Amours fauves

Depuis quelques semaines, une exposition s’inspirant et réinterprétant la nouvelle de Balzac « Une Passion dans le désert » a investi les collections permanentes de la Maison de Balzac.

Depuis quelques semaines, une discrète exposition a investi les collections permanentes de la Maison de Balzac, dans le 16e arrondissement. Elle s’inspire de la nouvelle de l’écrivain intitulée Une Passion dans le désert, dont elle propose une interprétation subtile et singulière, à découvrir jusqu’au mois de mai.

Après avoir assisté à la prestation d’un dresseur de fauves, le narrateur raconte l’aventure amoureuse d’un soldat de l’armée de Bonaparte qui, perdu au milieu du désert égyptien, a rencontré, craint et finalement aimé une panthère, avec passion. Tel est le résumé du très beau court roman de Balzac dont il est ici question.

Outre les dessins et gravures de Paul Jouve (illustrations d’une édition de luxe de 1949), les impressionnantes peintures de Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati valent particulièrement le détour. Réalisées en 1964 par ce trio emblématique de la Figuration narrative, elles sont au nombre de treize, comme autant d’étapes dans le parcours de l’exposition. Que l’on se rassure, nul besoin d’avoir lu la nouvelle pour apprécier pleinement l’ensemble (même s’il serait dommage de se priver d’un tel plaisir) : chaque tableau est accompagné d’un extrait du texte d’origine et l’histoire se déroule sous nos yeux, dans le calme du musée.

Le récit, d’une riche et sensible complexité, se voit ainsi mis en scène et gagne encore en intensité. Dans les sables du désert, l’armée de Bonaparte semble apparaître au loin, comme dans un mirage… Une façon d’évoquer, avec délicatesse, la solitude du soldat perdu. Plus loin, ce sont trois soleils figurés dans un même ciel qui viennent signifier, simplement, le passage du temps. Plus surprenante est la représentation du baiser entre l’homme et la bête, digne de l’affiche d’une romance hollywoodienne : les yeux dans les yeux, ils tendent leurs visages l’un vers l’autre, dans l’attente du contact. De cet ensemble d’œuvres émane une énergie rare, sauvage, parfois troublante.

Entre exotisme et anticonformisme, peintures et roman travaillent ensemble à mettre en lumière un amour hors norme, au milieu des couleurs éblouissantes du désert. L’exposition constitue ainsi une poignante réflexion sur la condition humaine, et s’achève sur ces ultimes mots du soldat : « Dans le désert, voyez-vous, il y a tout et il n’y a rien… […] C’est Dieu sans les hommes… »

Une passion dans le désert, jusqu’au 21 mai à la Maison de Balzac, 47 rue Raynouard 75016 Paris. M° Passy ou La Muette. Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Tarif Plein : 6 euros / Tarif réduit : 4,50 euros. www.maisondebalzac.paris.fr