Camille Cottin, un concentré de “Connasse”

Ce sont des choses qui arrivent : cette semaine, nous avons rencontré une connasse. Mais attention, pas n’importe laquelle ! Après avoir fait les belles heures de Canal+, le personnage aussi insupportable qu’hilarant interprété par Camille Cottin débarque tout en culot et en caméra cachée pour épouser le prince Harry dans Connasse, princesse des cœurs. Entretien avec une fausse méchante.

Le personnage de la Connasse est très éloigné de vous dans la vie. Comment entrez vous dans sa peau ?

Camille Cottin : Il faut un petit peu se couper de l’empathie naturelle et de la sensibilité que l’on peut avoir. C’est sûr que c’est un personnage qui n’éprouve pas d’émotions, qui ne souffre pas. Mais le travail d’acteur consiste justement à revêtir un masque, une armure. Il y a des moments où c’est un petit peu difficile, mais je tiens bon.

Est-ce que la Connasse peut tout se permettre ?

Je crois, oui. Après, moi, je ne veux pas faire mal physiquement, casser ou endommager quelque chose. Et moralement, je ne pense pas que ça fasse mal. Ce sont des petites choses. Pour blesser quelqu’un moralement, il faut que ce soit un peu intime. Ça peut être « shocking », comme disent les Anglais, mais là, c’est plus irritant que blessant.

Il y a un côté girl power revendiqué avec ce personnage, presque féministe.

En tout cas, c’est une fille qui est très libre, qui se moque des codes, des carcans, qui va là où elle a envie d’être, et où elle pense qu’elle doit être. Il y a encore beaucoup de femmes qui ne sont pas libres du tout dans le monde, alors qu’elle est peut-être même plus libre que certains hommes. Et je sais que les gens à la sortie du film disent : « On a envie de dire tout ce qu’on pense, de faire n’importe quoi, de faire ce qu’on a envie de faire sans tenir compte des règles. »

C’est un rôle fort. Vous n’avez pas peur qu’il vous colle à la peau ?

On verra. C’est vraiment un rôle de composition. Je conçois que ce ne soit pas évident pour les gens qui regardent, mais pour moi c’est un personnage qui a été créé et que je me suis approprié, avec un texte que j’ai appris. Pour moi, c’est vraiment un travail de comédienne, donc je n’ai pas tellement cette crainte. Et finalement, les propositions que je reçois ne sont pas tellement des rôles de méchantes.

Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?

Il y a plusieurs écoles. Il y a ceux qui disent : « Mais c’est vous qui… ? C’est bien vous qui… ? », puis ne finissent pas leur phrase en attendant d’être sûrs. D’autres disent : « Mais c’est vous, la Connasse ? Moi aussi je suis une grosse connasse ! » Je leur dis : « Non, mais pas trop quand même. » Je ne veux pas trop les encourager. (rires)

Est-ce que vous êtes encore crédible quand vous allez acheter votre pain ?

Les gens se méfient un peu. Je suis un petit peu obligée de les rassurer en leur disant : « Non, ne vous inquiétez pas, cette baguette c’est pour ma consommation personnelle. »

Est-ce que votre personnage reprend parfois le dessus dans la vraie vie ?

Non pas trop, parce que je suis contente de redevenir gentille et docile dans la réalité. C’est fatiguant, le marathon de l’impertinence. Et puis en fait, je n’ose pas trop. Il y a plein de situations dans lesquelles je me retrouve, et où je me dis : « Mais là, en caméra cachée, j’aurais grillé la queue ! » Alors que je ne le fais pas trop dans la vie. Après, ce qui serait super, ce serait d’avoir cette même audace avec des objectifs nobles et altruistes. En tout cas, c’est vrai qu’avoir vraiment confiance en soi et oser, ça peut payer.

Enfant est-ce que vous rêviez de devenir une connasse ?

Non, mais je rêvais de devenir comédienne.

Connasse, princesse des cœurs d’Éloïse Lang et Noémie Saglio, avec Camille Cottin. Comédie. Sortie le 29 avril.