Anna Mouglalis, politique friction

Actrice glamour à l’image mystérieuse, Anna Mouglalis lève une partie du voile la semaine prochaine en devenant l’assistante du candidat à la présidence dans la nouvelle série Canal+. L’occasion d’une belle rencontre avec l’éminence grise de Baron Noir.

Avez-vous hésité avant d’accepter ce rôle ?

Anna Mouglalis : Oui, parce que je ne connais pas trop la télévision. Je n’en ai presque jamais fait. Je sais que c’est un rythme qui est très intense. En même temps, je vois bien qu’aujourd’hui il y a des projets beaucoup plus ambitieux qui sont développés sur ce format. Mais ce n’est pas ma culture, je n’ai pas la télévision. Et puis on m’a dit de lire le script. C’était bien écrit.

Et vous avez accepté…

Oui, je me suis dit que c’était peut-être là une chance de réenchanter l’électorat, en tout cas de lui faire comprendre que l’homme politique est son obligé. Qu’il ne doit pas le subir mais lui rappeler quelle finalité il a. Une façon de ramener les élus à la nécessité fondamentale d’être à l’écoute, de se rendre accessible. Et c’était aussi une occasion instructive de montrer les coulisses du pouvoir et les multiples petites intrigues qui font ce milieu. De mettre en lumière cette forme dégradée de la politique, cette politique politicienne, cuisine peu ragoutante, et de rappeler aux spectateurs, qui sont aussi des citoyens-électeurs, de ne pas se laisser endormir.

Votre personnage se définit comme une « bourgeoise de gauche ». Ça vous ressemble ?

Moi je suis née trois ans avant l’élection de Mitterrand, donc l’expression « gauche caviar », je l’entends depuis longtemps. Après, peu importe d’où l’on vient, ce qui compte, c’est la passion, l’idéal que l’on porte. On dit bien que Marx était l’archétype du bourgeois de son époque. On peut, et c’est heureux, toujours inventer sa propre histoire. Sans ça, on ne ferait rien. Moi je n’ai aucune famille dans ce milieu, ça ne m’a pourtant pas empêché de devenir comédienne.

Comment choisissez-vous vos rôles ?

C’est politique d’être acteur (rires). De toute façon, tout est politique. Moi j’ai besoin de mettre tout mon esprit et tout mon cœur dans ce que je fais. Donc je choisis des projets qui m’appellent. Et puis j’aime que ça change tout le temps. C’est une chance folle. J’aime même l’intermittence, ne pas savoir ce qui va venir. Dans le rapport au désir, c’est assez formidable aussi, parce que tout d’un coup, quand quelque chose vient, on en a vraiment envie.

Il n’y a pas de phases de doutes dans l’attente ?

Pour moi, ça a toujours été très clair que je préférais faire autre chose que des choses qui ne m’intéressaient pas. J’aime trop ce métier. Après, il y a eu aussi de l’immaturité de ma part pendant un temps. Je voulais que le scénario soit « chef-d’œuvresque ». Alors que quand les gens font appel à vous, c’est pour que vous participiez à la construction d’une œuvre.

Est-ce que Baron Noir vous a donné envie de voir des séries ?

Oui, il paraît qu’il y en a des pas mal. Mais face à l’océan de longs-métrages, de chefs-d’œuvre, de livres à lire… Mais j’y viendrai. (rires) J’aime l’objet unique, le fait que les personnages évoluent, que les intrigues restent ouvertes. J’aime ne pas épuiser l’imagination. J’avais dans l’idée que dans les séries on pompait tout, qu’on restait suspendu à une sorte de suspens, et moi le suspens, je trouve que ce n’est pas du tout créatif, ça fait juste taire mes pensées. Je regarde des films qui me font me rappeler que je vais mourir, pas ceux qui me font oublier que je vais mourir. En fait, je ne regarde jamais des choses pour me divertir.

Pour terminer, quelles sont vos résolutions pour 2016 ?

De ne pas me faire endormir, ou gagner par l’espèce de peur diffuse, instillée partout. Rester un peu en colère, je trouve que c’est pas mal.

Baron Noir, créée par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, réalisée par Ziad Doueiri, avec Kad Merad, Niels Arestrup, Anna Mouglalis. Tous les lundis à partir du 8 février à 20 h 50 sur Canal+.