BRASSEUR ET LES ENFANTS DU PARADIS

Un hommage familial sucré ? Une hagiographie sur l’histoire d’un film culte ? Vous faites fausse route. Il suffit pour Alexandre Brasseur de faire rayonner à travers la parole de son grand-père, une aventure humaine semée de joie et d’amitié mais aussi un pan méconnu de la genèse d’une œuvre majeure réalisée en six mois sous l’Occupation allemande et la censure de Vichy.

Secoué par l’exposition Les Enfants du Paradis à la Cinémathèque de Paris (2012-2013), le comédien a estimé de son devoir d’héritier de célébrer l’histoire (vraie) d’artistes prônant la victoire de l’art sur les armes dans une période sombre. Nous voilà projetés à l’orée des années 50 : Alexandre campe Pierre Brasseur occupé à peindre une jolie chute de reins (Cléo Sénia) tout en devisant avec son modèle. Force brute charismatique,  jolie faconde… on croit voir surgir son grand-père ! Sa mémoire s’activant, il nous raconte le making-of du film dans un prieuré de Provence en 1943 avec Jacques Prévert, Marcel Carné, Alexandre Trauner et Joseph Kosma, quatre créateurs inspirés, prompts à rêver, boire du rosé et refaire le monde.

Des « Funambules«  dansant sur le fil de la vie mais aussi au-dessus d’un volcan : Trauner et Kosma sont juifs, Carné est homosexuel et les délateurs rôdent. S’amorce alors une réflexion sans concession sur la difficulté de tourner en temps de guerre : comment rester libre quand on est occupé ? Peut-on continuer à rire lorsqu’Arletty la frondeuse, se voit incarcérée à Fresnes ? L’évocation de la Libération, l’épuration et la révélation de la Shoah achèvent d’éviscérer ces zones d’ombre. Ecrit dans un style vif, cerné par une mise en scène minutieuse (Daniel Colas) et bien documenté, ce spectacle drôle et touchant est porté avec une belle intensité par Alexandre Brasseur, jouant tous les rôles. L’histoire se devait d’être un jour racontée. Voilà qui est fait et joliment.