Andorra – Autopsie d’une haine ordinaire

La haine ordinaire, voilà le cœur de ce drame rugueux articulé autour de thèmes épineux : intolérance, exclusion, préjugés, image de soi et des autres… Fabian Chappuis sait que c’est en pénétrant la violence du monde que l’on trouve la vérité cachée de notre société.

Alors il a voulu en faire son arène théâtrale, afin qu’on la reconnaisse. Créée en 1961 par Max Frisch, cette pièce singulière ausculte les mécanismes insidieux susceptibles de conduire un peuple au meurtre d’un jeune homme, différent parce que juif. Le niveau de considération minimal à Andorra, une contrée fictive dont la devise est “L’innocence est notre arme” ! On devine les réserves possibles : histoire trop sombre, trop cryptée, manque de contemporanéité. A cela, on répondra que la haine ordinaire est éternelle. Un regard sur l’actu suffit. Et puis, quand le théâtre est hissé à ce niveau-là, il est toujours moderne. Subtilement adapté, scénographié et mis en scène, ce documentaire théâtral – une reconstitution entrelacée d’une enquête remontant le fil des événements – plonge le spectateur dans une violence sourde qui saisit, ronge et… jamais ne s’avoue telle. Retranchés derrière leur mauvaise foi rance, les protagonistes se dédouanent tous au fil de témoignages vidéos. Andri n’est pas juif mais en parfaite victime expiatoire, il ira à l’abattoir de lui-même, le vent de face et les chiens sur les talons. En infrabasse pulsent aussi des histoires de couple et de secrets familiaux, dans une poésie noire quasi lynchienne. Aguerrie, la Cie Orten fait jaillir le tragique de l’histoire et les tragédies de nos histoires. Un questionnement qui prend tout son sens par les temps qui courent.

Note : 4/5