hôtesse charmante, enfin, façon de parler, car la romancière argentine Alicia Plante vous a mitonné un récit plutôt sombre et tragique, le meurtre d’un couple aux confins de cet entrelacs de canaux mystérieux et boueux du Delta du Tigre.

Les fantômes de la dictature argentine

C’est là, dans une cabane isolée sur pilotis, que la police retrouve les corps de Raul Galvan, un scénariste désargenté et maître chanteur, et de son amie, une comédienne du nom de Silvia Martinü. Deux enquêteurs, le juge Leo Resnik et une amatrice, Julia, tentent de démêler l’écheveau complexe d’un double assassinat peut-être lié aux Folles de la place de Mai, ces mères qui défilaient pour protester contre les disparitions de leurs enfants pendant la dictature, aux bébés volés probablement revendus à d’autres familles. Le delta du Tigre, avec ses mauvaises odeurs et ses secrets, est presque un personnage à part entière dans un  récit nimbé de fantômes et de violence chronique. Mais, contrairement à ce que supposeraient la symbolique de l’eau et la belle et inquiétante couverture, l’écriture n’est jamais poétique ni lyrique. Alicia Plante adopte un style sec, nerveux, implacable, pour raconter un drame sans héros et sculpter un polar glaçant.

Traduit de l’espagnol par François Gaudry
Éditions Métailié
18 , 234 pages.