“Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit”

Qu’est-ce que ce spectacle-là ? Ça débute par un énigmatique « You’re rock ! », suivi d’un tonitruant « Bonsoir, est-ce que vous aimez Elvis ? » Dire que cette histoire est déroutante relève de l’euphémisme.

Romancier de la désespérance contemporaine, Fabrice Melquiot nous laisse ici en compagnie d’une équipée brinquebalante dans une Naples imaginaire écrasée de chaleur : Dan et Ivan, deux frères, profanent les tombes et pillent les morts parce que leurs rêves, c’est de se carapater en Suisse ! Ivan (le rêveur) croit vivre l’Amour avec Laurie, une innocente vierge qui se mue en jouisseuse de compétition, tandis que Dan (le rocker) découvre que son ex, Dolorès, lui a fait un enfant dans le dos. Mais il y a aussi Louis, le père travesti (troublant Éric Chantelauze) qui la nuit se métamorphose en Lullaby la prostituée pour travailler sur la rocade, et un dénommé Juste, improbable poète, tantôt alsacien, tantôt californien, à la recherche du Belvédère. Une nuit, Dan se fait buter et… c’est parti pour un ballet surréaliste autour de sa tombe ! Une vie débraillée, imprudente agite cette fantasmagorie rugueuse peuplée de cabossés de la vie, de losers magnifiques qui passent leur temps à se croiser pour mieux se rater. Melquiot a l’art de nous mener aux confins de l’irréductible mystère des êtres en décrivant la guerre que le temps qui passe livre à ces êtres enfermés dans leur condition de mortels. Si la mise en scène de Sébastien Bonnabel part dans tous les sens, entre gags et intermèdes rock’n’roll, les comédiens confèrent à cette comédie dramatique une forte teneur humaine. C’est inégal mais excitant. Dérangeant, sur ces solitaires qui errent dans les cimetières, les masques, le désir, la perte, leurs descentes aux enfers de soi.

Note : 3/5